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RIDM 2012

Par Mathieu Li-Goyette




Pour son quinzième anniversaire, les Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal s'offrent ce qu'on pourrait qualifier d'ores et déjà de la meilleure programmation festivalière de l'année à Montréal de par la variété des titres offerts, la sélection prestigieuse (d'Apichatpong Weerasethakul à Raymond Depardon) et la liste impressionnante d'invités (avec Peter Mettler en tête de file). Tandis qu'à l'arrière-plan nous retrouverons deux projections hommages (aux 50 ans de Pour la suite du monde et à Chris Marker - inédit en Amérique, Le regard du bourreau sera projeté), 15 cartes blanches choisies par 15 cinéastes de la trempe d'Agnès Varda, Jia Zhang-ke ou encore Frederick Wiseman et Philippe Falardeau, la compétition officielle frappera très fort avec le très attendu Leviathan de Lucien Castaing-Taylor et Véréna Paravel. Parmi les oeuvres qui le concurrenceront, dénotons Only the Young d'Elizabeth Mims et Jason Tippet ou bien Être là, une oeuvre sur les femmes psychiatres travaillant dans le milieu carcéral signé par Régis Sauder.

Dans la compétition nationale, Sylvain L'Espérance boucle sa trilogie malienne avec Sur le rivage du monde, Rodrigue Jean et Hubert Caron-Guay présentent un autre projet collectif porté à l'écran par Épopée, L'état du monde. Le défunt Magnus Isacsson aura son tout dernier film, Ma vie réelle, projetée pour la première fois. Côté courts et moyens métrages, soulignons la présence du très beau Letters from Pyongyang, journal intime filmé en Corée du Nord, ou encore Un été avec Anton, documentaire russe sur la jeunesse d'un ado grandissant sous Poutine coproduit par les frères Dardenne.

Dans Panorama, les sections Présentations spéciales recèleront certaines des oeuvres les plus attendues du festival. À commencer par Mekong Hotel (Apichatpong Weerasethakul), puis Agnès de ci de là Varda (Agnès Varda), mais aussi les dernier-nés de Serge Giguère (Le Nord au coeur), Alanis Obomsawin (The People of the Kattawapiskak River) ou encore Room 237, film événement sur les significations cachées du Shining de Kubrick. Dans Horizons, la planète documentaire s'axe autour de mouvements politiques et sociaux plus précis. Far from Afghanistan est une oeuvre somme sur les différents aspects de la guerre qui y est menée tandis que Les invisibles tendra l'oreille aux homosexuels nés dans la première moitié du XXe siècle, à cette génération d'occultés qui peine encore à s'éveiller.

Dans Contre-courant, on verra les oeuvres les plus rebelles, ceux qui défient le plus ouvertement le mainstream en filmant des sujets aussi controversés qu'officieux. Grandma Lo-Fi s'attarde à une grand-mère d'Islande composant de la musique lo-fi, Noise est un film israélien sur l'hypersensibilité au bruit, Wonder Women! The Untold Story of American Superheroines est un hommage aux premiers comics féministes. Entre culture pop et intervenants pour le moins originaux, Contre-courant attirera de nombreux regards indécis, entre autres celui de ceux qui, moins adeptes de la forme documentaire, risquerait de s'y pencher par curiosité du sujet : tentez, vous serez surpris.

Alors que la section Territoires nous donnera l'occasion de découvrir le dernier documentaire de Nicolas Renaud (La nouvelle Rupert), mais aussi la comédie Low & Clear de Kahlil Hudson, qui se veut le portrait d'un homme ayant collectionné plus de 15 000 photos de tous les poissons qu'il a pêchés, les films de ce volet s'attarderont plus précisément à l'environnement et aux modulations que prend le territoire dans le sillage de l'Homme.

Enfin, Docs 2.0 s'ajoute à la programmation habituelle des RIDM comme un segment innovateur, tourné vers l'avenir plus que prometteur du webdocumentaire. Une poignée de projets seront présentés par leurs auteurs qui profiteront de l'occasion pour s'entretenir avec le public des nouvelles interactivités rendues possibles par le basculement d'un certain pan du documentaire dans une ère numérique de la tête aux pieds.

Plus que l'occasion de nombreuses découvertes, ce quinzième anniversaire préfigure un avenir encore plus prometteur pour les Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal. Chargé de la puissance titanesque de Leviathan, mais aussi de la douceur de Mekong Hotel et de la compréhension profondément sociologique de Le rivage du monde, voilà qu'une édition mémorable s'offre à nous pour clore la toujours très chargée saison des festivals montréalais. Nous qui nous sommes souvent plaint du mauvais cru 2012 en matière de cinéma de fiction, il faut croire que nous avions oublié de jeter un oeil du côté de ce « cinéma du réel ». En effet, les RIDM s'apprêtent à prouver que bon an mal an, sa pertinence et son excellence ne sauront être remise en question.
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Critiques


The Fruit Hunters
Leviathan
Ma vie réelle
Sur le rivage du monde
Un été avec Anton
 
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Article publié le 7 novembre 2012.
 

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