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RIDM 2016

Par Mathieu Li-Goyette



S’il est fort difficile de mettre le pied à l’étrier festivalier suite à la victoire de Donald J. Trump, il faut néanmoins profiter de cette terrible surprise pour redire toute l’importance qu’a le cinéma dans la question démocratique et en particulier le cinéma du réel : le documentaire. Plus compact qu’un ouvrage érudit, plus marquant qu’un reportage, plus efficace qu’un discours, le documentaire, plus que jamais, se retrouve au diapason des multiples problématiques du monde contemporain, encore davantage que le cinéma de fiction, massivement inféodé aux paramètres, publics ou privés, qui le soutiennent.

Le documentaire, parce qu’il est pratiquement la forme la plus abordable du cinéma, parce qu’il ne s’écrit pas (ou presque pas), parce qu’il se prévoit à peine et se construit tout entier sur l’éthique d’un regard vif et d’un montage réfléchi, est sans doute l’acte de cinéma le plus sincère et le plus humain qui soit. Sincère parce qu’il est souvent le chemin le plus direct pour aborder les questions les plus pressantes, pour former à partir de la glaise de la société des portraits éloquents qui lui renvoient son image. Humaine parce que dans l’immédiateté de la captation et la mise en rapport des images en montage, quelque chose comme un acte d’Homme prend forme, une décision qui tranche le réel, un choix, une position, qui, face à un paysage culturel manufacturé en comité, oppose des tangentes bien saillantes.

Le vif du sujet : les RIDM se tiennent du 10 au 20 novembre. On y retrouvera une programmation amincie (décision franchement louable), comptant 13 premières mondiales et 44 films québécois en plus de quelque 70 autres films présentés dans les diverses sections et compétitions du festival. Avec en ouverture Fuocoammare, par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi, le festival marque le coup d’envoi par le récipiendaire de l’Ours d’or du dernier Festival de Berlin qui porte judicieusement sur la question des migrants en Italie. Dix jours plus tard en clôture, c’est Un journaliste au front de Santiago Bertolino qui nous proposera de suivre Jesse Rosenfeld, journaliste canadien basé au Moyen-Orient et dont les reportages sont parus dans le Guardian et le Toronto Star.

En compétition officielle, notons plus particulièrement Another Year (Shengze Zhu), le portrait d’une famille de la classe ouvrière chinoise ; Manuel de libération (Alexander Kuznetsov), sur les tractations bureaucratiques que doivent affronter deux jeunes femmes russes internées ; Kate Plays Christine (Robert Greene) sur le travail de l’acteur ; Brothers of the Night (Patric Chiha) qui s’annonce, à en croire le festival, comme une rencontre viennoise entre les corps de Rainer Fassbinder le ton de Kenneth Anger.

Dans la compétition nationale, on retrouve Angry Inuk (Alethea Arnaquq-Baril) qui remettra en perspective la chasse aux phoques ; Gulîstan, terre de roses (Zaynê Akyol) qui suit une troupe de guerrières kurdes du PKK ; Quebec My Country Mon pays (John Walker) sur la division franco-anglo ; Chez les géants (Aude Leroux-Lévesque et Sébastien Rist) consacré à deux jeunes Inuits ou encore le très attendu (en tout cas chez nous) Combat au bout de la nuit de Sylvain L’Espérance, odyssée de plus de 4 heures sur le bouleversement grec.

Sans revenir maintenant sur les nombreux courts et moyens métrages qui seront présentés (que nous aborderons au fil de notre couverture journalière), mentionnons quelques grands coups de la section « Panorama », avec Austerlitz (Sergei Loznitsa), Le concours (Claire Simon), Entre les frontières (Avi Mograbi), Homo Sapiens (Nikolaus Geyrhalter), NUTS! (Penny Lane), Ta’ang (Wang Bing) et We Can’t Make the Same Mistake Twice Again (Alanis Obomsawin). Une sélection imposante signée par des documentaristes reconnus, dont les œuvres présentées durant le festival, fidèles à leurs approches respectives, sauront réitérer la singularité de leur démarche.

Diverses sections, comme « Portraits » (avec 95 and 6 to Go de Kimi Takesue, The Great Fortune de Kirsten Burger, Mikko Gaestel et Johannes Müller) et Madame B, histoire d’une Nord-Coréenne de Jero Yun), « États du monde » (Hissein Habré, une tragédie tchadienne du grand Mahamat-Saleh Haroun ou Starless Dreams de Mehrdad Oskouei), « Hors limites » (Dark Night de Michal Marczak ou The Dreamed Ones de Ruth Beckermann) et « Beat Dox » (Raise Your Arms and Twist de Atsushi Funahashi et Aim for the Roses de John Bolton) complètent en variété une sélection solide et diversifiée de longs-métrages.

De retour pour une cinquième fois, le volet « UXdoc », visionnaire à ses débuts et pris pour acquis maintenant, intéressera les amateurs de réalités alternatives, virtuelles et interactives, avec 6x9 de Francesca Panetta et Lindsay Poulton notamment, pour le confinement qu’elles proposent entre les quatre murs d’une cellule d’isolement ou bien Collisions de Lynette Wallworth, qui nous mène à la rencontre d’aborigènes en plein désert australien.

Enfin, un volet « Rétrospectives » composé des œuvres de Pierre-Yves Vandeweerd (Territoire perdu), Deborah Stratman (Visions) et des rencontres entre le documentaire et le cinéma d’animation (avec des films de Theodore Ushev, Chris Landreth, Pierre Hébert et autres) boucle une programmation à taille humaine qui détonne déjà par sa rigueur et toute la conscience affichée par ses choix. Retrouvons-nous donc chaque jour pour une couverture quotidienne de ces 19e Rencontres internationales du documentaire de Montréal. 


PRÉSENTATION
OUVERTURE : FUOCOAMMARE, PAR-DELÀ LAMPEDUSA
JOUR 1
(David Lynch: The Art of Life, Fuocoammare, Ta'ang)

JOUR 2
(Angry Inuk, Hier à Nyassan, Kate Plays Christine, Il Solengo)

JOUR 3 
(Aim for the Roses, Dark Night, Fuocoammare : par-delà Lampedusa, 
S.E.N.S., We Can't Make the Same Mistake Twice)

JOUR 4
(The Botanist, Brothers in the Night,
Manuel de libération, Territoire perdu)

JOUR 5
(Austerlitz, Combat au bout de la nuit, He Who Eats Children
Quebec My Country Mon Pays, Les tourmentes)

JOUR 6
(Brothers in the Night, Gatekeeper, The Great Theater,
Long Story Short, Speaking is Difficult, Uzu,)

JOUR 7
(A Train Arrives at the Station, Andrew Keegan déménage,
Animals Under Aneasthesia, Dialogue(s), Gulistan, terre de roses,
Isabella Morra, Manuel de libération, Non-contractual)

JOUR 8
(Calabria, Le goût d'un pays)

JOUR 9
(Le concours, The Dreamed Ones, Swagger)

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Article publié le 10 novembre 2016.
 

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