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Fantasia, c’est un festival de films, mais derrière ces films, il y a des artistes qui travaillent d’arrache-pied, parfois à perte ou dans des conditions misérables. Pour la passion du cinéma de genre, pour l’expression décomplexée de leurs rêves les plus fous. Dans l’espoir qu’un jour, le public puisse tripper avec eux, avec elles, et partager le feu sacré qui les anime. Dans le cadre de ce dossier, nous sommes allé·e·s à la rencontre de 11 cinéastes et producteur·trice·s d’ici, pour qu’ils et elles nous racontent leurs plus beaux souvenirs de Fantasia et nous rappellent son importance dans l’écosystème cinéphilique local et international. — Olivier Thibodeau, Éditeur Festivals |
Cinéastes | Cinéphiles

:: Turbo Kid (RKSS, 2014) [EMA Films / Epic Pictures Group / Timpson Films
Anne-Marie Gélinas
Depuis plus de 20 ans, je fréquente Fantasia comme spectatrice, animée par la curiosité et le plaisir de voir un cinéma drôle, touchant, terrifiant, audacieux et, surtout, vivant. Chaque été, à l’approche du Festival, j’ai hâte de découvrir la nouvelle programmation, qui réussit toujours à m’emballer.
La communauté du cinéma de genre encourage les créateur·trice·s à prendre des risques, et le public accepte volontiers de se laisser surprendre. Fantasia a toujours su défendre cette vision avec une conviction contagieuse.
Au fil des années, ma relation avec cet événement s’est transformée. En 2015, avec la première de Turbo Kid (collectif RKSS), le Festival est devenu bien plus qu’un lieu de projection : il est devenu un véritable partenaire de parcours. Depuis, chacun de mes passages professionnels à l’événement, avec Radius (Steeve Léonard et Caroline Labrèche, 2017), puis SLAXX (Elza Kephart, 2020), m’a confirmé que derrière la réputation internationale de Fantasia se trouve une équipe de programmation passionnée, généreuse et profondément engagée envers le cinéma québécois.
Fantasia a su préserver cet esprit tout en devenant un festival d’envergure internationale. Avec le Marché Frontières, il a créé un espace exceptionnel où les rencontres entre créateur·trice·s et professionnel·le·s se font avec une étonnante simplicité. Combien de projets y ont trouvé leurs premier·ère·s partenaires, leurs maisons de distribution ou leurs coproducteur·trice·s ? Ce marché est aujourd’hui une référence mondiale, tout en ayant conservé sa dimension humaine.
Recevoir le Prix de carrière Denis Héroux en 2025 a été un immense privilège. Être invitée en 2026 à siéger au conseil d’administration est un nouvel honneur qui me touche beaucoup. C’est ma façon de redonner à une institution qui, depuis 30 ans, offre année après année à son public de fanatiques des œuvres réellement fantastiques. Fantasia célèbre un cinéma audacieux, fait rayonner les créateur·trice·s d’ici et d’ailleurs, et a su bâtir une communauté aussi géniale que les films qu’elle défend.
Longue vie à Fantasia !
Active depuis le tournant des années 1990 et spécialiste de la coproduction internationale, Anne-Marie Gélinas a produit plusieurs longs métrages indépendants sous le chapeau de Productions Jeux d’Ombres, dont Zigrail d’André Turpin (1995). Vers le milieu des années 2000, elle a fondé EMAfilms, à qui l’on doit plusieurs films de genre, mais aussi des documentaires comme À travers tes yeux de Brigitte Poupart (2026), et des longs métrages comme Beans de Tracey Deer (2021). Ce dernier a été présenté dans près d’une centaine de festivals à travers le monde et a remporté entre autres l’Ours d’argent de la section Generation Kplus à la Berlinale et le prix Écran canadien du meilleur film en 2021.

:: Fantasme (2014) [In Your Face]
Izabel Grondin
J’étais au festival dès la première édition comme spectatrice, puis, en 2001, comme cinéaste. C’était l’époque où le court métrage faisait son entrée par la grande porte. J’y découvrais un public passionné, curieux et prêt à accueillir des propositions insolites. Fantasia m’a offert des moments que je n’oublierai jamais : un Coup de cœur du jury pour mon film Fantasme (2008), une des distinctions les plus précieuses de mon parcours, puis l’occasion de revenir comme membre d’un jury et comme conférencière. Surtout, des rencontres humaines et artistiques qui continuent de m’inspirer.
L’impact de Fantasia sur le rayonnement du Québec à l’international est notoire. Trente ans après ses débuts, ce rassemblement de geeks passionné·e·s est devenu l’un des plus grands festivals de cinéma de genre au monde, et ce, sans jamais renoncer à sa mission première : défendre et célébrer la singularité. Merci de nous rappeler que le cinéma peut aussi être étrange, indocile et délirant. Bonne fête, Fantasia ! Et merci pour ces 30 années de passion et d’audace ! J’ai aussi une pensée pour toi, belle Isabelle [Gauvreau] : merci pour toutes ces belles années aux commandes des Fantastiques week-ends du cinéma québécois.
Izabel Grondin est une figure incontournable du cinéma de genre au Québec, ses courts métrages ayant remporté de nombreux prix internationaux. Parmi ces œuvres, le loufoque et troublant Aspiralux (2002) et le tortueux thrillersadomasochiste La table (2013). On lui doit d’ailleurs la première compilation de courts métrages d’horreur et de fantastique au Québec, soit Folies passagères, contes trash et sournois en 2004. Izabel développe présentement ses deux premiers longs métrages, Les oubliés et Hors-Piste.
Kim Nguyen
L’équipe de Fantasia a toujours été pour moi une équipe de gens audacieux, enthousiastes, fous dans le meilleur des sens et respectueux du travail des cinéastes. Jarrett Mann a été au cœur du développement de ce festival, et j’ai un souvenir délicieux de la projection du court métrage Bagman, Profession : meurtrier (RKSS, 2004), dans lequel viscères à base de nouilles et morceaux de styrofoam giclant sur l’asphalte ont contribué à me faire hurler de rire. Puis, presque à l’opposé, je me rappelle de moments riches à échanger à propos du langage du cinéma avec Jarrett et le reste de l’équipe. C’est ça, Fantasia, une créature surréaliste bicéphale qui, aujourd’hui, est devenue… grande !
Mieux connu pour ses films Rebelle (2012), représentant du Canada pour la 85e cérémonie des Oscars, et Two Lovers and a Bear (2016), projeté lors de la Quinzaine des cinéastes du Festival de Cannes, Kim Nguyen débute dans le cinéma de genre avec Le Marais en 2002 et Truffe, présenté en ouverture de l’édition 2008 de Fantasia. Il travaille présentement sur un nouveau long métrage intitulé Le sablier.

:: Richelieu (2023) [Le Foyer Films / TS Productions / JPL Films]
Pier-Philippe Chevigny
Malgré ma toute prétentieuse démarche de cinéaste engagé, mes racines cinéphiliques sont ancrées dans le genre. J’avais dix ans en 1998. Je n’avais pas l’âge d’aller à Fantasia, mais je suivais déjà religieusement les discussions au sujet de sa programmation sur les forums d’horreur de l’époque. Internet existait, mais pas le streaming ni les torrents. Le marché du DVD n’avait pas encore complètement décollé, et très peu de films de genre internationaux étaient distribués ici. Si tu manquais la projection à Fantasia, c’était fini. Tu ne le verrais jamais, le cristi de court métrage avec le croque-mort nécrophile dans la morgue. #fml
Mais, par la magie du tape trading, avant même d’avoir du poil au menton, j’ai fini par amasser une impressionnante collection de VHS bootlegs de titres marquants des premières éditions : les courts métrages Cutting Moments de Douglas Buck (1997) et Aftermath de Nacho Cerdá (1994), les films de Jim Van Bebber et de Takashi Miike, ou encore Ringu de Hideo Nakata (1998), grâce auquel j’ai réussi à traumatiser mes camarades de classe des années avant son remake américain. À l’adolescence, c’est devenu un rendez-vous estival que je ne pouvais plus manquer, me tapant chaque jour deux heures d’autobus aller-retour depuis Sorel pour y assister. Je garde un souvenir indélébile de la projection de Ju-On de Takashi Shimizu (2000) et de l’angoissante ride d’autobus nocturne du retour, au long de laquelle j’hallucinais les miaulements de la horde de chats noirs. Malgré les théories qui circulent, je crois dur comme fer que c’est ce soir-là que sont nés les fameux miaulements des projections de Fantasia… Dès One Missed Call de Miike (2003), quelques jours plus tard, où toute la même crowd de J‑Horrors’ est retrouvée, ça miaulait déjà à qui mieux mieux !
Cette tradition est en tout cas symptomatique de ce qui distingue Fantasia de la plupart des festivals dans le monde : son public surexcité, déterminé à avoir du fun, que les films soient bons ou pas. Lorsque j’ai présenté Richelieu (2023) des décennies plus tard, j’ai pu recevoir moi-même cette incroyable décharge d’énergie, d’amour et d’appréciation. Je le dis avec la plus grande sincérité : cette séance demeure l’une des plus belles projections d’un de mes films à vie. Santé Fantasia ! On se souhaite 30 années de plus !
Maude Michaud
Au cours des vingt-cinq dernières années (j’ai malheureusement manqué les cinq premières éditions, je sais, je sais…), j’ai développé une relation unique avec Fantasia. Une belle relation qui a grandi et évolué avec moi alors que j’ai eu le privilège de vivre l’événement sous ses multiples facettes : de mes premières années en tant que fan qui rêvait de faire du cinéma à mes balbutiements de cinéaste qui jubilait à l’idée d’y présenter mes courts métrages, en passant par une courte période comme employée, avec quelques performances sur scène et à l’écran pour des capsules de DJ XL5, jusqu’à la consécration ultime, soit la première mondiale de mon premier long métrage, Dys- (2014), à guichets fermés. D’ailleurs, quand La Presse a publié une entrevue avec moi à cette occasion, on m’a baptisée « enfant de Fantasia », titre que j’assume à 100 % puisque Fantasia fait pratiquement partie de mon ADN. Je pourrais facilement écrire un roman-fleuve sur ce festival qui a changé ma vie, mais j’ai quand même une limite de mots (que je vais dépasser, sorry, not sorry). Donc, allons-y avec un survol nostalgique !
Pour moi, Fantasia, ça demeurera toujours le rituel que j’avais avec mon meilleur ami au début des années 2000, alors qu’on mangeait des sushis en regardant le DVD des bandes-annonces tout en bâtissant notre wishlist. Puis, des matins à faire la file au guichet Admission du La Baie des Promenades Saint-Bruno (ceux et celles qui vivaient en banlieue à cette époque s’en souviennent…) pour acheter nos lisières de billets avec le même enthousiasme qu’un enfant qui se prépare à ouvrir ses cadeaux de Noël. Fantasia, ça a toujours été LE highlight immanquable de mon été, ce moment magique qui attisait ma passion pour le septième art. Des projections qui entretenaient mon espoir que, oui, mon rêve de faire du cinéma était possible et que, un jour, ce serait moi, debout devant l’écran, qui présenterais mon film.
Aujourd’hui, j’ai la chance de dire que je l’ai eu, mon happy ending, car mon rêve a fini par se concrétiser à plus d’une reprise au cours des années, alors que Fantasia est tranquillement devenu un événement de réseautage et de développement professionnel pour moi. Par contre, malgré ce changement de perspective, le Festival n’a jamais perdu sa magie — au contraire ! S’il y a une chose qui n’a jamais changé, c’est ce sentiment, lorsque les lumières se tamisent, où je me permets d’échapper à la réalité en me laissant à nouveau rêver le temps d’un film.
Une chose est certaine : je ne serais pas la femme (et la cinéaste) que je suis sans Fantasia, parce que c’est plus qu’un simple festival de films. C’est un film summer camp, qui nous accueille à bras grands ouverts et qui nous rappelle c’est quoi, tripper en gang. C’est une série de belles rencontres, des découvertes inspirantes, des amitiés forgées dans les files d’attente, des soupers au popcorn, aux ramens Nongshim et au bubble tea, des nuits écourtées par les séances de minuit et des longues discussions sur la terrasse du Irish Embassy (RIP). Pour moi, c’est aussi une confirmation que mes œuvres ont un auditoire même si je ne fitte pas dans le moule du cinéma québécois. Ça a aussi été une source inépuisable d’espoir quand j’en ai eu le plus besoin, des rencontres professionnelles qui ont rendu possible mon deuxième long métrage (présentement en postproduction), mais surtout une deuxième famille qui a été là pour moi durant les meilleurs et les pires moments de ma vie. Sur ce, merci pour tout, Fantasia !
:: Thanatomorphose (2012) [Black Flag Pictures / ThanatoFilms]
Éric Falardeau
Mon premier contact avec Fantasia s’est fait par l’entremise des délirantes bandes annonces diffusées sur les ondes de Musique Plus, au milieu des années 1990. Ces extraits de films offraient un véritable kaléidoscope d’images fantastiques, promouvant le cinéma asiatique, les grands classiques de l’horreur (les italiens en tête !) et la nouvelle vague de cinéastes indépendant·e·s (Nacho Cerdà, Jörg Buttgereit, Jim Van Bebber, etc.). Certaines productions allaient transformer durablement mon rapport au cinéma et, surtout, mon histoire personnelle. Pour le jeune passionné de cinéma de genre que j’étais, qui passait son temps à louer des films au club vidéo et à regarder les programmes les plus sulfureux de Bleu nuit à la télé, le Festival promettait un univers jusqu’alors inaccessible.
Arrivé à Montréal en 1999, j’ai fait la file pour obtenir mes premiers billets tant convoités l’été suivant. Ce fut une expérience mémorable avec un doublé épique : Ebola Syndrome (Herman Yau, 1996) et The Toxic Avenger IV (Lloyd Kaufman, 2000). Je me souviens avec nostalgie de ma fébrilité, debout à attendre sur la rue Sainte-Catherine devant le mythique Sam the Record Man, pour entrer au Cinéma Impérial.
Quelques années plus tard, je passais à mon tour derrière la caméra. En 2011, mon film d’animation Crépuscule a reçu une mention du jury de Fantasia. Puis, j’ai autoproduit mon premier long métrage, Thanatomorphose, un film sans compromis à l’image des cinéastes punks que j’avais découvert·e·s et qui clamaient haut et fort qu’il ne fallait pas attendre pour faire son propre ostie de film ! MAKE YOUR OWN DAMN MOVIE!
Mon film a connu sa première québécoise en sol montréalais devant un public enthousiaste, avec deux projections électrisantes à guichets fermés. Une quinzaine d’années plus tard, les cinéphiles se réunissent maintenant dans les multiplexes où une nouvelle génération de réalisateurs·trice·s laboure le sillon tracé par leurs prédécesseur·e·s. Le petit Festival est devenu grand. Tous les étés, Montréal célèbre encore et toujours le cinéma de genre. Pour ma part, forgé par cette époque, je repousse encore mes limites… un film à la fois !

:: Dans le ventre du dragon (1989) [Les Films Lenox / Les Productions Québec-Amérique]
Yves Simoneau
Fantasia. Un nom qui promet pour un festival de films. Comme un appel au rêve. À l’imagination. Aux films de genre. « Enfin ! », Diront tou·te·s ceux et celles qui ont fait de cet événement le succès international qu’il mérite. Longtemps considérés comme mineurs, les films de genre se retrouvaient la plupart du temps relégués aux projections de minuit. À Fantasia, ils sont les vedettes principales. On m’a invité à quelques reprises pour y présenter mes films. À chaque fois, ce fut une rencontre festive avec un public décoincé et connaisseur. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, certains regardaient un peu de haut les films de genre. Ceux-ci font maintenant partie du paysage cinématographique québécois. Ils ne génèrent plus la suspicion d’antan. Cette évolution critique que j’ai personnellement vécue, on l’a doit en partie à Fantasia. Ce festival a changé la donne. Il a su reconnaître le vide qui existait et l’appétit d’un public oublié. Je lève mon chapeau de cinéaste — et d’amateur de films de genre ! — à cette manifestation qui a eu un réel impact sur l’évolution de notre cinématographie. Fantasia a livré sa promesse de départ et nous souhaitons qu’il continue de privilégier le rêve et l’imagination !
Pionnier du cinéma de genre au Québec, Yves Simoneau a été le récipiendaire du Prix Denis-Héroux à l’édition 2018 du Festival. Nombre de ses films, incluant Dans le ventre du dragon (1989), Pouvoir intime (1986), Les yeux rouges (1982) et Pourquoi Monsieur Zolock s’intéressait-il tant à la bande dessinée ? (1982) y ont été projetés au fil des années.

:: SLAXX (2020) [EMA Films / Entertainment Squad]
Elza Kephart
Le Festival de films Fantasia a toujours fait partie intégrante de ma vie de Montréalaise et a joué un rôle déterminant dans ma réussite comme réalisatrice de films de genre. Je me souviens de mon premier Fantasia, quelques années après sa fondation. J’avais des étincelles dans les yeux et j’étais prête à tout voir, tout recevoir. J’avais trouvé ma tribu !
Puis, en 2000, j’avais décidé avec des ami·e·s de produire un film de zombies à petit budget. On m’a mise en contact avec Mitch Davis, qui nous a alors écrit une lettre disant que Fantasia programmerait notre film lorsqu’il serait prêt. J’étais abasourdie. Il se portait garant de notre petit film de zombies avant même qu’il soit terminé ? Cette lettre — que j’ai toujours en ma possession ! — nous a immédiatement donné une aura de légitimité. Et en 2003, fidèle à sa parole, Mitch a présenté Graveyard Alive—A Zombie Nurse in Love en première mondiale devant une salle comble, dans l’amphithéâtre Hall de l’Université Concordia. Cet événement a lancé la carrière de notre film.
En 2017, Fantasia a de nouveau répondu à l’appel, cette fois-ci par l’entremise de son Marché Frontières. Accompagnée de la coscénariste et productrice Patricia Gomez Zlatar, j’ai présenté notre pitch pour SLAXX, et Anne-Marie Gélinas d’EMA Films est immédiatement entrée en contact avec nous. Elle voulait produire notre film ! En l’espace de 24 heures à peine, notre scénario déjanté sur une paire de pantalons tueurs, que nous peaufinions depuis près de 15 ans, avait décroché une productrice fantastique ! La première mondiale de SLAXX a finalement été présentée en ligne durant l’édition 2020 de Fantasia, pendant la tristement célèbre période de la COVID-19.
Je n’ai pas assez de mots pour dire combien j’adore Fantasia ! Joyeux 30e anniversaire ! Et trinquons à 30 années de plus !
Traduit de l'anglais par Claire Valade
SLAXX a remporté le Prix du public du meilleur long métrage canadien en 2020.

:: Les pas d'allure (2022) [Barbutène]
Alexandre Leblanc
À l’été 1998, les échos d’un festival qui en était déjà à sa troisième édition commençaient à se faire entendre jusqu’à la petite ville de Valleyfield, à une heure de route de Montréal. Ça tombait bien : au cégep, je venais de me faire un nouvel ami qui avait une voiture, une Volkswagen Rabbit 1978 bourgogne. Après avoir fait les vérifications d’usage pour être sûrs de ne pas perdre une roue en chemin, nous avons pris la route, le jeudi 23 juillet, vers cet intrigant festival. À l’horaire, un programme double au cinéma Impérial : Ghidrah, the Three-Headed Monster d’Ishirō Honda (1964), suivi d’Airbag de Juanma Bajo Ulloa (1997)…
Le retour dans la Rabbit fut des plus animés, nous n’étions nullement déçus de notre fantastique soirée. Ghidrah, mon premier Godzilla, m’avait ébloui : des monstres à fermeture éclair, des rayons laser à la sonorité agressante, des personnages miniatures, c’était encore plus psychotronique que le Batman des années 1960. Un nouveau monde s’ouvrait à moi. Puis, Airbag, comédie chaotique espagnole, mélange d’Almodóvar et de Tarantino, nous avait fait rire aux larmes. Peu importe le prix de l’essence, nous devions revenir à ce lieu de découvertes ; ces films, à cette époque, n’étaient disponibles nulle part ailleurs. Aujourd’hui encore, Airbag reste difficile à trouver.
Vingt ans plus tard, alors que j’étais en pleine production de mon long métrage Les pas d’allure (2022), je me suis vite dit qu’il se devait d’avoir sa première mondiale à Fantasia. C’était une évidence : une comédie alambiquée dans laquelle il y a un rayon désintégrateur — exactement le mix des deux premiers films que j’avais vus à cet événement devenu sacré.
Les pas d’allure a remporté le Prix du public du meilleur long métrage québécois en 2022.

:: La mort n'existe pas (2025) [Embuscade Films]
Félix Dufour-Laperrière
Avec le recul, ces longues files de spectateurs qui tournaient le coin de Bleury et qui s’étiraient joyeusement sur Sainte-Catherine avaient quelque chose de prémonitoire. Et pas seulement pour le décloisonnement, aujourd’hui consommé, des films dits de genre ou économiquement marginaux. On peut voir dans l’énergie qui animait — et qui anime toujours ! — Fantasia l’annonce, puis le symptôme des bouleversements agitant le cinéma et son public. Un signe de l’assouplissement bienvenu des hiérarchies cinéphiles, une annonce du déplacement de la fréquentation régulière des salles commerciales vers les célébrations événementielles et festivalières. C’est d’ailleurs ce qui fait la matière du souvenir précieux de la première montréalaise de mon long métrage La mort n’existe pas en juillet 2025, dans une salle comble et énergique à souhait. Presque 20 ans après mes premiers souvenirs festivaliers — et quels souvenirs ! Satoshi Kon à Montréal ! L’économie du cinéma est certainement dans une mauvaise passe. On ne versera pas une larme. Car, à tout prendre, mauvaises passes, mauvais goût, mauvais genres ou mauvais rêves, tant que le désir de fréquenter les œuvres demeure, tant que la joie de vivre avec et par les films tient bon, tout est encore possible. Et vivant. Alors, du fond du cœur, joyeux anniversaire à celles et ceux qui ont fait et qui font vivre Fantasia !
Cinéaste expérimental, réalisateur du fabuleux documentaire onirique Transatlantique en 2014, Félix Dufour-Laperrière se spécialise plus récemment dans le cinéma d’animation. Son dernier film, La mort n’existe pas, a remporté le Prix du public du meilleur long métrage d’animation au Festival en 2025.

:: Jour de chasse (2024) [Midi La Nuit]
Annick Blanc
Au-delà de sa sélection toujours colorée et authentique, ce qui distingue Fantasia avant tout, c’est sa capacité à créer une énergie aussi vivante qu’électrisante dans ses salles, une qualité dont peu de festivals peuvent encore se vanter. Comme cinéaste, à la présentation de mon premier long métrage, Jour de chasse (2024), tout comme adolescente découvrant ce festival que je chéris depuis, je redécouvre chaque fois avec joie ce plaisir incommensurable de sentir une salle vibrer et réagir comme seul le public de Fantasia sait le faire. Longue vie à Fantasia !
Réalisatrice des courts métrages primés Au milieu de nulle part ailleurs (2009) et La couleur de tes lèvres (2018), Annick Blanc a présenté Jour de chasse à Fantasia — où il a reçu le Prix du public (argent) du meilleur long métrage québécois — après un passage à SXSW et Karlovy Vary. Annick Blanc est aussi productrice pour la compagnie Midi La Nuit, qu’elle a cofondée avec Maria Gracia Turgeon. Parmi ses productions, on compte Surveillant de Yan Giroux (2011), Tout simplement de Raphaël Ouellet (2016) et, présenté en compétition à la Berlinale, Who Do I Belong To de Meryam Joobeur (2024).
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