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ENSEMBLE DANS LA PÉNOMBRE, ENSEMBLE MALGRÉ LA PÉNOMBRE Fantasia a 30 ans. J’aimerais dire que ça ne nous rajeunit pas, mais en fait, c’est tout le contraire. C’est ce qui nous garde jeunes, ce qui nous rappelle que nous sommes d’éternel·le·s enfants, qui n’ont rien perdu de leur faculté d’émerveillement, de leur curiosité, de leur désir de rébellion contre l’autorité. C’est pour cela qu’on regarde les films du Festival : pour leur attrait viscéral, pour le frisson de l’interdit, pour l’acte subversif qu’ils représentent. Mais, surtout, pour être ensemble, pour tripper avec d’autres fanatiques, pour concrétiser le plein potentiel du cinéma comme divertissement forain et comme outil politique, celui de rassembler les masses et de commencer à esquisser les contours de leurs aspirations et de leurs peurs communes. Pour abattre les barrières, pour décloisonner les amateur·trice·s du cinéma de genre dans le cadre d’un grand moment de communion collective, pour éliminer la distance entre ici et ailleurs, pour briser le quatrième mur et réunir les films, leurs auteur·trice·s, leurs personnages et leurs publics. Fantasia, c’est 30 ans sous le signe d’une passion débordante, tantôt excessive — comme en témoignent les récents problèmes de travail qui ont mené à la syndicalisation de ses employé·e·s, mais qui se résorbent tranquillement aujourd’hui. C’est un événement où cette passion se trouve partout. Parmi les festivalier·ère·s en file, qui attendent des heures sous le soleil juste pour voir Don Lee taper vraiment fort sur des méchants. Parmi les spectateur·trice·s en salle, qui réagissent avec enthousiasme aux moindres astuces techniques et aux plus subtiles inflexions narratives. Parmi l’équipe de programmation, finalement, qui a longtemps vécu d’amour et d’eau fraîche, et qui, chaque année, nous propose une sélection pour laquelle il est dur de ne pas nous emballer et devant laquelle il semble impossible de ne pas retomber tout de suite en enfance. Afin de célébrer l’anniversaire de cette manifestation incontournable, Panorama-cinéma a préparé ce numéro spécial sous le signe du récit. Pour l’occasion, nous avons réuni les témoignages de 11 professionnel·le·s du cinéma, dont les souvenirs jettent un éclairage révélateur sur la porosité entre le public et les cinéastes. Nous avons aussi monté un cahier critique regroupant 11 textes inédits où nos impressions de l’événement se mêlent à notre appréciation d’autant de films marquants tirés des 16 premières éditions. Nous vous proposons également deux entrevues-fleuves avec deux des figures de proue du Festival, Pierre Corbeil et Mitch Davis, qui nous livrent avec une candeur étonnante le récit de ses premières années, de ses bons coups, de ses moments magiques. Scientifique de jour, cinéphile de soir, Kurt Halfyard de Screen Anarchy fait quant à lui la chronique de la défunte section Camera Lucida, soit l’un des nombreux « festivals dans le festival » que Fantasia recèle. Fest-ception! Enfin, Mathieu Li-Goyette effectue un bref inventaire des films et des cinéastes que l’événement nous a fait découvrir : Takashi Miike, Satoshi Kon, Cattet et Forzani, Adam Wingard, le collectif RKSS et la famille Adams, autant de noms célèbres qui ne le seraient peut-être pas si ce n’était de la curiosité des cinéphiles montréalais·e·s.
La 30e édition de Fantasia débutera ce jeudi 16 juillet, au moment où l’indispensable Daniel Walther éteindra les lumières de l’amphithéâtre Hall d’un coup de manette. Notre couverture habituelle, elle, s’amorcera dès le lendemain. Bon Festival !
Olivier Thibodeau |
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