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Pierre Corbeil : Sous une bonne étoile (1)

Par Mathieu Li-Goyette

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:: (De gauche à droite) Martin Sauvageau, André Dubois, Ultraman et Pierre Corbeil (photo : © Fantasia)

 

Même si vous êtes des fidèles du festival, il est encore possible que vous ne reconnaissiez pas Pierre Corbeil dans la rue. C’est que le fondateur et directeur général du festival est de nature humble et discrète. Pour lui, l’attention doit demeurer sur l’événement et sur l’équipe qui le réalise. Pierre n’est pas du genre à faire des égoportraits sur le tapis rouge, ni même à donner son opinion sur les films ou à s’étendre sur ses propres faits d’armes, alors que le festival n’existerait assurément plus aujourd’hui s’il n’avait pas su mener la barque « contre vents et marées », comme il nous le confiera plus tard dans cette conversation d’un peu plus de deux heures autour de l’histoire du festival.

D’abord né sous la bonne étoile de l’entreprise Vision Globale, Fantasia a su se détacher de ses difficultés financières de la première heure en naviguant dans les eaux troubles d’une scène festivalière en crise ― quiconque ne connaît pas la fameuse « saga des festivals » en trouvera ici une histoire orale de première main ― ainsi que celles d’une industrie québécoise qui a longtemps peiné à reconnaître le cinéma de genre comme une avenue viable pour son propre développement. En lui prouvant que celle-ci avait tort, Pierre a aussi changé le destin du cinéma de genre au Québec, en construisant et en sécurisant son safe space par excellence. Voici une histoire de l’entreprise fantasienne, des paris remportés et des sacrifices nécessaires pour que le Festival puisse, encore aujourd’hui, se targuer d’être l’événement cinématographique le plus impressionnant et enthousiasmant de la province

 

 

*

 

 

Mathieu Li-Goyette : Te rappelles-tu comment le cinéma de genre est entré dans ta vie ? En fait, à l’époque personne n’appelait ça du cinéma de genre…

Pierre Corbeil : Je suis né en 1963, et mon plus vieux souvenir de cinéma, c’est d’y aller avec ma mère pour voir des films animaliers, des Disney en prises de vues réelles, avec des ratons laveurs et des familles… Ce qui a été le plus formateur par rapport au cinéma de genre, c’est lorsque j’ai commencé à aller dans ce qu’ils appelaient « les cinémas québécois ». Il y avait une chaîne de trois salles qui présentaient trois, quatre longs métrages le samedi et le dimanche ; c’était un peu l’équivalent des projections de sous-sol d’église. Je pense que l’objectif, c’était que les parents puissent amener leurs enfants et les laisser un bon cinq heures de temps, de 13 h à 18 h, le temps de faire leurs commissions. Tu vas me dire que c’était impossible de faire entrer trois films en cinq heures, mais le gars qui projetait coupait une bobine d’un des films, et ça avait l’air qu’il promenait les bobines d’un cinéma à l’autre… [Rires]. En tout cas, c’étaient mes premiers souvenirs et je me rappelle qu’il y avait des thématiques. Une fin de semaine c’étaient des péplums, une autre fin de semaine c’étaient des films de monstres japonais, ou encore des films de la Hammer. Entre l’âge de 8 et 11 ans, quand j’habitais à Ville-Émard, je prenais l’autobus et j’allais au cinéma Monaco.

 


:: « Un Canadien italien avec une idée québécoise » [1971] // « Mise au point de M. Palermo » [1974]



:: Programmes de 1979-1980 (coll. Pierre Pageau)

 

On pouvait être 400 jeunes, des Québécois francophones, dans une salle pendant un après-midi. Une fois, ils sont arrivés avec une copie de film en anglais, pas doublée en français, et là, il faut imaginer 400 enfants de huit, dix, onze ans, stupéfaits. Ça écoute, ça explose dans la salle et les gens se mettent à crier. Et là, la madame du couple qui était propriétaire venait à l’avant et nous disait, avec toute la diplomatie du monde : « Vous allez fermer vos gueules, sinon on arrête les films, puis on vous met dehors. » Ça marchait chaque fois. C’était comme une garderie pour la plupart des enfants, mais j’étais déjà vraiment cinéphile, alors moi et mon ami, on y allait ensemble, volontairement. À douze ans j’ai vu Jaws [Steven Spielberg, 1975], qui a tout changé. J’allais aussi voir des films comme Taxi Driver [Martin Scorsese, 1976], et quelque part, ça aussi c’était du cinéma de genre.

MLG : Qu’est-ce qui t’amène à fonder Vision Globale ?

PC : Après le Monaco, j’ai été un fidèle du Festival des films du monde (FFM), où j’ai vécu mes meilleures expériences de cinéphile dans les années 1980. Vers la fin de la décennie, j’ai lancé un club vidéo sur la Rive-Sud, à Brossard. Ça s’appelait Santo Video.

MLG : En hommage au lutteur mexicain ?

PC : Oui, c’était un clin d’œil. On ne pensait pas que quelqu’un trouverait ça particulièrement intéressant ou intrigant non plus, mais on trippait sur Santo. L’idée c’était de faire un club un peu comme La Boîte Noire [1], qui nous avait beaucoup inspirés, mais en nous spécialisant dans le cinéma de genre et en allant chercher des cassettes nichées qu’on n’aurait pas retrouvées dans un club vidéo plus conventionnel… Malheureusement, après seulement deux ans, on se rendait bien compte que ce n’était pas rentable. En parallèle, on offrait au magasin des services de transcodage et de copie de cassettes pour des gens qui, par exemple, recevaient des films ou des vidéos de mariage d’Europe, puis voulaient en avoir une copie au format nord-américain, ou vice versa. Donc, on a décidé de vendre le club vidéo au début des années 90 pour s’acheter de l’équipement professionnel, puis, finalement, se lancer dans une entreprise de duplication et de conversion vidéo pour le public ; c’est là que Vision Globale est né.

Par la suite, on s’est acheté de l’équipement professionnel pour des diffuseurs qui avaient besoin du même type de service. On a évolué à travers tout ça pour offrir de plus en plus de services, comme la multicopie et le transfert de la pellicule vers la vidéo… À la première année du festival, en 1996, Vision Globale faisait encore cette transition vers l’industrie, et ça a motivé mes deux associés de l’époque à accepter que la compagnie produise le festival. On se disait qu’un festival de films pourrait aussi nous aider à faire connaître notre entreprise.

 


:: Santo vs. The Zombies (Benito Alazraki, 1962) [Filmadora Panamericana]

 

MLG : Mais avant ça, qu’est-ce qui te donne le goût de partir Fantasia à côté de Vision Globale ? Est-ce que quelque chose te donnait l’impression que ça serait faisable, de partir un festival de cinéma comme celui-là ?

PC : Au début des années 1990, j’étais avec mes amis André Dubois et Martin Sauvageau. On se connaissait depuis six ou sept ans. Il y avait eu à Montréal un Festival international du cinéma fantastique pendant deux ans, vers 1992, 1993. Peter Jackson était même venu pour présenter Meet the Feebles [1989] et Bad Taste [1987]. Dario Argento était aussi en ville. Il y avait des pépites, mais aussi beaucoup de Full Moon et de Troma. C’était très hit-or-miss, mais en tant que fans de cinéma de genre, on était très contents.

MLG : Donc ce n’était pas quelqu’un de votre groupe qui était derrière ce premier festival de genre.

PC : Pas du tout. C’étaient Sylvain Krief et Roland Smith. On était juste des spectateurs et on a trippé, on trouvait que c’était le fun. On ne se disait pas du tout qu’on allait finir par organiser un événement de ce genre, ce n’était pas dans les plans, mais la découverte du cinéma de Hong Kong a été déterminante pour nous. On adorait déjà le cinéma japonais, tout le cinéma produit à la Toho, tout ça, on trippait. On avait des correspondants au Japon qui nous envoyaient des LaserDiscs d’Ultraman ou des enregistrements de la télé japonaise.

MLG : Ce n’était pas sous-titré donc.

PC : On les écoutait sans sous-titres. C’était juste de la belle qualité d’image et on se figurait rapidement l’histoire [rires]. Le cinéma de Hong Kong, ça passait beaucoup par Martin Sauvageau, qui allait dans le Chinatown pour nous ramener des cassettes VHS qui, heureusement, étaient toutes sous-titrées. En 1996, on apprend donc que le cinéma Impérial est disponible à la location. Martin avait effectué des recherches et découvert qu’un distributeur à Vancouver possédait un grand nombre de films hongkongais en 35 mm. Comme j’étais copropriétaire de Vision Globale, j’avais les moyens financiers pour essayer de lancer ce projet. Le gros coup promotionnel pour nous a été de faire imprimer 50 000 copies du programme, ce qui a dû nous revenir à un bon 75 000 $ ou 100 000 $ à l’époque… C’était un gros gamble ! Je me suis dit : « Je l’essaye, puis si ça ne marche pas, ça ne marche pas, puis that's it! » Mais ça a très, très bien fonctionné. Il y a eu vraiment beaucoup de monde pendant 30 jours à l’Impérial. C’était une rétrospective du cinéma d’action hongkongais produit entre 1986 et 1995, donc à peu près le dernier âge d’or du cinéma hongkongais.

On a présenté des John Woo [NDLR : A Better Tomorrow 2 (1987), Bullet in the Head (1990), Once a Thief (1991)], les comédies de Stephen Chow [From Beijing With Love (1994)] les films d’arts martiaux, les films d’horreur à la Untold Story [Herman Yau, 1993]… Des films d’excellente qualité dont plusieurs sont devenus culte. On a eu de la chance que tout se soit imbriqué de cette manière. Qu’on ait eu le goût de faire ça à cette époque, qu’on ait eu accès à ces films à ce moment, qu’un movie palace comme l’Impérial soit devenu accessible pour accueillir un public aussi important tout en ayant des coûts de location bas. Le FFM venait de le récupérer de Famous Players, mais comme les distributeurs étaient déjà liés à des salles (ou les possédaient carrément), ce n’était pas évident de faire louer une salle de 950 places… C’est comme ça que la première édition a vu le jour. On n’avait pratiquement aucun nouveau film ! Je pense que notre seule vraie primeur festivalière, c’était Memories [1995], l’anime qui comprend un segment réalisé par Katsuhiro Ôtomo [Akira, 1988].

 


:: Bullet in the head (John Woo, 1990) [John Woo Film Production]


:: From Beijing With Love (Stephen Chow, 1994) [Win's Entertainment]


:: Untold Story (Herman Yau, 1993) [Uniden Investments / Kwan Hung Films / Cinema City Co.]

 

MLG : Et comment s’est prise la décision de diversifier le festival au-delà de Hong Kong ?

PC : Parce que le Festival des films fantastiques qui nous avait précédés n’avait pas survécu à plus de deux éditions, on s’est dit qu’on allait se concentrer sur le cinéma asiatique pour se démarquer davantage. À la première édition, on avait 60 longs métrages, incluant 40 de Hong Kong, tous du même distributeur de Vancouver. Ça n’a jamais été aussi facile de programmer [rires]. Il nous envoyait une liste et on cochait tous les films, à coup de 300 $ par film, plus le coût du transport, qui était par ailleurs très raisonnable parce que c’était du terrestre. On a été bénis des dieux et tous les astres étaient parfaitement alignés pour nous. On était hip dès la première année, le mot se passait et on était la saveur du jour. À l’époque, on avait des gens comme Richard Martineau, qui écrivait au Voir, qui avait écrit une grosse chronique intitulée « Du sang et du sperme ». Il y avait quatre hebdos culturels à Montréal, deux en français (le Ici et le Voir) et deux en anglais (le Hour et le Mirror), et on était déçus si on n’avait pas les quatre front pages des quatre hebdos. Donc le festival est parti sur les chapeaux de roue. Après, on a dû revoir rapidement le modèle économique, qui devait être complètement repensé : il fallait trouver de nouveaux films. Ce qui nous a beaucoup aidés, c’est que le festival a eu une bonne réputation dès ses débuts, alors, dès la deuxième année, on a pu avoir la première mondiale de Perfect Blue [1997], présentée par la productrice Hitomi Nakagaki. Il y avait 1500 personnes en ligne et on a été obligé d’en refuser des centaines d’autres. On leur a promis de repasser le film à minuit pour ceux et celles qui voulaient bien revenir. À peu près 600 ou 700 personnes se sont pointées à minuit. C’était une autre époque, avant les copies numériques cryptées d’aujourd’hui. Avec des copies 35 mm, c’était plus facile de décider de faire une autre projection [rires].

Pour la deuxième année, donc, on n’avait plus assez de films de Hong Kong. On devait s’ouvrir à l’international. Durant la première édition, j’avais remarqué Karim Hussain et Mitch Davis qui venaient tous les jours voir des films et, bien qu’ils avaient l’air de rockers qui aiment les films d’horreur et tout ça — ce qui était le cas — c’étaient vraiment des cinéphiles pointus qui aimaient une grande diversité de films. Je suis allé les voir et je leur ai demandé si ça leur tentait d’aider le festival à prendre ce tournant pour la deuxième édition. Puis en même temps, je voulais leur donner l’espace de programmer les films qui les faisaient tripper, les films un peu interdits, les video nasties. Dès la deuxième année, on a eu deux tiers de films asiatiques et un tiers de films internationaux. À partir de là, ça s’est tranquillement équilibré jusqu’à devenir du 50-50 entre l’Asie et le reste du monde.

 


:: (De gauche à droite) Pierre Corbeil, Takashi Miike et André Dubois à la 20e édition en 2016 (photo : © Fantasia)

 

MLG : As-tu eu l’impression que, dans ces premières années où le festival devenait populaire, sa réputation grandissait davantage du côté occidental ou de l’Asie ? Est-ce que c’était d’abord une question de voir débarquer des distributeurs et d’autres festivals canadiens, américains et européens, qui réalisaient que quelque chose se passait à Montréal, ou bien étaient-ce plutôt les industries du Japon et de Hong Kong qui ont rapidement réalisé que le festival pouvait être une rampe de lancement légitime pour leurs films ?

PC : Le bouche-à-oreille commençait à se répandre à travers le monde, surtout dans les pays asiatiques. Ce sont vraiment les productions du Japon et de Hong Kong qui nous ont fait confiance. Dans nos premières années, on a eu Johnnie To au festival, on a eu Kiyoshi Kurosawa. Provenant d’Amérique du Nord, on a pu avoir quelques primeurs au cours de nos premières années, mais c’était difficile, et il fallait passer par les distributeurs montréalais. Il fallait être à genoux pour demander à Alliance de nous passer Spawn [1997] à notre deuxième édition… Du côté de l’Asie, on a même été à deux doigts d’avoir Jackie Chan au tournant des années 2000, mais comme la sortie du film avait été décalée, il a abouti au Festival des films du monde où Serge Losique l’avait présenté comme le Charlie Chaplin de Hong Kong alors qu’évidemment, ceux qui le connaissent savent qu’il s’agit bien plus du Buster Keaton de Hong Kong… En tout cas, tout ça pour dire que, durant les débuts de Fantasia, c’était bizarre de ressentir qu’on avait autant de bons films au niveau de la programmation… et en même temps on ne pouvait pas se donner des tapes dans le dos pour se féliciter de les avoir trouvés. Ces films étaient là, et nous, on était concentrés sur ce marché, alors l’alignement de planètes a eu lieu.

 


:: Perfect Blue (Satoshi Kon, 1997) [Madhouse / Rex Entertainment]


:: Spawn (Mark Dippé, 1997) [Pull Down Your Pants Pictures]

 

MLG : Autrement dit, ça ne serait pas possible de répliquer ça aujourd’hui.

PC : C’était vraiment une question de timing. Quand on a commencé en 1996, le cinéma de genre n’était pas considéré à sa place dans les festivals de cinéma. Au mieux, on avait une section spécialisée à Toronto, genre Midnight Madness [NDLR : Inauguré en 1988]. Sinon, en Europe, il y avait quelques festivals spécialisés. Sitges, par exemple, a lieu depuis 1968. En Amérique du Nord, quand on a commencé, il n’y avait pas de compétition. C’est sûr qu’éventuellement, si on n’avait pas créé Fantasia, quelqu’un en ville aurait fini par organiser un festival de cinéma de genre, comme on en a maintenant dans toutes les grandes villes nord-américaines. Je pense que ce qui nous a différenciés, c’est donc le timing, puis le fait d’avoir commencé avec un grand succès, avec cette avalanche de films de Hong Kong dont la qualité était tellement impressionnante. Le fait d’avoir commencé par une rétrospective, comme une librairie de films, a généré tellement d’enthousiasme et nous a donné le momentum pour aller plus loin.

MLG : Et donc les années s’enfilent, avec les grosses années de l’anime, de Takashi Miike

PC : Oui, entre 1998 et 2001, le festival progressait, on avait de plus en plus d’invités internationaux, de plus en plus de journalistes internationaux qui venaient à Montréal spécifiquement pour nous couvrir. On avait des commanditaires, on vendait des billets, mais malgré tout ça, c’était encore nettement insuffisant pour joindre les deux bouts. En 2001, après des années de déficit, mes partenaires d’affaires chez Vision Globale m’ont dit que c’était assez et qu’ils ne voulaient plus continuer d’appuyer financièrement le festival. De mon côté, j’avais Vision Globale, mais j’avais aussi créé une opération satellite à Manhattan qui faisait de la copie de cassette, du transcodage PAL et NTSC, ce genre de trucs. On avait de gros clients comme les chaînes MTV, A&E. Je m’occupais donc beaucoup de cette opération, puis de Fantasia. À Montréal, à Vision Globale, j’étais de moins en moins impliqué et c’étaient surtout mes deux autres associés qui s’en occupaient. Au mois d’août 2001, ils me disent qu’après quatre années de déficit, ils veulent arrêter ça, mais moi, je voulais continuer ! À la base, le festival me passionnait beaucoup plus que le fait d’être copropriétaire d’une entreprise de postproduction.

Un mois plus tard, c’est le 11 septembre à New York et j’ai été sonné, comme tout le monde. On ne savait pas ce qui allait se produire ni si on allait trouver des commanditaires pour faire le festival malgré tout… Et en avril 2002, le cinéma Impérial nous annonce qu’il a un problème avec l’air climatisé et qu’on ne pourra pas le louer durant l’été. Déjà que j’étais sur des bases financières très fragiles, on a décidé de prendre une année de pause. En 2003, les gens de Concordia sont venus nous voir en nous disant qu’ils allaient changer l’écran de leur plus gros amphithéâtre, changer le système de son, alors que l’Impérial n’était toujours pas en mesure de nous garantir que la salle serait prête pour l’été ! Je voulais vraiment recommencer, et j’ai donc dit à mes associés que si le festival faisait des déficits, j’allais les assumer personnellement. Entre 2003 et 2009 j’ai fonctionné comme ça et j’ai resserré les cordons de la bourse pour qu’on puisse y arriver. En 2009, j’ai vendu mes actions dans Vision Globale, j’ai récupéré Fantasia pour en faire un OBNL et la compagnie s’est retirée complètement. Là, à Concordia à partir de 2003, s’est amorcée ce qu’on pourrait appeler la deuxième phase du festival.

MLG : Mais tout aurait pu s’arrêter là, pendant cette pause.

PC : Absolument. En 2002, quand l’édition n’a pas eu lieu, Gilbert Rozon est venu engager quelques membres de l’équipe, dont Mitch, dont Tony [Timpone]. L’idée c’était de faire continuer Comedia, une section de films qu’on programmait pour Juste pour rire. Rozon voulait qu’on fasse ça, puis c’était un peu un deal où lui, il nous donnait de la job à Vision Globale du côté de la technique et nous, on lui montait un volet cinéma pour son festival [NDLR : Comedia présentera notamment en première mondiale Karmina 2 de Gabriel Pelletier [2001] et Osmosis Jones des frères Farrelly [2002] Si je ne revenais pas en 2003, c’est Juste pour rire qui aurait sans doute absorbé Fantasia.

 


:: Karmina 2 (Gabriel Pelletier, 2001) [Go Films]

:: Osmosis Jones (Bobby et Peter Farrelly, 2001) [Warner Bros. Animation / Conundrum entertainment]


 


[1] La Boîte Noire était le plus important club vidéo à Montréal, il offrait une sélection de plus de 50 000 titres dont une impressionnante quantité de films de genre qui attirait les cinéphiles de partout au Québec. Sa dernière succursale située sur la rue Mont-Royal près de Saint-Denis a fermé en 2015.

 

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Article publié le 15 juillet 2026.
 

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