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SPASM 2018

Par Jean-Marc Limoges

 

Si l’édition 2018 offrait, une fois de plus, une sélection de courts métrages d’ici et d’ailleurs d’une grande qualité (grande qualité d’écriture autant que de réalisation), il faut admettre qu’on pouvait compter sur les doigts de deux mains les productions qui se démarquaient nettement par leur originalité, leur maîtrise ou leur audace : Backstory, Gridlock, No One Will Ever Believe You, Arrêt Pipi, RIP, WOW, Scopique, Fauve, Pré-drink et Lost Paradise Lost.

En revanche, certaines autres productions, plus gore, plus trash, plus iconoclastes ou franchement désopilante – Born Again, Wild Love, A Night of Sweats, Laserpope, Saucisson a Vanill, The Contract, Le Chapon, We Summoned A Demon ou 100% Organic – nous rendaient nostalgiques des précédentes éditions, celles lors desquelles les films, dont la qualité était quelquefois sacrifiée au profit de l’irrévérence, n’en causaient pas moins le délire de la salle.

En somme, une belle cuvée SPASM 2018, une cuvée comportant quelques films déjà vus (plusieurs fois), mais aussi quelques jouissives et mémorables trouvailles, une cuvée plus propre, plus sage, plus pudique même, que les précédentes, mais une cuvée qui nous réservait tout de même quelques moments de grâce nous rappelant que les courts métrages méritent leur festival et touchent un public de plus en plus avide et curieux de découvrir les voies qu’ils explorent.

 

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Les insolites québécois

Si ce bloc de courts métrages « insolites » 100% québécois doit donner le pouls de notre société, admettons que le portrait que l’on en a dressé était pour le moins inquiétant, sinon alarmant. En effet, force est de constater que plusieurs films nous donnaient à voir des personnages victimes d’inextricables dépressions ou terrassés par d’insondables spleens, états que l’on tentait d’ailleurs de fuir par divers moyens : le suicide (Fontaineblues, Akim Gagnon, 9 minutes), la drogue (Système nerveux central, Hughes Provencher, 20 minutes), la sodomie (Beurre noir, Jimmy G. Pettigrew, 20 minutes), la musculation (Piu Piu, Nicolas Legendre, 14 minutes), les rencontres par textos (SAMI, Jérôme Léger, 11 minutes) ou les révélations familiales (Poisson de Mars, Pierre-Marc Drouin et Simon Lamarre-Ledoux, 14 minutes).

Alors que la majorité des films, malgré leur statut de « courts », souffraient souvent de longueurs, c’est ce dernier qui se sera le plus franchement démarqué du lot. Certes, la prémisse de ce Poisson de Mars est un peu convenue – on ne peut pas ne pas penser à l’inoubliable et efficace Festen (Thomas Vinterberg, 1998) qui a marqué les consciences avec cette histoire de révélation d’un « secret de famille » –, mais ici, c’est le jeu campé et tout en nuance de l’ensemble des acteurs (la vacuité de leurs répliques, la lourdeur de leurs silences, l’éloquence de leurs regards) qui appelle l’admiration, suscite l’enthousiasme et a déclenché, dans la salle, une contagieuse hilarité qui n’avait de cesse de chercher à combler les nombreux malaises, tous plus savoureux les uns que les autres, qui étaient causés.

 

:: Destrier (Philippe David Gagné, 2017)

 

On placera dans une case à part – et on accordera une petite mention à – Destrier (Philippe David Gagné, 7 minutes) qui, en un intrépide plan séquence, a comiquement réussi à remettre au goût du jour l’archaïque pratique de la joute chevaleresque (ici en motoneiges) sur fond de pêche à’ glace et de musique pompière. La situation ostentatoirement anachronique (le prix du duel : une femme !) et le sérieux avec lequel le combat fut mené par les deux protagonistes avaient de quoi retenir le souffle et l’attention. Comme nous l’apprenait la citation d’Alexandre Dumas (fils), placée en exergue : « Si les hommes n’entendent rien au cœur des femmes, les femmes n’entendent rien à l’honneur des hommes. » Et nous, que pouvons-nous bien entendre aux duels de ski-doo?

 

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Les Inclassables #1

Les courts métrages réunis dans le premier bloc d’« Inclassables » pouvaient cependant tous se classer sous le thème de la survie (et de l’entraide).

Overrun (Pierre Ropars, Antonin Derory, Diane Thirault, Jérémie Cottard, Matthieu Druaud et Adrien Zumbihl, 7 minutes), une animation 3D à la bande-son particulièrement soignée, en serait l’exemple le plus patent. Le film nous faisait découvrir le monde – monde à la fois extraordinaire, innommable et donc inquiétant – par les yeux d’une fourmi avec laquelle nous étions amenés à sympathiser étant donné la focalisation adoptée et les obstacles dont elle devait se déprendre, souvent au prix d’une amputation. Au terme de ce voyage, le film, après nous avoir sensibilisés aux aléas de l’infiniment petit, révélait comment, grâce à un déconcertant déboîtement, l’infiniment grand nous réservait de non moindres menaces.

Tout aussi clair – voire tout aussi simple – aura été une autre animation, Mehua (Camille Aigloz, Michiru Baudet, Margo Roquelaure, Diane Tran Duc et Lucy Vallin Holme, 5 minutes), qui levait le voile sur une sanglante cérémonie aztèque lors de laquelle un prêtre sacrifie des dizaines de jeunes vierges attendant à la queue leu leu d’être offertes en pâture aux dieux. Il suffira que l’une d’elle ait l’idée de mettre fin au massacre et en convainque une autre pour que la machine déraille et que le supplice prenne fin. On retiendra notamment la façon dont les réalisateurs ont usé des couleurs pour camper les diverses atmosphères qui découpaient la trame et suggérer que l’entraide puisse faire la force.

 

:: Dulce Hogar (Giovana Olmos, 2018)

 

Actualisant – ou modernisant – l’idée de la cérémonie religieuse, Dulce Hogar (Giovana Olmos, 9 minutes) posait la question : et si les loyers que nous payons aujourd’hui à de crapuleux propriétaires n’étaient pas sans rapport avec le sacrifice humain ? Dans cet immeuble à appartements délabré, que la cinéaste filmait sous plusieurs angles, chacun doit, pour calmer l’ire de quelque puissance obscure, payer sa dîme d’un membre. Et il suffit qu’un seul des locataires n’ait pas le courage d’emboîter le pas pour qu’un tremblement déglingue tout l’immeuble. Et si le « don de soi » devait prendre un sens propre, aurions-nous le courage d’aller jusqu’au bout pour la survie de la collectivité ?

Sur un mode plus comique, Metalheart (Patrick Bilodeau et Steven Ouellet, 14 minutes) s’attardait, lui aussi, à la survie d’un groupe, mais d’un groupe de jeunes de Granby s’époumonant à jouer du heavy metal au début du millénaire et passant leur temps, entre deux gigs, à se battre avec un groupe de rappeurs. Puisant son humour dans diverses références – This Is Spinal Tap (Rob Reiner, 1984), Waynes World (Penelope Spheeris, 1992) ou Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2004) –, le film nous rappelait que la cohésion d’une communauté tenait plus à une philosophie de vie (même fugace, même sommaire) qu’à une façon de se conduire, de s’habiller ou de porter la coupe Longueuil.

Passant du « groupe » de garage au « duo » de garage, isolant deux adultes restés prisonniers de leur adolescence, Garage de soir (Daniel Daigle, 13 minutes) relevait le défi de situer son action dans le garage d’un couple dont on entendait sporadiquement les disputes, hors-champ, et dans lequel les deux frères avaient trouvé refuge pour survivre à ce climat malsain et se geler la bine à l’année longue. La variété des valeurs de plans et le montage souvent « jumpcutté » dynamisait une action pourtant stagnante. Après avoir ri de leurs frasques et nous être attristés de leur veulerie, nous pouvions nous réjouir de la finale pleine d’espoir sur laquelle le film ouvrait sa porte, après l’avoir tenue close si longtemps.

Fauve (Jérémy Comte, 16 minutes) – dont on a déjà dit tout le bien qu’on pensait – mettait en scène, non pas deux adultes prisonniers du monde de l’adolescence, mais deux enfants qui feront une violente entrée dans le monde adulte. Offrant à la fois un film « réaliste » (les deux gamins, par ailleurs criant de vérité, tuent l’ennui en jouant à un jeu dont on comprend bien assez vite les règles) et un film « surréaliste » (les imprenables dunes de sable gris, l’inquiétant camion-benne, l’onirique renard), Comte réussit un puissant numéro d’équilibriste qui laissera tout le monde dans un insoutenable suspens. Quand pèse sur la conscience le fait de ne pas avoir pu sauver un ami…

Avec Ovoïde (Guillaume Comtois, 9 minutes), nous comprenons que la survie – la survie du couple, en l’occurrence – passait par l’acceptation de l’autre. Si, après l’amour, la femme décide (aussi absurde que cela soit) de couver son œuf, l’homme devra (même s’il n’y comprend rien) accepter cette lubie sous peine de voir son mariage craqueler. Il devra aussi accepter de voir son environnement se transformer (étonnante direction artistique) et de jouer, dorénavant, les seconds rôles. En somme, l’œuf est le symbole de la progéniture vers laquelle tendra la femme devenue mère et dont l’homme, encore inapte à devenir père, deviendra jaloux. Couple ou famille, qu’est-ce qui vient en premier?

 

:: Backstory (Joschka Laukeninks, 2016)

 

Coup de cœur de la soirée, Backstory (Joschka Laukeninks, 8 minutes) exemplifiait magnifiquement l’idée selon laquelle le cinéma peut « filmer la vie ». Adoptant un parti pris résolument formel – l’entièreté de l’action étant filmée en vue semi-subjective (la caméra toujours dos au protagoniste, cadré en plan épaule et situé au centre de l’écran) –, le film nous donnait à voir la vie d’un homme, de sa naissance à sa mort, dans ce qu’elle a de plus convenue. Jamais l’existence ne nous sera si ostensiblement apparue, avec si peu de moyens et en si peu de temps, dans cette absurdité que Camus dévoilait, pour sa part, en 1942. Au trois quart du récit arrive toutefois un renversement que nous n’avions pas vu venir (et qui évite heureusement un piège dans lequel on aurait pu tomber), permettant de nous remontrer des scènes connues, mais d’un point de vue différent. La survie, ici, doit s’assurer au quotidien.

 

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Les Inclassable #2

Ce deuxième bloc d’« Inclassables » avait peut-être de quoi nous permettre de réfléchir à la notion d’autorité.

In Love (Les frères Lopez, 7 minutes) nous offrait le second film de guerre de la sélection. Perdus au Moyen-Orient, des militaires swippaient leur ennui sur Tinder à la recherche d’une rencontre facile. Les visages de femmes (voilées !) qui défilaient et dont les soldats commentaient la beauté ont provoqué l’hilarité de la foule. Cependant, ce qui aurait pu passer pour de l’humour rétrograde nous réservait un efficace retournement : plus loin, deux femmes voilées passaient en revue, sur la même application, une armée d’hommes casqués et masqués dont on aurait été bien en peine de différencier les visages. Une fois le match opéré, une voix venue d’en haut concluait un peu platement le tout, en ordonnant les bombardements …auxquels on allait (aveuglément) obéir.

 

:: Comme les dinosaures (Émilie Rosas, 2016)

 

Comme les dinosaures (Émilie Rosas, 16 minutes) nous faisait pénétrer dans la tête d’un adolescent de 16 ans persuadé de l’imminente fin du monde. Qu’est-ce qui a bien pu causer son délire ? La déliquescence de toute figure d’autorité ? Son père l’engueule, son professeur l’humilie… les puissants de ce monde, peut-on déduire, menacent de tout faire sauter. Faut-il ensuite s’étonner que ce soit le Stabat Mater de Pergolesi (« La Mère de Jésus se tenait debout, en larmes, malgré la douleur de voir son Fils crucifié… ») qui hante le désolant quotidien et le décor dévasté du jeune homme? Invitant dans son délire (et dans son bunker) une fille qui aurait pu s’amouracher de lui, il devient à son tour une figure d’autorité (dérangée et dérangeante) qui la fera immédiatement fuir.

S’inspirant manifestement de The Craft (Andrew Fleming, 1996), mais sur une tonalité un peu moins sérieuse, Gloria (Joelle Arseneau, 6 minutes) nous faisait entrer dans une maison de banlieue au sous-sol de laquelle quatre jeunes collégiennes baragouinaient des incantations latines tout en prêtant serment de ne plus être les esclaves de l’amour et de ne vivre que pour les aventures éphémères. Après la réticence de l’une d’elle (profondément amoureuse de son nouveau copain) et les menaces de la cheffesse – voix du groupe – qui réussit par la convaincre de le laisser tomber, le film nous offre un punch un peu convenu qui nous apprend néanmoins que, même dans un tout petit groupe, il faut se méfier de la figure qui s’approprie les commandes.

Le très efficace Gridlock (Ian Hunt Duffy, 19 minutes) marqua sans doute le moment fort de la soirée. Bien écrit, bien joué, bien monté, cette histoire de disparition d’enfant dans un embouteillage a réussi à river les spectateurs sur leurs sièges lors des 20 minutes pendant lesquelles les revirements de situation de cessaient de réactiver leur attention et de relancer l’action. Ici, tout le monde est suspect et seul celui qui pourra élever sa voix au-dessus de celle des autres pourra aussi s’élever au-dessus de tout soupçon. Même le flic qui est sur place aura bien du mal à faire valoir son autorité parmi les dizaines d’automobilistes qui cherchent tous à prêter main forte pour ne pas être accusés. Au final, la leçon demeure la même : il faut se méfier de la figure qui commande.

L’idée de Late Tales (Gauthier Aboudaram, 9 minutes) n’était pas mauvaise (même si sa réalisation n’a pas réussi à convaincre) : puiser dans les « creepypasta » (les légendes urbaines prenant naissance sur des sites internet et ensuite diffusées sur le web) pour en tirer différents scénarios. Le résultat ? Quatre courtes histoires d’environ deux minutes (et presque sans paroles) dont on aurait sans doute gagné à connaître l’origine. Cependant, il n’en demeure pas moins que ces historiettes donnaient à réfléchir : comment s’assurer de la véracité d’un fait quand, à notre époque, en copiant-collant de façon exponentielle ces histoires d’horreur sans manquer d’y ajouter un détail personnel, il nous devient impossible de retracer l’énonciateur d’origine (l’autorité donc) en regard duquel on pourrait en juger ?

Se présentant comme un « fight film » sans prétention, Cochonneries (Mathieu McCollough Bouchard, 8 minutes) n’en suivait pas moins une courbe convenue : commençant par une scène d’amour, il se poursuivait par une scène de violence, pour se terminer par une scène d’amour. Dans ce sketch chargé en coups de poing et en rebondissements, on finit par comprendre, une fois de plus, qu’on ne peut plus se fier à personne : Pete cache-t-il à sa blonde, Cynthia, qu’il mène une double vie ? Sont-ce les mafieux qui lui font plutôt croire qu’il lui est infidèle ? Est-ce dans le dos de ceux-ci que celui-là aurait joué ? Ne serait-ce pas Cynthia qui aurait tenu secret à son mec ses aptitudes de pugiliste ? Nul ne le saura jamais, puisqu’à peu près tout le monde finira dans son sang.

 

:: Lost Paradise Lost (Yan Giroux, 2017)

 

Enfin, Lost Paradise Lost (Yan Giroux, 25 min.) venait clore la soirée. Un jeune homme et une jeune femme vivent, chacun de son côté, une rupture avec une moitié qui semble elle-même déconnectée du monde. Ces deux âmes esseulées se retrouveront toutefois, vêtues de hardes, dans ce « Paradise Lost » (genre de secte qui, sous la férule d’une autorité dématérialisée, promet à ses adeptes de « vivre pour vrai » et de trouver le « vrai amour »). Nous l’avons déjà dit : Il y a des cinéastes « couillus ». Et Yan Giroux est l’un de ceux-là. Autrement, comment aurait-il pu convaincre une trentaine de personnes – hommes, femmes, jeunes, vieux, petits, gros… – d’embarquer dans un autobus pour se rendre dans une luxuriante forêt où ils se dévêtiront sans pudeur ? C’est autour de cette image qu’il construit son film dont le propos, d’abord obscur, s’illumine au lever du jour. Au terme d’une attaque de motocyclistes masqués – attaque tout aussi inopinée qu’incroyable lors de laquelle la caméra de Giroux, jusqu’alors contemplative, se fait violente et nerveuse –, ce couple de fortune s’unit. L’image finale d’un raton-laveur serrant dans ses pattes un toutou à son image, pose, à sa façon, la question du film. À qui se fier ? Qui croire ? Vers qui se tourner ? Vers le réel, l’imaginaire ou le virtuel ?

 

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Cabaret Trash

Cabaret cathartique, foire du mauvais goût, célébration de l’outrance, fête de la démesure, moment du règlement de compte, cette soirée demeure, depuis son instigation, la pierre angulaire, le centre névralgique, l’orifice anal de SPASM.

Alors qu’on aurait pu croire qu’en notre époque on en avait bel et bien fini avec la religion, alors qu’on aurait pu se dire qu’elle appartenait maintenant définitivement au passé, on doit plutôt admettre que certains cinéastes prennent encore un malin plaisir à s’acharner sur le corps du Christ. Que ce soit sous la forme de la parodie, du pastiche ou de la fausse bande-annonce, plusieurs d’entre eux nous auront livré leur version de ce sujet (anciennement) épineux. Born Again (Jason Tostevin, 7 minutes) levait ses lourdes draperies rouges sur une cérémonie satanique (virant au burlesque) au terme de laquelle ce n’est pas l’Antéchrist souhaité qui sortait – tel un Alien – du ventre de la parturiente, mais le Christ lui-même. Aujourd’hui, plus aucun rituel ne semble pris au sérieux. Laserpope (Lukas Rinker, 4 minutes) se présentait comme une jouissive fausse bande-annonce conviant papes, ninjas, strip-teaseuses, androïdes et dinosaures sans manquer d’écorcher au passage les incontournables prêtres pédophiles [1]. En somme, ce sujet est toujours d’actualité. Eau de Jésus (Mat Rich, 2 minutes), un petit coup de cœur de la soirée, se présentait comme une désopilante – et très finement réussie –publicité de parfum à la fin de laquelle on pouvait s’écrier, avec un trémolo dans la voix et une larme au coin de l’œil : Ecce homo! Le génie de cette œuvre était, non pas d’emprunter à la publicité ses codes pour se moquer du Christ, mais de convier la figure du Christ pour se moquer des inepties publicitaires.

Thème connexe à la religion, la mort demeure le second sujet le plus largement exploité de ces soirées : on la souhaite, on la convie, on s’en moque, on la ridiculise, on en tourne les cérémonies en dérision. Dont Ever Change (Don Swaynos, 10 minutes) orchestrait, sur fond d’humour noir, une rencontre entre un journaliste suicidaire et une ancienne meurtrière envers laquelle sa fille maintenait toutefois ses distances, et qui allait retrouver, après en avoir été convaincue par celui-là, le plaisir de tuer, tout en créant l’atterrement de celle-ci. Pourquoi condamner le meurtre (sordide) quand il permet de concrétiser ses désirs : le journaliste quittait la vie et la maman retrouvait sa fille. Avec autant de fluide, mais d’une toute autre couleur, et non sans entretenir quelques liens avec les « Body Snatchers », Nocturnally Yours (David Ferino, 11 minutes)– en nous montrant un défunt fiancé revenir auprès de sa bien-aimée sous les traits de différents laiderons – posait tout de même une sérieuse question : sommes-nous amoureux de l’âme ou du corps de notre conjoint? Enfin, RIP (Albert Pintó et Caye Casas, 16 minutes), un autre coup de cœur de la soirée, partait d’une prémisse simple (il ne reste à un homme que 48 heures à vivre, 48 heures au bout desquelles sa famille lui organisera une cérémonie funéraire) en la poussant à l’extrême (il ne meurt pas, alors que tout est en place). Cette noire satire punchéà souhait nous montrait à quel point, dans certaines sociétés, le protocole, l’honneur, l’image, sont plus importants que la vie.

 

:: Prouve-le (Carol-Anne Vallée et Geneviève Dunn, 2018)

 

Après la mort, l’amour demeure un autre sujet largement traité et tourné en dérision. Sur un mode on ne peut plus scatologique, The Contract (Christer Lindström, 7 minutes) y allait du travelo qui se passe la bite au rouleau avant de se faire enculer par son chien : une autre façon de comprendre l’expression « Amours chiennes » ? Inspiré d’une nouvelle de Beigbeder, Prouve-le (Carol-Anne Vallée et Geneviève Dunn, 4 minutes) partait, aussi, d’une prémisse fort simple (Tu m’aimes ? Prouve-le !) et la poussait à son point de non-retour : une très juste et très éclairante injonction paradoxale. Mais il reste que le film qui aura sans doute suscité le plus grand engouement de la soirée est l’animation 3D antidysnéenne Wild Love (Paul Autric, Quentin Camus, Maryka Laudet, Léa Georges, Zoé Sottiaux et Corentin Yvergniaux, 7 minutes). Dans un paysage alpestre des plus bucoliques, un couple s’aimant d’amour tendre verra la faune se rebeller contre lui, après avoir malencontreusement causé, à son insu, la mort d’une marmotte. Si, dans une situation dangereuse où ta vie est en jeu, tu te sers instinctivement des membres dispersés de ta défunte blonde pour te défendre, c’est que celle-ci représente bien moins que ta douce moitié.

Cette soirée, déjà chargée, fut aussi ponctuée de mini-capsules hyper-punchéesLes insensibles (Kevin T. Landry, 3 minutes) – proposant une variation sur un même travers : la philautie ambiante. Pour les hommes-les-vrais, Hooligans (Adam-Gabriel Belley-Côté, 6 minutes) se chargeait de donner une petite leçon de vie : l’essentiel est invisible pour les yeux. Pour les autres, le pastiche A Night of Sweats (Rémi Fréchette, 8 minutes) – inspiré de Perfect (James Bridges, 1985) – révélait un autre secret : écoute ton cœur, fonce, va jusqu’au bout de tes passions. Il faut avouer que, avec ses zooms abusifs, ses beats poches, ses suits en lycra, ses coiffures crêpées, ses acteurs faussement justes et ses dialogues post-synchronisés, ce court métrage aux effets dosés et savamment maîtrisés était réussi sur toute la ligne. Enfin, on offrira une dernière mention au psychédélique Saucisson a vanill (Frédéric Lavigne, 9 minutes), œuvre formellement et thématiquement désinhibée, qui nous aura donné plusieurs leçons : leçon de narration, leçon de montage, leçon de situation, leçon de dialogue, leçon de jeu et leçon de mise en scène en poussant au-delà de ses limites les procédés réflexifs, dont une métalepse extra-fictionnelle !

 

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Science-fiction

La soirée Science-fiction enfila les courts métrages contemplatifs reléguant la trame narrative – et même très souvent les dialogues – au second plan. Others Will Follow (Andrew Finch, 9 minutes) incarnerait sans doute le plus pur joyau de ce somptueux collier. Mais comment faut-il interpréter cette absence de dialogue et ce dédain du récit ? Serait-ce que, dans ce futur rapproché (et bien peu reluisant), dont chacun nous peignait un si triste portrait, les distinctions de langues (et de races, et d’âges, et de sexes, etc.) seraient inutiles en cela que nous serons bel et bien tous « dans le même bateau », aux prises avec les mêmes problèmes, d’une ampleur mondiale ? Problèmes auxquels nous serions, du reste, bien en peine d’apporter quelques solutions (d’où l’absence de résolution dans la plupart de ces œuvres) ?

 

:: Others Will Follow (Andrew Finch, 2017)

 

Quel portrait du futur (pas si éloigné) nous offrait-on ? Un futur dans lequel les armes seront toujours présentes (Good Business, Ray Sullivan, 5 minutes ; Lunatique, Gabriel Kalim Mucci, 11 minutes),  mais dans lequel l’air et l’eau viendront à manquer (The Last Well, Filip Filković, 20 minutes ; Expire, Magali Magistry, 13 minutes), un futur dans lequel des puces nous seront vissées dans les tempes pour nous faire croire que tout va bien ou nous faire oublier que tout va mal (Never Mind, Clio Léonard et Damien Leclerc, 5 minutes ; Best Friend, N. Olivieri, Y. Shen, J. De Lucca, V. Nair et D. Feliu, 6 minutes), un futur enfin dans lequel les robots seront pour leur part pourvus d’âme ou de cœur (Squad Leader, Maxime-Claude L’Écuyer, 8 minutes – The Bolt Connection, Nicolas Lebas, Claire Cartier, Mathilde Dourdy, Thibault Grunenberger, Maurine Lecerf et Shih-Hui Pan, 7 minutes), un futur, bref, tristement inquiétant.

 

Spécial Sexe

Bien loin du mauvais goût dans lequel elle aurait pu sombrer, la Soirée Spécial Sexe (un autre moment attendu de ce festival) nous aura offert un lot de courts métrages d’une audace formelle plutôt réjouissante.

C’est WOW (Corinne Black et Aaxel d’Harcourt, 5 minutes) qui ouvrait le bal, et qui l’ouvrait en grand. Le titre annonçait un film « palindrome », mais qui eût cru que l’exercice stylistique – que n’aurait pas renié l’OuLiPo (ou l’OuFiPo?) – aurait si magistralement fonctionné ? Un jeune homme et une jeune femme se rencontrent, apprennent à se connaître, baisent, s’engueulent et se laissent. Classique. Sauf qu’ici, au mitan du récit, au moment même de l’orgasme, sourd ce « WOW » de la bouche des amants, interjection qui marquera l’introduction du compte à rebours, le commencement de la marche arrière, le début du « rewind » qui nous ramènera – sans jamais tricher – à la case départ. L’idée, pourtant désarmante de simplicité, a su convaincre par le brio de son exécution. Un coup de cœur ! Mieux : un coup de génie !

 

:: Pussy (Renata Gasiorowska, 2016)

 

L’animation Pussy (Renata Gasiorowska, 8 min.) abordait, grâce à une esthétique naïve – des coups de feutres rouge et bleu dont l’encre bavait sur un fond très pur et très blanc –, une question essentielle : la masturbation féminine (que tout empêche, d’ailleurs, de mener à son terme). L’acuité et le comique de ce récit à la fois très campé et éminemment fantaisiste résidait dans l’autonomie que l’artiste donnait à cette vulve en chaleur qui se détachait de sa propriétaire pour explorer « en solo » sa sexualité en se frottant sur tout ce qui bouge (ou en se bougeant sur tout ce qui frotte) : plumes, bulles, draperies… cactus. La finale, lors de laquelle elle atteint enfin l’orgasme, devient un véritable plaisir pour les sens : un écran trempé de peinture à l’eau sur lequel monte en intensité une musique électro-funk.

Fermement décidé à briser notre croyance dans l’existence du Père Noël (et de la Fée des Étoiles), Backstore (Valérie Leclair, 11 minutes) offrait une incursion dans l’arrière-boutique d’un centre commercial, un jour de Noël. Retirant sa tuque et sa barbe, Christopher entreprend de lutiner Sarah, engoncée dans ses falbalas et ses fanfreluches. Surmontant les épreuves physiques et psychiques (veux-tu d’l’amour ou b’en du cul ?), nos deux personnages regorgeront d’inventivité pour se mettre (sur la même longueur d’onde) et venir (au bout de leurs désirs). Les ridicules difficultés, les gros plans sur leurs visages rubiconds, les répliques drôlatiques, la musique funky qui démarrait et stoppait au rythme de leurs va-et-vient, tout contribuait au burlesque de la scène à laquelle un punch (ont on n’avait pas vraiment besoin) venait mettre un terme.

Il faut marquer ici un temps d’arrêt et faire part du profond respect que commande cette œuvre audacieuse et inventive : Scopique (Alexa-Jeanne Dubé, 12 minutes). Trois personnes (dont on ne verra jamais les visages) – une jeune fille, un jeune homme et une vieille femme – racontent une aventure sexuelle qui, au final, se sera soldée par un échec (tout relatif). Or, sur ces confidences défilent des images de couples (hétérosexuels, homosexuels) voire de groupes, baisant, au milieu d’un lac, au haut d’un immeuble ou au sommet d’une montage, filmés à l’aide d’un drone qui, partant de très haut, descend peu à peu vers eux, pour faire soudainement marche arrière quand on en voit un peu trop. En somme, l’œuvre teste notre voyeurisme : nous empêchant de voir le visage de ceux qui racontent, nous montrant autre chose que ce qui est raconté, sans toutefois nous permettre de le voir clairement. Impeccable… sensible… et intelligent.

Je suis un apprentissage (Valentin Chetelat, 2 minutes) n’était rien de plus qu’une sympathique farce circumbilivaginant (merci Rabelais !) autour d’une autre question fondamentale : l’art du cunnilingus. Il suffit au réalisateur, au moment même où son personnage enfouit sa tête entre les jambes de sa dernière conquête, placidement écartée sur son plumard, il lui suffit, donc, de stopper inopinément la sulfureuse mélodie qui injectait tant de romantisme à leurs ébats pour qu’on entende soudainement les « slurp ! slurp ! slurp ! » que ses coups de langue généraient et que tout l’érotisme de la scène se pulvérise et s’effondre. Voilà alors notre homme lancé dans sa quête : apprendre à offrir un cunnilingus avec un peu plus de classe (et un peu moins de bruit). Qu’on tourne sa langue sept fois et qu’on se pince les lèvres !

 

:: Pré-drink (Marc-Antoine Lemire, 2017)

 

La soirée se terminait avec un autre film dont on a déjà dit tout le bien que l’on pensait : Pré-drink (Marc-Antoine Lemire, 23 minutes). Ici, le regard jeté sur la sexualité était on ne peut plus sérieux et nimbé de respect : respect du cinéaste envers ses deux « outcasts » (voir, à cet égard, le recours aux cadrages légèrement décentrés et les subtils hors-foyers), mais aussi respect de ces deux « outcasts » l’un envers l’autre. Ce qui touche, dans ce petit bijou, c’est la justesse avec laquelle le réalisateur a su trouver – et filmer – ses deux acteurs, c’est la liberté qu’il semble leur avoir généreusement et amoureusement donnée, c’est la confiance avec laquelle il leur a demandé d’évoluer dans ce demi sous-sol érotiquement éclairé, jusqu’à ce que les masques tombent. Ce qui émeut, c’est la sincérité avec laquelle les deux protagonistes se parlent, se moquent, s’approchent, s’éloignent, se taisent, se teasent, se niaisent, se révèlent, se confient, s’embrassent, se laissent aller et reviennent « à la réalité ». Ce qui est audacieux, c’est non pas d’avoir choisi un gay et un trans et de nous avoir donné à entendre quelques propos croustillants et à voir quelques images salaces, mais d’avoir réussi à nous montrer plutôt deux amis d’enfance qui, un soir de boisson, se questionnent ouvertement sur leur sexualité et se demandent jusqu’où ils peuvent l’explorer sans pourtant fragiliser les rapports qui les lient. Voilà un film qui sait habilement – et pudiquement – nous faire pénétrer dans une intimité à laquelle, sans la discrétion ni le respect de cette caméra, nous n’aurions jamais pu avoir accès.

 

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Grande soirée horreur

On a aimé, dans 9 Pasos (Marisa Crespo et Moisés Romera, 7 minutes), la façon dont l’histoire a avancé et la façon dont la tension a progressé sans pourtant ne jamais faire bouger le principal protagoniste (le petit garçon) du coin de l’appartement où il se terrait.

On aurait aimé, dans Something in the Darkness (Fran Casanova, 14 minutes), que le montage fût plus resserré, que la musique fût moins tonitruante, que la situation fût moins éculée et que l’on nous servît autre chose que cette chute éculée (et que celle-ci, du reste, ne fût pas double).

On a aimé, dans Déjà vu (Oliver Labonté LeMoyne, 9 minutes), l’artificialité assumée de la réalisation – les décors empestaient le toc, la lumière embrumait les lieux, les acteurs ressemblaient à des figurants –, car la réalité sur laquelle on levait le voile était peut-être (déjà) un rêve.

On aurait aimé, dans Revenu (Éric Piccoli, 6 minutes), que l’on revînt (justement) un peu plus de la télésérie The Walking Dead pour nous offrir une proposition un peu moins conventionnelle et un peu plus originale.

On a aimé, dans We Summoned a Demon (Chris McInroy, 6 minutes), le décalage entre le gore, d’un côté, et le slapstick, de l’autre, les éclairages baroques, l’humour granguignolesque et l’équilibre sur lequel les deux acteurs, particulièrement justes, ont su se tenir jusqu’à leur décapitation finale.

 

:: Le Chapon (Gabriel Vilandré, 2018)

 

On a aimé, dans Le Chapon (Gabriel Vilandré, 14 minutes)– malgré la longueur de certains plans qui ralentissaient considérablement le rythme et la vacuité de certains dialogues qui ne faisaient aucunement avancer l’histoire (au reste, Chostakovitch n’a pas écrit de « chansons ») –, le contrepoint des costumes et des décors (tables à outils devant lequel deux filles en robe du soir fomentent une sanglante vengeance), l’utilisation du son et de la lumière (qui créaient des ombres d’où s’avançaient des profils armés, en apparence, de scie mécanique) et l’omniprésence du hors-champ (qui laissait présager la menace et imaginer les dégâts).

On a aimé, dans 100% Organic (Yoann Luis, 5 minutes), le gore assumé – façon Texas Chain Saw Massacre (Tobe Hooper, 1974) – et la finale qui, plutôt que de se clore sur une espèce de chute mi-comique mi-amère qui aurait invalidée toute l’horreur précédente, ouvrait plutôt sur la possibilité d’un monde post-apocalyptique terriblement inquiétant (l’automobiliste ne croquait-il pas le doigt tendu par le boucher au masque de coq comme s’il s’agissait d’un vulgaire sucre d’orge?).

On a aimé, dans Milk (Santiago Menghini, 9 minutes), le brio avec lequel – une fois encore – on pouvait faire naître la terreur sans jamais quitter le point de vue du principal protagoniste (ici, un autre petit garçon), même si, au final, le tout finissait par s’éterniser un peu.

On a adoré, dans No One Will Ever Believe You (Frédéric Chalté, 6 minutes), le punch à la fois drôle et terrifiant qui, plutôt que de tout rabaisser platement au niveau réaliste, a surtout réussi à nous laisser flotter dans le fantastique.

On aurait aimé, dans The Cleansing Hour (Damien LeVeck, 18 minutes) – malgré sa nette progression dramatique, son jeu d’acteur défini et son montage nerveux –, que l’on saisît mieux ce qui a provoqué le revirement central et que l’on comprît mieux ce qui en motivait la finale.

On s’est enthousiasmé, dans Arrêt Pipi (Maarten Groen, 6 minutes), de la sordidité des lieux, de la laideur des personnages, du décalage de la situation et de la voix de la vieille creepy à souhait (« Papier de toilette rouge ou bleu? »), mais surtout, surtout, de l’apparition du maniaque d’un lieu duquel il était physiquement et diégétiquement impossible qu’il surgisse (ça, il fallait y penser !).

 

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Remise de prix

Les trois membres du jury – Ara Ball, Pascal Plante et Simon Lavoie – ont remis, tout juste avant la Grande soirée horreur, les prix de l’édition 2018.

Dans la catégorie Trash, le prix fut remis à RIP (Albert Pintó et Caye Casas) pour « le jeu drôle et précis des comédiens de même que l’histoire captivante ».

Dans la catégorie Science-fiction, le prix fut remis à Overrun (Pierre Ropars, Antonin Derory, Diane Thirault, Jérémie Cottard, Matthieu Druaud et Adrien Zumbihl) pour « la façon dont on nous faisait passer d’un monde (futuriste) à un autre (historique) et pour la beauté formelle incroyable de sa réalisation ».

Dans la catégorie Horreur, le prix fut remis à Déjà vu (Oliver Labonté LeMoyne) pour « la façon dont il a traité d’un sujet délicat avec imagination ».

Dans la catégorie Animation, le prix fut remis à Pussy (Renata Gasiorowska), un « film qui tendait vers l’œuvre artisanale et qui débordait de personnalité ».

Le prix du Meilleur montage fut remis à Prouve-le (Carol-Anne Vallée et Geneviève Dunn), film « impressionnant dans sa compréhension de l’ellipse, un film qui avance avec fulgurance et qui évoque beaucoup en peu de mots ».

Le prix de la Meilleure interprétation fut remis, d’une part, à Guillaume Laurin pour sa performance dans Garage de soir (Daniel Daigle) qui, « par sa présence attachante et touchante nous donnait l’impression qu’il aurait pu être notre grand frère » et, d’autre part, à Félix Grenier, le jeune gringalet criant de vérité qui a joué dans Fauve (Jérémy Comte, 16 min.), « un film d’ailleurs porté par ses deux jeunes acteurs ».

Le prix du Meilleur scénario fut remis à Gridlock (Ian Hunt Duffy) pour « son travail sophistiqué et ses personnages secondaires fouillés ».

Le prix de la Meilleure réalisation fut remis à Lost Paradise Lost (Yan Giroux) pour « son univers étrange et assumé, pour sa mise en scène complexe, pour sa justesse et sa crédibilité ».

Le Prix du Jury pour le Meilleur film fut remis à Scopique (Alexa-Jeanne Dubé), un prix qui a été décerné comme un « acte de résistance » pour un film qui « offrait une proposition totale : son, musique, images poétiques ».

Enfin, le Prix du Public est allé, ex-aqueo, à Pré-drink (Marc-Antoine Lemire) et à Milk (Santiago Menghini).

 

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Notre Top 10

D’abord, une mention à Eau de Jésus (Mat Rich) pour son pastiche parfaitement réussi des publicités de parfums, court-métrage qui conviait la figure du Christ non pas pour régler ses comptes avec celui-ci, mais pour rendre compte de l’ineptie de celles-là.

10° No One Will Ever Believe You (Frédéric Chalté), pour sa finale à la fois drôle et inquiétante qui ne désamorçait pas toute la prémisse.

9° Gridlock (Ian Hunt Duffy), pour son écriture minutieuse, son scénario efficace, sa montée dramatique, ses multiples péripéties et sa finale punchée.

8° Pré-drink (Marc-Antoine Lemire), pour la tendresse et le respect que le réalisateur a manifesté envers ses protagonistes et pour celui que ceux-ci ont éprouvé l’un envers l’autre.

7° Scopique (Alexa-Jeanne Dubé), pour l’audace formelle et thématique de la proposition qui montrait exemplairement comment le court-métrage est une œuvre d’art.

6° Lost Paradise Lost (Yan Giroux), pour la poésie (c’est-à-dire la polysémie) des images et des situations, pour l’ouverture qu’il nous demande de combler, pour l’intelligence avec laquelle il s’adresse à ses spectateurs.

5° Arrêt Pipi (Maarten Groen), pour les lieux, les répliques, les situations et les personnages foncièrement creepy et même l’humour qui s’en dégage.

4° Backstory (Joschka  Laukeninks), pour la force et l’évocation avec lesquelles fut exploitée une idée formelle d’une déconcertante simplicité.

3° Fauve (Jérémy Comte), pour l’équilibre entre le réalisme et le surréalisme, le jeu étonnamment juste des deux jeunes acteurs et le bizarre feeling sur lequel le film nous laisse.

2° RIP (Albert Pintó et Caye Casas), pour la prémisse totalement absurde poussée à son paroxysme, le jeu décalé des acteurs, la disgrâce des décors et la morbidité de l’ambiance, le décalage entre la situation et les émotions ainsi que l’humour (atrocement) noir grâce auquel les cinéastes rendaient palpable un des travers de nos sociétés.

1° WOW (Corinne Black et Axel d’Harcourt), pour la simplicité et l’efficacité de l’idée, pour le tour de force stylistique, pour la façon dont on a pu dire beaucoup avec très peu. Une œuvre parfaite.

 

:: WOW (Corinne Black et Axel d'Harcourt, 2016)

 



[1] Une autre fausse bande-annonce Commando Ninja (B. Combes, 3 min.) allait aussi férocement dérider la foule.

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Article publié le 8 novembre 2018.
 

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