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Fantasia 2013 : Le blogue du festival

Par Panorama - cinéma

Big Bad Wolves (Aharon Keshales et Navot Papushado, 2013)
Boomerang Family (Song Hae-sung, 2013)
The Burning Buddha Man (Ujicha, 2013)
Les Gouffres (Antoine Barraud, 2012)
The Grand Heist
(Kim Joo-ho, 2012)
Horror Stories (Jung Bum-sik et cie., 2012)
How to Use a Guy With Secret Tips (Lee Won-suk, 2013)
OVX : The Manual
(Darren Paul Fisher, 2013)


>> Festival Fantasia 2013




How to Use a Guy With Secret Tips (2013)

Lee Won-suk  |  Corée du Sud  |  116 minutes

Rares sont les premiers films à déployer autant d'énergie et d'assurance, autant de conviction que celui de Lee Won-suk qui, dans le sillon des comédies coréennes pop et survoltées, n'échappe pas un gag, pas une coupe. Au contraire de ses contemporains trop occupés à trouver dans leurs mises en scène fanfaronnes un semblant de style, Lee a pensé ses plans comme Sofia Coppola, son montage comme Godard, son scénario comme celui de La nuit américaine. Et qui plus est, ces styles, ces manières de faire si reconnaissables, l'auteur parvient à se les approprier au moyen d'une écriture dynamique où l'engagement social peut rimer avec la comédie. Comment?

Simplement en insérant dans des situations comiques des personnages vulnérables. Aussitôt, cette vulnérabilité exploitée ouvre une brèche vers l'humour autant qu'à l'identification des spectateurs à l'héroïne Choi Bo-na, seconde assistante à la réalisation dans une maison de publicité qui la surmenage. Déjà, le personnage est attachant. L'actrice Lee Si-young l'incarne parfaitement avec son minuscule visage en porcelaine prêt à briser à tout moment. Qu'elle soit sans copain depuis des années la rapproche du public qui y voit d'abord une jeune trentenaire en quête de stabilité, ensuite une femme ayant de la difficulté à évoluer dans un milieu foncièrement masculin. La comédie de moeurs à la Tina Fey - c'est un raccourci, mais pas tant - rencontre peu à peu le récit féministe, passionné d'une femme qui réussira à se tailler une place de choix tout en flirtant avec la vedette de la pub coréenne.

Tout le secret de Choi se cache en fait dans une vidéocassette qu'elle a acheté à un charlatan surexcité; le coffret collector est truffé de trucs pour manipuler les hommes et leur tirer les vers du nez. À l'aide des codes de la comédie romantique, Lee échafaude un manifeste poignant sur la place des femmes dans l'industrie du cinéma coréen, une critique qu'il formule en ne dénaturant jamais les ambitions esthétiques de son film, ni son efficacité comique. Effets numériques scintillants, lettrages fluorescents, déplacements de caméra audacieux et coupes imprévisibles, How to Use a Guy With Secret Tips donne l'impression d'être parvenu à condenser tous les tics du cinéma populaire coréen en un seul et même objet obsédant, certes miné par une surcharge de trucs plus ou moins grossiers, néanmoins harmonisé dans un tout qui ne se lésine jamais sur les esclaffes.

Au sein d'une industrie lourdement inspirée par l'esthétique du manga, How to Use a Guy With Secret Tips transforme ses clichés en éléments du discours, pataugeant dans un contexte de publicistes qui lui permet de tenir de nombreux miroirs accusateurs contre la représentation de la femme, contre la misogynie, contre le vedettariat ou encore la fabrication d'idoles instantanées.

Diffusion : 26 juillet - 19h00 (Théâtre Impérial)

Texte : Mathieu Li-Goyette  |  Retour à l'index





OXV : The Manual (2013) 
Darren Paul Fisher  |  Grande-Bretagne  |  105 minutes

Avec OXV : The Manual, Darren Paul Fisher (réalisateur britannique qui s'est fait connaître des milieux indépendants depuis le début des années 2000) propose le « premier film romantique et scientifico-philosophique », un film portant sur une école de surdoués des ondes qui apprennent à maîtriser leurs capacités extra-sensorielles; tout le spectre des émotions est ici représenté comme un amalgame de fréquences que ces génies savent lire et parfois même contrôler.

Et autant dire qu'il ne propose rien du tout, car OXV n'est ni scientifique, ni philosophique, ni même épatant. Incroyablement mal filmée, l'oeuvre de Fisher mise sur une image numérique insipide, sans profondeur, sans variété aucune dans des cadrages qui ne connaissent que le plan rapproché et le gros plan. Pour Fisher, toutes les conversations du monde sont identiques, condensables en champs-contrechamps qui ne varient ni le rythme du montage, ni le jeu des comédiens qui n'ont qu'un seul et unique ton – qu'ils incarnent des personnages surdoués n'excuse en rien des performances si neutres.

Par-dessus tout, OXV se complaît dans son monde psycho-pop où les fréquences hautes comme basses deviennent de grossières métaphores de la lutte des classes sociales, le jeune étudiant ne parvenant pas à trouver un accord avec la demoiselle qu'il adore depuis sa tendre enfance. Elle, insensible aux émotions parce que trop sensibles aux ondes, agit en robot jusqu'au jour où elle acceptera de toucher la main de son prétendant. Ainsi, nous dit-on, les fréquences s'égalisent, le monde retrouve un peu de sa plénitude originelle que Fisher explicite avec un recours insistant à la musique comme « partition de l'univers ». À ce sujet, le parachutage de Mozart en fin de parcours comme étant le premier maître à penser des ondes est risible et martèle que l'art aurait comme fonction d'apaiser les angoisses, d'être le bouton « reset », pour citer le pianiste illuminé du film, de notre âme.

Le problème de OXV : The Manual, n'est pas d'être un film peu réfléchi ou encore d'être erroné sur ses intentions premières. Bien au contraire, quiconque voudra s'initier au monde que Fisher a mis en place adhérera aisément à ses propositions philosophiques et c'est parce qu'il n'y a rien d'à proprement dit difficile dans OVX qu'il en devient si lassant. Rien dans sa structure complexifiée pour un rien ne pourrait nous convaincre qu'il fallait faire là plus qu'un court-métrage, rien dans son style léché et sans vie ne pourrait nous faire dire qu'une cohérence esthétique sommeille en dessous de ce délire pseudo-intellectuel. OXV est de ces films de science-fiction qui nivellent vers le bas, qui militent pour une complexité qui n'a pas lieu d'être, qui placardent les codes du genre partout où ils voient du quotidien (l'école, les repas de famille, les flirts de jeunesse) qu'ils pourraient intellectualiser à outrance, espérant vainement, au passage, attirer l'attention d'un public trop clément.

Diffusion : 24 juillet - 19h00 (Salle J. A. De Sève) et 27 juillet - 15h20 (Salle J. A. De Sève)

Texte : Mathieu Li-Goyette  |  Retour à l'index





Big Bad Wolves (2013)

Aharon Keshales et Navot Papushado  |  Israël  |  110 minutes

De retour trois ans après Rabies, Aharon Keshales et Navot Papushado réitèrent leur talent sur la scène internationale du cinéma de genre. Originaires d'Israël, c'est là qu'ils ont tourné Big Bad Wolves avec l'aide du gouvernement local, réalisant par la même le deuxième film de genre de l'histoire d'un état plus habitué aux mélodrames sociaux et aux thrillers conventionnels. Ces deux moitiés de cerveau se veulent en fait les frères Coen du Proche-Orient, jouissant sans gêne des réalités socio-politiques de leur coin de terre controversé, se moquant au passage des Israéliens les plus extrémistes et transformant, à la surprise générale, un Palestinien en preux chevalier.

Voilà précisément ce qui fascine dans Big Bad Wolves. Au-delà de ses trucs scénaristiques bien ficelés, de son montage maîtrisé et de sa direction photo signée Giora Bejach (responsable des images douloureuses et angoissantes de Lebanon), l'oeuvre est un alliage plutôt rare entre le genre et les peurs xénophobes d'un Israël toujours hanté par le spectre concentrationnaire. Ici, un père de famille entre dans une rage meurtrière quand il apprend que sa fille a été assassinée, violée et décapitée. À la recherche du coupable, il croisera sur sa route un policier pour qui la fin justifie les moyens. Par un quiproquo plus ou moins bien amené, les deux se retrouveront face à leur cible, un professeur à l'allure innocente qui, hors de tout doute raisonnable, ne peut être le maniaque recherché.

Trois personnages, une maison abandonnée en territoire palestinien, un décor parfait pour sombrer dans la « torture porn » et le film de vengeance tel que les Américains le pratiquent depuis Dirty Dozen, voilà le mélange délibérément hétérogène qu'on retrouve dans Big Bad Wolves. Et pourtant, Keshales et Papushado feintent avec beaucoup de classe, s'approchant de la torture en reculant tout aussi rapidement – la pire consistera en une brûlure sur la poitrine de la victime – pour se concentrer sur le développement d'individus hautement instables. Car si le père peut paraître sain d'esprit, il demeure le plus fou des trois, prenant un malin plaisir à arracher les ongles de sa victime, n'ayant aucun remords ou aucune pensée pour sa fille récemment décédée. Muni d'un pistolet allemand Glock et d'une sonnerie wagnérienne sur son téléphone portable, il nous rappelle ce drôle de gag qu'avait mis au point Elia Suleiman dans Le temps qu'il reste alors qu'un survivant de la bande de Gaza s'amusait à fredonner sans trop savoir pourquoi la bande sonore de Schindler's List.

Tant le policier que la victime, son bourreau et le père de celui-ci (grand-père de la victime et fou comme pas deux), tous révèlent peu à peu le monstre qui les habite sous l’œil distant d'un Palestinien à cheval équippé d'un iPhone 4, seul être sain du récit, cavalier arrivant toujours au bon moment pour désamorcer les instants tendus comme pour prêter main-forte aux brutes en détresse. Placé en plein centre de ce quadrilatère surréaliste, il sert de référant pour mesurer la folie des autres, pour la tempérer, pour nous faire réaliser que le monde dans lequel Big Bad Wolves se tient n'est pas tout à fait éloigné de la réalité.

Diffusion : 26 juillet - 21h25 (Théâtre Impérial)

Texte : Mathieu Li-Goyette  |  Retour à l'index





Boomerang Family (2013)
Song Hae-sung  |  Corée du Sud  |  112 minutes
 
Avec Boomerang Family, Song Hae-sung (qui s'était fait remarquer à Deauville avec Failan en 2002) se penche sur les mésaventures d'une famille ouvrière. In-Mo, le cadet, un réalisateur sans succès  profondément déprimé retourne vivre chez sa mère après que sa femme l'ait quitté. Or sa mère héberge déjà son aîné, Han-Mo, un ex-taulard allergique au travail qui voit d'un très mauvais œil le retour du fils prodigue. Puis c'est au tour de la benjamine, Mi-yeon, de débouler dans l'appartement familial, une ecchymose sur le coin de l’œil et son ado dans les bagages. Contraints à la cohabitation, il va sans dire que les disputes aboutiront vite à des règlements de compte et que les secrets, même les mieux gardés, finiront par être éventés.
 
L'épreuve du retour à la maison (sujet particulièrement actuel en Europe), donne l'occasion à Hae-sung d'aborder certains des changements que connaît la société coréenne depuis la fin du régime dictatorial (en 1993). Il faut être attentif à la place de la mère pour en comprendre l'ampleur. Discrète et dévouée, elle opère la plupart du temps dans le second plan, en retrait de l'action. Elle s’affaire à la préparation des repas, au service, et n'intervient que pour sauver le coup lors de situations délicates. Pendant ce temps, ses enfants se disputent une part de pizza, une couchette; un rien les oppose et tout est bon pour faire craquer les prétendants au confort du foyer maternel. Sa dévotion est d'autant plus grande qu'elle révèle l'égoïsme provocateur des autres membres.
 
La confrontation de ces modes de vie n'est pas sans rappeler les conflits intergénérationnels si caractéristiques du cinéma japonais. Mais à l'instar de ce dernier, qui par une mise en scène souvent rigoureuse traite des relations familiales de manière quasi ascétique (pensons à Still Walking ou à Tokyo Sonata), Boomerang Family, et avec lui la plupart des comédies dramatiques coréennes, a pour lui une légèreté d'esprit, une absence de sérieux qui désamorce les situations les plus difficiles; à l'image de cette scène où Han-mo n'en finit plus de pleurer dans les bras de sa mère qui essaie tant bien que mal de le libérer du rideau de douche avec lequel il a tenté de se pendre. De fait, l'humour d'Hae-sung relève principalement de la surenchère ou du décalage.
 
En résumé, Boomerang Family est un film sur l'institution familiale. Tout l'enjeu est ici : transmettre aux générations désorientées les valeurs essentielles et inaliénables du concept. Le titre à lui seul le dit assez bien. L'image du boomerang lancé loin dans les airs et qui nous revient malgré tout entre les mains, traduit autant le retour des enfants à la maison que celui d'une morale somme toute simpliste : qu'importe vos différences, la famille prime.

Diffusion : 1er août - 17h15 (Théâtre Impérial)

Texte : Élodie François  |  Retour à l'index





Les Gouffres (2012)
Antoine Barraud  |  France  |  62 minutes

En l'espace de quelques plans seulement, le cinéaste français Antoine Barraud arrive à créer un climat d'incertitude déstabilisant, une sensation de flottement qui nourrit cette insistante impression que le temps a définitivement perdu toute consistance et semble se perdre irrémédiablement dans son propre écoulement. L'intrigue de son film est en soi sommaire, pour ne pas dire strictement schématique : cinq vastes fosses n'ayant jamais été répertoriées viennent d'être découvertes et un spéléologue de renommée internationale (Mathieu Amalric) est chargé de les explorer tandis que, dans une villa isolée située au beau milieu de la jungle, sa femme France (Nathalie Boutefeu), privée de nouvelles de l'expédition, attend son retour…

Présenté à Locarno en 2012, Les gouffres s'avère un long métrage intriguant, habilement construit, dans lequel il ne se passe pas grand chose et où le suspense, justement, repose sur le fait que le film tout entier semble suspendu au-dessus du néant, paralysé par l'inconnu qui semble s'étendre à l'infini. L'horreur repose ici sur l'incompréhension, sur la peur du vide; et le récit, proche de l'abstraction, devient rapidement un simple état d'attente, une stase qui paralyse l'action et l'image, acculée à la lisière de l'illisible.

Barraud, dont le premier long métrage Song était totalement improvisé, arrive à créer un climat étouffant avec un minimum de moyens. Son film, à la noirceur opprimante, relève habilement le pari de tenir le spectateur en haleine par le biais d'une atmosphère ambivalente. C'est-à-dire que les enjeux, ici, sont difficiles à définir jusqu'à la toute fin, un revirement final ne faisant qu'auréoler le réel d'un halo d'étrangeté plus déroutant encore. Rien n'est résolu. Rien ne fait de sens. C'est qu'au bout d'un moment, tous les repères de France s'étant effondrés, plus rien ne correspond au réel. Plus rien ne le distingue de l'illusion.

Une séquence spécifique vient confirmer ce basculement. France, qui vient de découvrir sous son lit un accès au « gouffre », s'enfonce dans l'abîme. Le montage devient nerveux, l'image instable. Le regard cherche un point d'appui que lui refuse le tressaillement de la caméra. Pour un moment, on a l'impression d'être devant un film de Philipe Grandrieux : les visions qui se déploient à l'écran semblent nous parvenir du subconscient, d'une zone interdite de l'esprit que l'on aurait cherché à supprimer et dont, brusquement, les angoisses et les fantasmes à demi formés voient de force la lumière du jour. Puis, lorsque France refait surface, plus rien n'a la même apparence.

L'élément fantastique de ce scénario tire toute sa puissance de l'ambiguïté qu'elle laisse en suspend : est-ce le regard que pose France sur les choses qui a changé, ou le monde lui-même qui n'est plus le même? Barraud laisse planer le doute, forçant le spectateur à s'interroger sur la nature de ce qui s'est déroulé dans les profondeurs de la Terre, à l'abri des faisceaux réconfortants de la raison.

Diffusion : 24 juillet - 21h45 (Salle J.A. De Sève)

Texte : Alexandre Fontaine Rousseau  |  Retour à l'index





The Grand Heist (2012)
Kim Joo-ho  |  Corée du Sud  |  121 minutes

Dès les premières minutes, The Grand Heist dévoile ses cartes. Comme son titre l’indique, nous avons affaire à un cambriolage spectaculaire... Un cambriolage que nous ne connaissons peut-être que trop bien. The Grand Heist dégage d'ailleurs la même aura clichée et emprunte les mêmes stratégies scénaristiques propre à ce type d'intrigues. Malgré tout, personne ne nous empêchera d'avoir encore du plaisir avec une formule qui, lorsque moindrement maîtrisée, s'avère gagnante à tout coup.

Au XVIIIe siècle, à l'époque de la dynastie Joseon, une bande de voleurs amicaux décide de cambrioler la réserve de glace, une commodité de très grande valeur servant de monnaie d'échange dans un empire où l’État croule sous le vice et la corruption. Sous les commandes de nos deux héros, Lee Deok-mu (Cha Tae-hyun) et Baek Dong-soo (Oh Ji-ho), ce gang incongru met en place son plan en cumulant les péripéties impossibles et les réussites inespérées. Auront-ils ce qu’il faut pour arriver à leurs fins? Évidemment!

Plus récemment, avec la trilogie Ocean’s signée Steven Soderbergh, le public a eu l'occasion de s'habituer à ce type de structure montée en guet-apens. On ne regarde évidemment plus ce genre de films pour les grandes révélations ou le « whodunnit » que nous voyons arriver de très loin. En effet, ces productions sont beaucoup plus appréciées pour la dynamique qui unit leurs personnages, leur humour et leur atmosphère générale. Plus près de la comédie que du suspense, The Grand Heist est un exemple parfait de bonbon cinématographique. Avec cette bande de 11 voleurs tentant un exploit hors du commun, on ne peut qu’apprécier les tensions et les rires qui ressortent de leurs interactions. Que ce soit les flatulences de Seok-chang (le spécialiste en pillage) ou l’ignorance de Dae-hyun (le maître des explosifs), le tout, quoique juvénile à certains moments, ne tombe jamais à plat et The Grand Heist garde son dynamisme sous contrôle et livre la marchandise.

Le cinéma de la Corée de Sud - particulièrement son expansion récente avec plusieurs fortes figures contemporaines, notamment Park Chan-wook, Bong Joon-ho ou encore le vétéran Kim Ki-duk - ne semble avoir aucune frontière tellement il transgresse tout ce qu'on attend généralement du cinéma populaire. Style léché, structure au canevas maîtrisé, le film de Kim Joo-ho ne lésine sur aucun moyen et prouve que la Corée n'a rien à envier aux productions hollywoodiennes, mais aussi aux cinémas indien, japonais et chinois qui, d'année en année, relèvent leur jeu d'un cran. Mis à part quelques faiblesses au niveau des scènes d'action, Joo-ho prouve qu'il a un talent véritable pour le rythme comique ainsi que le montage et la direction des comédiens.

Bref, The Grand Heist n'est en aucun cas un incontournable, mais plutôt un plaisir coupable et tout à fait divertissant pour les amateurs du genre. Rodés et sans anicroches, passant sans effort du slapstick à des moments nettement plus grossiers, les rebondissements qui accompagnent ce vol grandiose devraient convaincre les spectateurs les plus exigeants.

Diffusion : 21 juillet - 14h10 (Théâtre Impérial)

Texte : Maxime Monast  Retour à l'index





Horror Stories (2012)
Jung Bum-sik, Im Dae-woong, Hong Ji-young, Kim Gok, Kim Sun et Min Kyu-dong  |  Corée du Sud  |  108 minutes

Sans la dose annuelle d'horreur orientale que nous procure Fantasia, il serait bien présomptueux de tracer des tendances dans la J-Horror (ou encore la Thai-Horror ou la K-Horror, telle qu'il en sera question ici). Or à chaque édition, c'est le traditionnel omnibus composé de jeunes talents en devenir qui nous donne le pouls d'un cinéma en cruel manque de réinvention. Ici, sous l’œil calculateur de Min Kyu-dong (auteur du remarqué Memento Mori, ainsi que de la sympathique comédie romantique Antique) que tout un chacun s'exerce aux manières du cinéma d'horreur.

Crescendos musicaux, montés dramatiques culminants en un « ce n'était qu'un rêve », les stratégies narratives des quatre segments de Horror Stories déçoivent parce qu'ils apportent un regard générique à des situations qui le sont d'autant plus. À partir d'un gimmick bon enfant (un tueur en série capture une écolière et lui demande des histoires d'horreur pour s'endormir), Kyu-dong passe le flambeau à ses confrères qui réalisent tour à tour un sketch sur un livreur terrifiant, un vol d'avion macabre, un playboy cannibale et une ambulance en temps d'invasion de morts-vivants. Quatre nouvelles, quatre espaces où le huis clos permet de faire jaillir d'un garde-robe ou d'une rangée de bancs mal éclairée un visage fantomatique prêt à tout pour satisfaire ses ambitions meurtrières.

Tandis que les deux premiers segments reprennent les codes du slasher pour les mélanger avec ceux du film de fantôme japonais, les deux derniers jouent avec des genres plus classiques, l'un tendant vers Hannibal, l'autre vers l'absurdité horrifico-comique de Romero. Alors que la deuxième moitié du collectif rattrape le manque d'inventivité des épisodes précédents, leur somme échoue à établir un ton qui puisse nous prendre à la gorge. Tandis que les années précédentes nous avaient habitués à des omnibus dont la terreur pouvait parfois paraître insurmontable (pensons à Phobia et Phobia 2, résultats d'une vague de jeunes créateurs thaïlandais), Horror Stories cabotine avec des codes maîtrisés en surface. L'atmosphère n'y est pas, la profonde intelligence qui sommeille dans le genre échoue à nous épater. Le déjà-vu gruge les bonnes idées et les recrache en une courtepointe cousue de fil blanc. Si ce n'était du troisième épisode (Secret Recipe, réalisé par Hong Ji-young), on pourrait sans doute croire qu'il n'y a pas de quoi s'exciter des prochaines années du cinéma d'horreur coréen.

Diffusion : 22 juillet - 17h15 (Théâtre Impérial)

Texte : Mathieu Li-Goyette  |  Retour à l'index





The Burning Buddha Man (2013)
Ujicha  |  Japon  |  80 minutes

The Burning Buddha Man est une bizarrerie animée d'une heure vingt minutes, un voyage absurde dans l'imaginaire dégoulinant de gore et de sous-entendus érotiques, un film de papier, fait de papier, susceptible de brûler aussi rapidement que la patience des spectateurs les plus exigeants. Cette drôle d'expérimentation, une production de Reo Anzai, magnat du jouet et de l'anime, est réalisée, montée et filmée par un seul homme, le mystérieux Ujicha dont on sait très peu de choses, sinon que c'est là son premier film, un pari esthétique hors du commun réalisé à l'aide de la technique peu répandue du « gekimation ».

Pour faire simple, il s'agit de déconstruire le cinéma d'animation classique, celui fait sur des plaques superposées (la vieille technique de Disney, reprise à toutes les sauces dans l'industrie japonaise) qui consiste à jouer des espacements entre les différentes couches de matériau pour parvenir à un effet de profondeur à même le dispositif cinématographique - la caméra - plutôt que d'avoir recours à une technique de dessin qui s'efforcerait de simuler l'impression d'une profondeur de champ. La technique, et c'est là que l'industrie pointe le bout de son nez, permet aussi d'économiser un temps considérable en n'animant plus qu'une certaine partie du cadre, laissant aux arrière-plans le luxe de demeurer immobiles.

The Burning Buddha Man pousse jusqu'au bout la déconstruction dudit procédé. Après avoir raconté l'épopée fantaisiste de Beniko (Yuka Iguchi, doubleuse célèbre d'anime) dans un monde de rêves tordus où, pour faire le deuil de ses parents, elle se livrerait à une expérience sensorielle et physique du bouddhisme (entrecoupée d'apparitions démoniaques, de monstres de chair affreusement détaillés et de bien d'autres surprises), l'héroïne sort finalement du film d'animation et clôt le tout par un désassemblage méthodique du plateau du cinéaste. Les petites figurines de papier, les décors peints à la main par l'auteur, la caméra HD, tout l'équipement défile sous nos yeux. Alors que les films aux budgets les plus ambitieux s'efforcent de cacher leurs ficelles, The Burning Buddha Man fait tout le contraire, dévoilant les artifices les plus rudimentaires d'un film tout bonnement artisanal.

Malgré tout, la qualité de nombreux effets juteux (les flaques de sang, les vomis phosphorescents) donnent le haut le coeur. La progression dramatique, aussi simple puisse-t-elle être, évoque un imaginaire religieux étonnamment conceptuel alors que toute la forme du film, basée sur une maîtrise de la forme fixe et de son hétérogénéité avec la matière, se reflète dans les monstres chimériques imaginés par Ujicha. D'une technique principalement utilisée pour planifier la réalisation d'oeuvres nécessitant des équipes de production nécessairement plus lourdes, le réalisateur parvient a faire beaucoup avec très peu, bouclant la boucle d'un récit où la forme renaît sans cesse de ses apparences précédentes, formulant, à l'aide d'une approche rudimentaire, un discours cohérent abordant autant la réincarnation que les considérations théologiques les plus posées. The Burning Buddha Man est un film minuscule comme il n'en existe pas assez, une petite expérience excentrique qui, sans prétention, nous fait redécouvrir le plaisir physique des techniques d'animation traditionnelles.

Diffusion : 22 juillet - 19h45 (Salle J.A. De Sève)

Texte : Mathieu Li-Goyette  |  Retour à l'index

 
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Article publié le 18 juillet 2013.
 

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