DOSSIER : ROBERT MORIN & ANDRÉ-LINE BEAUPARLANT
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RIDM 2025 : Partie 4

Par Laurence Perron, Olivier Thibodeau et Claire Valade

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prod. Agat Films / Mokoari Street / SEERA Films

ANCESTRAL VISIONS OF THE FUTURE
Lemohang Mosese  |  France, Lesotho, Allemagne, Qatar, Arabie Saoudite  |  2025  |  90 minutes  |  Compétition internationale longs métrages

Ancestral Visions of the Future n’est pas un récit, mais un poème visuel. Les tableaux muets s’y succèdent tandis qu’une voix off naviguant entre le registre de l’essai et celui de l’autobiographie noue entre eux divers épisodes composant le vécu personnel du réalisateur. Entre les mises en scène aussi décousues que magnifiquement composées, un ruban rouge traverse l’écran. À travers les eaux argileuses, les rues pavées et l’air gorgé de poussière, il s’étend d’un épisode à l’autre comme un véritable fil rouge permettant aux spectateur·rice·s de retrouver leur chemin jusqu’au cœur du labyrinthe imaginé par Mosese. Il faut accepter, pour le trouver, d’être dans une déprise de la signification et de s’abandonner entièrement aux qualités sensorielles de l’image  sans quoi on risque malheureusement de trouver le film plus pompeux qu’il ne l’est en réalité.

Inscrit dans les poncifs bien connus de l’impossible retour au pays natal et du déracinement migratoire, Ancestral Visions of the Future échappe à la redondance qui le guette en désertant les impératifs de l’intrigue pour privilégier l’exploration des motifs visuels de l’exil. Il s’agit donc d’un film qui repose sur un équilibre précaire mais habilement tenu entre une saturation discursive et une approche mystico-symbolique de l’image. Comme si le cinéma de Mosese avait moins pour vocation de déchiffrer le passé que de produire des formes de futurité alternatives. Peut-être est-ce pour cette raison que cette dernière œuvre s’inscrit dans une temporalité trouble et récursive que son titre laisse déjà deviner, mais que vient aussi accentuer le rapport entretenu entre la narration en voix off et le paradigme de la prophétie qui la sillonne. Que sont des visions ancestrales du futur, sinon des oracles réactivés par le travail de l’image? «What I am showing you is not for watching but for becoming», peut-on lire à l’écran en ouverture. Aussi belle qu’énigmatique, la citation accompagne toute mon expérience de visionnement. Elle m’oblige (salutairement) à recevoir le film moins comme un témoignage que comme une expérience performative, un geste par lequel l’exercice cinématographique n’est pas une manière de chroniquer le réel mais de le recréer. (Laurence Perron)

*Texte originellement publié dans notre couverture de la Berlinale 2025

Prochaine projection : 30 novembre à 20h30 (Cinémathèque québécoise)

 


prod. Vingt-quatre fois la vérité / L'École des médias de l'UQÀM

LEUR EXISTENCE
Xavier Doutre et Clarence de Bayser  |  Québec  |  2025  |  28 minutes  |  Compétition nationale courts et moyens métrages

Parmi les productions locales présentées au festival cette année, peu m’ont inspiré autant que Leur existence, qui, je l’espère, marque aujourd’hui l’avènement de deux nouvelles voix dans le paysage du cinéma documentaire québécois. Adoptant une perspective curieuse et éclairante sur le médium méconnu de la radio amateur, Doutre et de Bayser abordent ici l’aliénation contemporaine avec perspicacité et humanisme, lui pourvoyant une échappatoire inattendue dans cette technologie marginale, mais rassembleuse, qui nous apparaît comme l’antidote parfait aux effets névrotiques de la téléphonie cellulaire. Épousant la tradition du cinéma direct, les cinéastes posent un regard chaleureux sur une poignée d’intervenants pittoresques, adeptes du médium, mais ils démontrent aussi une rare intelligence dans l’utilisation des plans de coupes, des leitmotivs visuels et des métaphores transcendantes, développant à l’écran une matière dense, mais cohérente, qui oscille entre le prosaïque et le cosmogonique.

D’emblée, avec ses images de nuages ponctuées par la dictée d’un message d’adieu adressé, en morse, à la communauté des radioamateurs, puis avec son titre mystérieux, qui semble évoquer quelque réalité extraterrestre ou surnaturelle, le film se pose entre la terre et le ciel, dans l’univers des ondes, envisagé comme un carrefour d’échanges et un remède contre la marginalisation des êtres esseulés de ce monde. On aura beau filmer chacun des sujets dans son coqueron individuel (l’appartement bruyant de Philippe, la maison de Maurice [VE2ENN] ou la chambre de Jean-Guy [VE2AIK] dans sa maison de retraite), ceux-ci ne font pas moins partie d’une communauté bienveillante et soudée, qui se déploie autant dans les plans qu’entre ceux-ci. Affairés à échanger avec des personnes généreuses et avides de contact en provenance du monde entier, voire à collectionner les cartes postales de chacune de leurs stations, à s’émerveiller devant les promesses de vivre-ensemble, de plénitude et de sollicitude défendues par les figures tutélaires du mouvement et par des chanteurs country qui annoncent la fin du spleen du haut de grandes antennes radio, les intervenants forment un grand réseau. Dans une séquence particulièrement touchante, on voit même le jeune Philippe s’endormir avec son émetteur allumé, bercé jusqu’au sommeil par les voix de ses camarades internationaux.

Astucieux, le film ne fait pourtant pas que joindre des espaces et des individus distincts, mais maximise aussi le potentiel discursif de son arsenal visuel. Ainsi, l’immensité des panoramas naturels cesse de connoter l’isolement dès lors qu’une antenne s’y trouve, au même titre que les chaumières banlieusardes, dont les ramures métalliques évoquent une ouverture plutôt qu’un retrait du monde. Seyant partout en arrière-plan, les talkies-walkies s’imposent quant à eux comme des bouées de sauvetage, des occasions constantes de connexions, des portes vers d’autres mondes. À ce sujet, le film multiplie d’ailleurs les percées transcendantales, montrant la silhouette fantomatique de Maurice assise à son bureau et colligeant les propos de Jean-Guy, qui, en décrivant à l’antenne les ondes produites par les échos du Big Bang, suggère le potentiel de réseautage universel de la radiophonie. Une révélation presque mystique dans un monde où les stations commerciales et les télécommunications globales servent plus souvent à cliver qu’à réunir…  (Olivier Thibodeau)

Prochaine projection : 30 novembre à 15h45 (Cinémathèque québécoise)

 


prod. Rosebud Production

ÉCRIRE LA VIE — ANNIE ERNAUX RACONTÉE PAR DES LYCÉENNES ET DES LYCÉENS
Claire Simon  |  France  |  2025  |  90 minutes  |  Panorama — Essentiels

Dans Écrire la vie, la grande Claire Simon se penche sur l’immense Annie Ernaux par le prisme de divers groupes de lycéen·ne·s éparpillés à travers la France. Fidèle à sa structure documentaire de prédilection (un enchaînement de discussions, de rencontres ou d’entrevues filmées en plans séquences ou en plans moyens), animée par sa sensibilité et son humanité habituelles, la cinéaste parcourt le pays, d’une école à l’autre. Prêtant l’œil et l’oreille, sans jugement ni prétention,à ces jeunes et à leurs professeur·e·s, elle capte avec discrétion et empathie leurs échanges dans le cadre des cours de français. Le choix d’Annie Ernaux comme figure littéraire étudiée (plutôt que Victor Hugo, Simone de Beauvoir ou Marguerite Yourcenar, par exemple) s’inscrit en ligne directe avec les préoccupations habituelles de Simon — le sort des femmes (Les bureaux de Dieu [2008], Notre corps [2023]), l’éducation (Récréations [1998], Apprendre [2024]), la littérature (Vous ne désirez que moi [2021]), la jeunesse (800 km de différence [2002], Premières solitudes [2018]).

Au-delà de cette parenté en diagonale entre l’autrice française et les affinités de la cinéaste, il y a aussi quelque chose de plus précis, de plus fin, mais de moins évident, qui les relie : l’écriture d’Ernaux en soi, que sa praticienne qualifie elle-même d’« écriture plate », au sens de « simple », « sans fioritures ». Mentionnée dès la première scène du film par une étudiante assignée à l’analyse du roman La place (1983), Claire Simon semble suggérer ainsi que ce style direct et volontairement épuré, qui porte toute l’œuvre de l’autrice, se reflète aussi dans sa propre écriture filmique. Spécialiste du cinéma du réel, elle favorise en effet une approche neutre, qui témoigne de la vie, de la réalité crue. Bien que l’on pourrait qualifier à tort cette approche de clinique, puisqu’elle rapporte les faits tels quels, sans les enjoliver, elle laisse au contraire l’émotion habiter le récit à travers les personnes et les situations filmées, de la même façon que cette émotion habite les personnages et les événements décrits par Ernaux dans ses livres.

Il est impressionnant de regarder ces adolescent·e·s allumé·e·s lire des passages des œuvres, en discuter et partager leurs impressions et leurs points de vue, décortiquer des phrases ou le style de l’écrivaine pour s’assurer d’en comprendre la portée. Leur discernement et leur intelligence des romans témoignent du fait qu’il est possible de créer une connexion avec des époques et des personnes différentes de soi (en l’occurrence des jeunes majoritairement noir·e·s ou maghrébin·e·s à trois ou quatre décennies d’écart avec l’autrice). Ils et elles apprécient que cette écriture dépouillée et cette énonciation claire de faits simples permettent de trouver l’universel dans le propos d’Ernaux et, par conséquent, d’y reconnaître quelque chose de familier. L’absence d’embellissements inutiles transforme l’expérience de la lecture à la façon d’une thérapie, estiment certain·e·s des adolescent·e·s. Et parler avec neutralité, platement, d’un événement difficile permet de s’en détacher, d’affirmer qu’on n’est pas défini·e·s par celui-ci.

Il y a quelque chose de beau à écouter ces jeunes aborder des passages particulièrement crus et choquants, sans filtre, comme celui où Ernaux décrit la perte de sa virginité, en cette époque où tant de choses sont jugées provoquantes, où l’on cherche à surprotéger des mots potentiellement déclencheurs de traumatismes. Bien accompagné·e·s et bien entouré·e·s, ces jeunes comprennent clairement que le fait d’être perturbé·e·s par ces descriptions est normal et même souhaitable, jusqu’à un certain point, parce qu’il est important de faire face aux choses dures, complexes ou ambiguës, d’en parler sans éviter les vrais mots, afin de réussir à les apprivoiser, mais aussi d’apprendre à faire la part des choses. Claire Simon et Annie Ernaux se rejoignent dans cette recherche de vérité et de catharsis par la confrontation ou l’observation de la réalité à l’état brut. Comme l’autrice nobélisée écrit pour ne pas oublier, la cinéaste chevronnée tourne pour témoigner et pour ancrer dans le temps des expériences réelles de la vie. Comme celles de ces jeunes lycéen·ne·s français·e·s qui nous inspirent et nous rappellent que l’écriture et la lecture sont des forces qui ont un pouvoir indéniable sur nos vies. (Claire Valade)

Prochaines projections : Aujourd'hui, le 27 novembre à 18h45 (Cinéma du Musée)
29 novembre à 17h30 (Cinéplex Quartier Latin)

 


prod. Émilie Baillargeon

J'AI EU UNE IDÉE ÉVIDENTE ET J'ATTENDS QU'ELLE REVIENNE
Émilie Baillargeon  |  Québec  |  2025  |  16 minutes  |  Compétition nationale courts et moyens métrages

En plongeant dans ce formidable court métrage de la réalisatrice Émilie Baillargeon, je ne peux m’empêcher de penser un peu à Sophie Bédard Marcotte et à l’incursion du quotidien merveilleux dans ses autofictions, mais aussi (dans un registre très différent) à l’hilarante animation La pureté de l’enfance (2017) de Zviane, inspiré par la découverte d’une cassette enregistrée lorsqu’elle était fillette. Le film de Baillargeon commence dans le concret le plus terre à terre possible : une nouvelle maman (la cinéaste) tire son lait pour son bébé, machinalement, le regard perdu dans le lointain devant la télé du salon, puis on observe celle-ci pelleter la neige accumulée dans sa toute petite cour. En voix off, elle nous annonce que l’œuvre rendra compte de son hiver le plus long. On sent dans le ton qu’elle emploie qu’elle est sérieuse comme un pape avec cette affirmation, mais en même temps qu’elle reconnaît l’absurdité de la chose et sait en rire, comme en témoignera le film qu’elle a choisi de tourner pour se réancrer dans sa vie et dans sa réalité. En effet, dès le plan suivant, il neige dans sa cuisine alors qu’elle saupoudre de la farine sur divers objets placés sur son comptoir, en soufflant dans son micro à l’instar du vent qui siffle dans les interstices de ses murs et de ses fenêtres.

Ainsi, elle capte diverses mises en scène où l’ordinaire côtoie le saugrenu : relire des entrées aussi mélodramatiques que sincères de ses journaux intimes de jeunesse (le titre du film en est d’ailleurs tiré) ; nettoyer son four micro-ondes à l’aide de son aspirateur ; emballer comme des cadeaux les objets de son quotidien, puis elle-même ! À travers ces moments portés par un ridicule irrationnel hilarant et contagieux qui trahissent néanmoins le sérieux du post-partum évident sur son visage et dans son regard mélancoliques, la réalisatrice réapprivoise brillamment, avec un humour doublé d’un besoin de connectivité émotionnelle à fleur de peau, les choses banales et tangibles de son existence, mais aussi la place de la créativité et de la pratique artistique et cinématographique dans sa vie. Et on se trouve bien chanceux·euses qu’elle ait décidé de partager ce cheminement avec nous. (Claire Valade)

Prochaine projection : Aujourd'hui, le 27 novembre à 20h45 (Cinéma du Musée)

 


prod. Antipode Films / Fifi Film / Rai Cinema et al.

PAST FUTURE CONTINUOUS
Firouzeh Khosrovani et Morteza Ahmadvand  |  Iran / Norvège / Italie  |  2025  |  76 minutes  |  Compétition internationale long métrages

Il n’est pas rare de voir la maison comme symbole de l’intériorité au cinéma. Non seulement celle-ci est dépositaire des souvenirs familiaux, mais sa tenue est souvent indicatrice des états d’âme de ses habitant·e·s. Le décor domiciliaire, c’est la beauté déliquescente de Bette Davis dans Hush, Hush Sweet Charlotte (1964), c’est l’esprit embrouillé de La fille qui en savait trop (1963), c’est le corps virginal de Catherine Deneuve dans Répulsion (1965), c’est la vaine démesure et le havre de solitude de Citizen Kane (1941) ou de Daniel Plainview dans There Will Be Blood (2007). Mais ici, la métaphore est littérale, alors que la narratrice identifie le domicile téhéranais bâti par ses parents comme son « alter ego », lequel entre bientôt en conversation avec elle autour des thèmes de l’exil, de la nostalgie et de l’éloignement. Visant à interroger la nature parcellaire du souvenir et la fragilité du lien d’attachement territorial chez les émigrant·e·s, la réalisatrice Firouzeh Khosrovani s’inspire de son histoire personnelle pour élaborer le récit de Maryam, qui tente de rapiécer sa mémoire et de se réancrer par procuration dans sa ville natale, qu’elle a quittée dans les années 1980, en explorant à distance la maison de son enfance. Le résultat est une œuvre extrêmement dense, subtilement trompeuse, qui, par le concours d’une narration subjective, d’images domestiques de la demeure parentale et d’images médiatiques, superpose brillamment l’intime et le collectif ainsi que les cycles de l’histoire au fil d’une réflexion prenante et singulière sur la beauté amère d’une nation écartelée entre la guerre intérieure et la guerre extérieure.

Past Future Continuous débute sur une image fabuleuse de Téhéran qui s’étend à perte de vue sous la pluie, à l’ombre du mont Damāvand, prise à travers une fenêtre cassée au rebord poussiéreux. La caméra capte alors simultanément la capitale iranienne et l’intérieur de la maison délabrée, dans une sorte de rapport de causalité compressé entre la violence étatique et l’effritement du lien familial. Les séquences suivantes nous introduisent aux caméras de surveillance posées par Maryam chez ses parents, grâce auxquelles elle suggère de se rapprocher et de veiller sur eux à distance. Or, bien qu’on puisse vouloir décrier l’instrumentalisation des ancêtres ou le caractère impudique de leur surveillance, ceux-ci s’inscrivent plutôt dans une logique de l’hyperbole, emblématique à la fois du désir d’attachement obsessif qu’éprouve la narratrice et de la notion ambiante de contrôle. Il s’agit surtout d’une mise en abîme de la mise en scène du réel dont on retrouve partout les traces (dans l’utilisation de plans symboliques inspirés par l’art moderne, dans le « jeu » parfois outrancier des parents ou dans leur représentation picturale, hors des angles couverts par les caméras de surveillance). Tout cela au service d'une cristallisation de l’état d’esprit schizoïde de l’âme exilée, écartelée comme le film entre le vrai et le faux, entre l’hier et l’aujourd’hui, entre le privé et le public, entre les archives de famille et les archives nationales, entre différentes allégeances contradictoires (à sa terre natale et sa terre d’accueil), qui se déploie au gré d’une surenchère de métaphores aviaires et du ressac d’une histoire dont le fil se replie comme un ruban de Moebius. Past Future Continuous, c’est la visualisation d’une mémoire floutée par les interventions délétères du temps et des nations, mais que tentent astucieusement de se réapproprier Firouzeh et Maryam avec l’aide de l’artiste multidisciplinaire Morteza Ahmadvand, qui nous livrent ici l’une des œuvres les plus intrigantes du festival. (Olivier Thibodeau)

Prochaine projection : Aujourd'hui, le 27 novembre à 17h00 (Cinéma du Parc)

PARTIE 1
(Action Item, A Scary Movie
Agatha's Almanac, Evidence
Letters From Wolf Street)

PARTIE 2
(Soul of the Foot, Dragica, Danica, Duska...,
L'mina, The Mountain Won't Move, Green Valley,
Underground, True North)

PARTIE 3
(The Westoxicateds,
Wind, Talk to Me,
Landscapes of Longing, Waking Hours,
In the Manner of Smoke, Chronique d'une ville)

Marche commune

PARTIE 4
(
Ancestral Visions of the Future, Leur existence,
Écrire la vie  Annie Ernaux racontée...,
J'ai eu une idée évidente et j'attends qu'elle revienne,
Past Future Continuous)

Louise Bourque : La condensation des images

PARTIE 5
(Les héritiers, L'Ancre,
The End of the Internet,
Partition, Fur Film Vol.1,
Recomposée)

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Article publié le 27 novembre 2025.
 

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