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Festival du Nouveau Cinéma 2010

Par Mathieu Li-Goyette
Année après année, la sélection du Festival du Nouveau Cinéma nous apparaît configurée de la même façon. Des premières ou deuxièmes oeuvres en compétition, des films en présentation spéciale - les plus intéressants, puisqu’ils composent un « best of » des festivals les plus prestigieux, la section Panorama international où se croisent toutes les nations, la section Focus qui se concentre sur la production canadienne et québécoise, la section Temps ∅ qui fourmille de trouvailles psychotroniques et autres prolongements du cinéma de genre, puis les rétrospectives, les hommages, etc. C’est pourquoi le festival a de fortes chances, cette année, de ressortir indemne de ce qui s’annonce comme l’une des plus faibles années dans les palmarès et compétitions internationales. Composé non pas uniquement de primeurs, mais bien d’un éventail de productions délicatement choisies, avec ses grands noms français Amalric (Tournée), Assayas (Carlos), Beauvois (Des hommes et des dieux). Les québécois Côté (Curling), Crépeau (La fille de Montréal), Lefebvre (La route des cieux) et Giroux (Jo pour Jonathan), déjà tous abonnés au festival, reviennent cette année avec des oeuvres attendues depuis belle lurette.

Il y a aussi les grands maîtres qui, malgré leur âge, ne se taisent pas tels Godard (Film socialisme) ou Oliveira (The Strange Case of Angelica), tandis que les maîtres de demain Bing (The Ditch), Weerasethakul (Oncle Boonme) et Mendoza (Lola) arrivent tous les trois avec leur dernière création. Les plus grands noms du cinéma mondial, à votre porte, et ce, sans oublier la classe de maître de Wang Bing (aussi l’auteur d’À l’ouest de rails et de Crude Oil). Enfin, les noms de Breillat (La belle endormie), Denis (White Material), Frears (Tamara Drewe), Honoré (Homme au bain), Iñárritu(Biutiful), Kitano (Outrage), Leigh (Another Year), Nakashima (Confessions), Nakata (Chatroom), Noé (Enter the Void), Philibert (Nénette), Serreau (Solutions locales pour un désordre global), Wiseman (Boxing Gym) figurent parmi la foule d’auteurs contemporains de renom dont les oeuvres se croiseront durant le festival. Alors que les envoyés à Cannes se plaignaient d’une année des plus faibles, alors que, jusqu’à aujourd’hui, le comité de rédaction de Panorama-cinéma se demandait encore comment garnir son « Top 10 » annuel (exercice amusant, mais visiblement utile lorsqu’il sera temps de se demander si l’année 2010 aura été un bon cru), le Festival du Nouveau Cinéma s’annonce comme le sauveur d’un début de décennie catastrophique où le triomphe des formes à l’égard des récits et des conceptions métaphysiques du monde (pour ne nommer que celles-là) se fait sentir de plus en plus à chaque déception. Quelques rares joyaux auront brillé, certes, mais nous sommes encore loin des années précédentes.

Bref, si le FNC réussit cette mission, celle de convaincre le cinéphile montréalais qu’il fait toujours bon de l’être, c’est aussi grâce à ses hommages et à ses rétrospectives que le festival, à notre avis, à d’ores et déjà fait ses preuves. Outre Bing avec la rétro organisée par la Cinémathèque québécoise : Wang Bing : Comprendre autrement la Chine, le festival rendra hommage à Pierre Falardeau (avec, entre autres, la présentation du Party et d’Octobre ainsi que du documentaire Falardeau signé Gutierrez et Garcia) ainsi qu’à Werner Schroeter (avec la projection de Malina), décédés tous deux depuis la dernière édition. Aussi, parmi les quelques autres hommages, notons la projection du trop peu vu Trois temps après la mort d’Anna de Catherine Martin et surtout le programme Afrique : Regards indépendants organisé par Sylvain L’Espérance et Érika Nimis. Les films de Samba Félix Ndiaye, Henri-François Imbert et de Jean-Marie Teno y seront à l’honneur avec comme thématique de repenser le territoire, 50 ans après l’indépendance de 17 pays africains. Sans compter la carte blanche à Groland, émission culte de Canal+, qui présentera les films les plus disjonctées de cette édition, la section hors-compétition a de quoi faire baver.

Mais le clou du spectacle, le clou du festival, c’est peut-être la rétrospective complète des oeuvres de Pierre Étaix, proche collaborateur de Jacques Tati. Invisibles depuis une vingtaine d’années pour cause d’une impasse juridique, le procès d’Étaix et de Jean-Claude Carrière s’est récemment terminé et c’est pourquoi nous recevrons de nouvelles copies 35mm entièrement restaurées de ses oeuvres les plus fameuses : Yoyo, Le soupirant, Le grand amour et bien d’autres. La présentation des films d’Étaix et sa présence à Montréal a tout d’un coup de génie. Du moins, il aurait été difficile d’imaginer meilleure surprise pour attirer les regards de tous sur cette 39e édition.

Bon festival!

ARTICLES

FNC LAB

CAPSULES

COLORFUL de Keiichi Hara (2010)
DIPLOMATES À LA TOMATE de Samba Félix Ndiaye (1989)
LA FEMME SANS PIANO de Javier Rebollo (2009)
L.A. ZOMBIE de Bruce LaBruce (2010)
MAMA de Nikolay Renard & Yelena Renard (2010)

CRITIQUES

10½ de Podz (2010)
CHATROOM d'Hideo Nakata (2010)
CONFESSIONS de Tetsuya Nakashima (2010)
ENTER THE VOID de Gaspar Noé (2009)
FILM SOCIALISME de Jean-Luc Godard (2010)
DES HOMMES ET DES DIEUX de Xavier Beauvois (2010)
KABOOM de Gregg Araki (2010)
NÉNETTE de Nicolas Philibert (2010)
OUTRAGE de Takeshi Kitano (2010)
TAMARA DREWE de Stephen Frears (2010)
TOURNÉE de Mathieu Amalric (2010)
WE DON'T CARE ABOUT MUSIC ANYWAY de Cédric Dupire & Gaspard Kuentz (2009)
WHITE MATERIAL de Claire Denis (2010)

ENTREVUES


MATHIEU AMALRIC (Tournée)

PODCASTS

PODCAST EN 3 PARTIES (FNC Lab, Afrique: Regards indépendants, Wang Bing, Pierre Étaix, Temps 0)
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Article publié le 14 octobre 2010.
 

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