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Le slasher : autopsie d'un mauvais genre

Par Alexandre Fontaine Rousseau
Sous-genre honni de l'horreur, issu grosso modo du croisement entre le giallo italien et le cinéma d'exploitation américain, le slasher est universellement méprisé par la critique - accusé, à juste titre, de redondance, de sottise et de vulgarité. L'énergie avec laquelle tous les observateurs « respectables » ce sont acharnés sur le sort de ce cinéma d'un goût discutable n'a cependant d'égale que sa popularité, proie, certes, du passage des modes, mais au bout du compte intarissable. Devenu un incontournable du paysage commercial contemporain, le slasher survit aujourd'hui en se cannibalisant lui-même, recyclant ses vieux mythes et ressortant de son sac les mêmes vieux tours usés dont le public semblait s'être irrémédiablement lassé au début des années 90. N'est-ce pas par la voie de la conscience réflexive que la série des Scream a su revitaliser le genre, plus de dix ans après son âge d'or?

« Mauvais genre » par excellence, le slasher posait autrefois la question des limites du cinéma : jusqu'où, par exemple, pouvait aller le cinéma populaire dans la représentation de la violence? Aujourd'hui dépassé par de nouveaux genres scabreux tels que le fameux torture porn, le cinéma de croques-mitaine des années 80 paraît aux yeux du public contemporain plutôt naïf. Autrefois extrême, il est devenu classique - et les enfants qui ont grandi sous son règne connaissent par coeur les noms de ses plus sinistres protagonistes : Michael Myers, Freddy Kruegger, Jason Voorhees… Les innombrables suites de Halloween, A Nightmare on Elm Street et Friday the 13th en firent de véritables vedettes, des icônes de la culture populaire de leur époque.

FRIDAY THE 13th PART III de Steve Miner (1983)

Mais le genre ne se résume pas à ces quelques franchises majeures. On oublie souvent qu'avant le célèbre Halloween (1978) de John Carpenter, il y a eu Black Christmas (1974) du cinéaste canadien Bob Clarke. Ou que, dans le sillage du conventionnel Friday the 13th (1980), il y a l'étrange et fascinant Sleepaway Camp (1983) de Robert Hiltzik. Le but de cette rétrospective n'est pas nécessairement de "réhabiliter" le slasher, mais d'en offrir un portrait plus complet, plus juste. Il s'agit d'en monter un historique permettant de correctement le mettre en contexte, mais aussi de souligner les bons coups d'un genre qui, contrairement à la rumeur, en a fait quelques-uns.

Plus encore, cette autopsie du slasher nous permettra de revenir sur l'idée même de genre, sur ce principe fascinant d'un cinéma conscient de ce rapport qu'il développe au fil de la répétition avec le spectateur. Nous n'étudierons pas uniquement le modèle économique du genre, reconnu pour sa redoutable efficacité, ou la nature de sa représentation du sexe et de la violence. Nous tenterons aussi, revenant ainsi sur des enjeux abordés par notre plus récent livre Vies et morts du giallo, de voir comment un cinéma établit par la répétition des codes auxquels il peut ensuite déroger. Voilà peut-être pourquoi il nous a paru intéressant de débuter cette rétrospective en abordant les deux premiers volets de la série des Friday the 13th - sans doute la plus conventionnelle et la plus conventionnée du lot. Dans les prochaines semaines, nous vous invitons à nous suivre dans l'un des recoins les plus mal famés, et généralement peu recommandé, du monde de l'horreur sur celluloïd.

FILMS CONCERNÉS

BLACK CHRISTMAS de Bob Clark (1974)
HALLOWEEN de John Carpenter (1978)
FRIDAY THE 13TH de Sean S. Cunningham (1980)
FRIDAY THE 13TH PART 2 de Steve Miner (1981)
FRIDAY THE 13TH PART III de Steve Miner (1982)
FRIDAY THE 13TH: THE FINAL CHAPTER de Joseph Zito (1984)
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Article publié le 17 août 2011.
 

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