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La renaissance de Francis Ford Coppola : Comment un auteur que tous croyaient épuisé a-t-il renoué avec la pertinence

Par Alexandre Fontaine Rousseau
Vers la fin des années 90, l'étincelle créatrice de Francis Ford Coppola semblait bel et bien s'être éteinte à tout jamais. Suite à son ambitieuse adaptation du Dracula de Bram Stoker, l'auteur américain le plus démesuré de la décennie 70 a semblé vouloir se renier lui-même le temps de deux productions anonymes (Jack en 1996, puis The Rainmaker en 1997) qui correspondaient aux canons commerciaux de leur époque plutôt qu'à quelque vision personnelle que ce soit. Puis, c'est le silence pendant dix ans. Tandis que ses progénitures se démarquent (Sofia réalise The Virgin Suicides en 1999, puis Lost In Translation quatre ans plus tard ; Roman signe le sous-estimé CQ en 2001 et co-écrit The Darjeeling Limited avec Wes Anderson), le patriarche semble s'être retiré pour de bon dans son vignoble de Napa Valley en Californie. Coppola aurait pu abandonner le septième art : sa place dans l'Histoire était déjà assurée, sa légende bien établie.
 
Youth Without Youth, réalisé pour la somme de dix-neuf millions de dollars, sort sans tambours ni trompettes en décembre 2007 - récoltant au passage des critiques mitigées et n'attirant que peu d'attention compte tenu de la réputation de l'auteur d'Apocalypse Now et de The Godfather. Oeuvre extrêmement personnelle, adaptée d'une nouvelle du philosophe roumain Mircea Eliade, ce long-métrage énigmatique à souhait annonce en rétrospective une véritable renaissance artistique que confirmait l'an passé la sortie de l'excellent Tetro. Avec ces deux films, Coppola définit les grandes lignes d'un style neuf, au carrefour entre l'affectueuse affirmation nostalgique et l'éclatement formel éminemment contemporain - un cinéma « mature » (faute d'un adjectif moins convenu) par lequel le cinéaste arrive à se remettre en question tout en réfléchissant le médium cinématographique lui-même.
 
Dans les deux cas, ce qui frappe d'emblée, c'est le caractère imposant des protagonistes que Coppola met en scène : un homme redevenu jeune par un miracle de la nature et un artiste torturé qui, refusant les compromis, se sauve de la création elle-même. Les héros de Youth Without Youth et de Tetro sont, de toute évidence, les alter-ego d'un cinéaste conscient de sa résurrection. Par leur entremise, le maître parle de son propre exil, de son cheminement personnel, des révélations qu'il croit avoir eu au fil de la route. Ces films sont des carnets de notes, des agencements de souvenirs, des réflexions formant malgré leur éclatement des objets narratifs accomplis.
 
D'un côté, Coppola confronte l'universel quitte à se perdre dans l'infini. De l'autre, il se permet une contemplation autobiographique à la fois critique et poétique qui ne se refuse aucune métaphore, aucun excès. Youth Without Youth et Tetro sont des films remarquables parce qu'ils ne s'imposent aucunes limites, parce qu'ils préfèrent l'erreur au compromis. Ce sont des films férocement humains, extrêmement sensoriels, qui séduisent par leur romantisme très classique mis en scène de manière moderne ; et par leur entremise un auteur que l'on croyait perdu a su se bâtir un univers neuf, dont on espère assister à la continuation dans les années à venir.

FILMS CONCERNÉS

Tetro (2009)
Youth Without Youth (2007)
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Article publié le 14 mai 2010.
 

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