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Dogme 41: Lonely Child

Par Mathieu Li-Goyette
Premier film canadien à être estampillé du terme « dogme », Lonely Child est une oeuvre émouvante à mi-chemin entre le docu-fiction, le ciné-journal et le drame familial. Que Pascal Robitaille soit parvenu à jongler entre ces différentes perceptions nous en dit long sur les aspirations de son film : rendre une vue floue du réel, aussi floue que son sujet (encore tabou) peut l'être en société. Difficile à saisir tant ses subtilités sont du domaine de l'improvisation, le « récit » de Lonely Child est celui de  Médéric, un jeune homme amoureux de William. Ce dernier, cinéaste en herbe, filme leur quotidien. Et c'est précisément cette cassette DV que le spectateur visionnera cinquante minutes durant.

Comment faire part de la nouvelle à ses parents? Comment se comporter avec les amis de son nouveau copain? Médéric est plus jeune que les trois autres compagnons avec qui il ira camper. Il est encore un enfant et ne sait pas en quoi consisterait son intégration dans un milieu homosexuel. Ainsi, Lonely Child n'a pas comme décor le quartier gai de Montréal, mais bien la campagne, espace serein loin des excentricités « queers » et de l'homophobie occasionnée par une société encore dotée d’oeillères conservatrices. L'environnement de Robitaille vise l'épuration de ces contextes et se contente d'accueillir en son sein des personnages (car ce sont bien des acteurs) à la dérive, à la recherche d'un peu de paix dans un quotidien qui - on l'apprend par leurs témoignages - ne leur rend pas la vie facile.

LONELY CHILD de Pascal Robitaille

Divisé en deux parties bien distinctes, Lonely Child repose d'abord sur la confrontation entre Médéric, ses parents et son milieu, ensuite sur l'évasion du personnage vers un espace sculpté à sa mesure. Vie libertine, vie de bohème, il joue « au docteur » avec un ami de William. « On n'est pas vraiment ensemble, William et moi », dit-il sur un ton gêné à celui qui tient à présent la caméra. Les plans sont longs, tentent de faire s'évaporer l'impression de la fiction au fil du temps plutôt que de reposer strictement sur des images crues. On ne cherche pas ici à choquer, mais bien à émouvoir comme si l’on regarderait une vidéo de famille ramenée de vacances. L'insoutenable légèreté des protagonistes, si elle passe facilement par l'image, passe aussi par la manière dont Robitaille (avec comme ligne directrice les commandements fondateurs du Dogme 95) désire restreindre son récit au moins d'artifices possibles.

La caméra ne bouge que rarement, les ellipses, même si elles apparaissent sous le couvert du réalisme, sont tout de même issues de la décision d'un cinéaste en plein contrôle de ses moyens. Car entre le premier et le deuxième segment (qui fera penser à la seconde moitié d'Hommes au bain de Christophe Honoré), un gouffre s'installe, un mur se crée. Encore plus seul qu'il ne l'était au départ, le « lonely child » du titre se retrouve lors du dernier plan autour d'un feu de camp avec ses amis. Ils chantent, le feu brouille l'image et leurs visages comme si la joie de l'instant était aussi synonyme d'un moment aussi chaleureux qu’éphémère et intangible. Enfant solitaire, Médéric semble l'être autant chez lui que là, dans un monde qui lui est encore inconnu. Loin de tous, lui et ses nouveaux compagnons avaient là un havre, un endroit si « surréel » qu'il fallait que la caméra de Pascal Robitaille s'y penche pour que l'on puisse croire à son existence.
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Article publié le 24 juillet 2011.
 

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