VOL. 5 NO. 21-22
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Rétrospective 2019 : Les meilleurs films de l'année (30-21)

Par La rédaction




BOOKSMART
Olivia Wilde  |  États-Unis  |  2019

Les films de high school se suivent et se ressemblent, avec leur galerie de personnages types et de thèmes récurrents — mais comme pour tout genre, loin d’une paresse, ce sont ces constantes qui assurent l’originalité des œuvres. On comprend, en ce sens, comment Booksmart a pu être décrit comme un Superbad au féminin, mais une telle comparaison reste aveugle à la spécificité du présent film, utilisant les prémisses usuelles du genre en les détournant pour faire de la connaissance de l’autre, et de soi, l’enjeu principal du récit : Molly et Amy découvrent en une nuit une vie sociale qu’elles avaient auparavant délaissée, leur quête d’un party et leurs espoirs amoureux demeurant secondaires, un prétexte pour accumuler les rencontres, les révélations sur les uns et les autres, dans une démarche d’inclusivité laissant la belle part à chacun. Un peu lousse, parce que sa structure laisse autant d’espace que possible à la relation centrale, Booksmart n’en demeure pas moins parfaitement rythmé, par la mise en scène d’Olivia Wilde épousant l’énergie et la sensibilité des performances exemplaires de Beanie Feldstein et Kaitlyn Dever. Car c’est leur amitié émouvante, finalement, qui modèle tout le film, en lui conférant sa générosité, son humour, son empathie, son intelligence ; et c’est cette amitié que nous retenons, pour ouvrir ce top, afin qu’elle l’irrigue en nous rappelant que nous allons au cinéma, justement, pour s’ouvrir à ces rencontres heureuses qui nous animent et nous soutiennent.

Texte : Sylvain Lavallée




LES EAUX PROFONDES
Alice Heit  |  France  |  2019

Décryptant avec honnêteté et sensibilité le paroxysme du plaisir féminin, ce documentaire expérimental va se nicher là où personne n’a osé s’aventurer. Encore rabrouée, considérée comme impropre, ignorée voire inconnue au bataillon des femmes, il est grand temps de sortir de notre caverne et de faire la lumière sur l’éjaculation féminine ! 

Enquête multisensorielle et multidimensionnelle, Les eaux profondes recèle d’une créativité incommensurable qui séduira les plus récalcitrante.s et ravivera la flamme féminine qui sommeille en chacun de nous, hommes y compris.

Audacieuse dans sa réalisation, l’artiste graveuse, créatrice textile et dessinatrice, s’en donne à cœur joie et nous inonde d’une substance aquatique des plus miraculeuses, nous reconnectant avec notre moi profond, celui qui garde en lui tout son mystère. Bien qu’il soit crucial de comprendre comment son corps fonctionne pour mieux en cerner ses élans, en entrevoir ses capacités et l’amener sur le terrain du lâcher-prise, il en est de ces expériences si intimement révélatrices que les mots demeurent insuffisants. Ce sont plutôt les sensations qui priment et s’affirment au cours de connexions avec plus grand que soi. Trésor caché, la sexualité se dégage lors d’une manifestation fantastiquement apaisante et ressourçante. Au moment de l’abandon total, l’enveloppe castratrice craque et c’est tout un flot qui surgit, un ruisseau qui se mue en rivière et qui se déverse en un océan. Les liquides circulent, l’énergie abonde et la dimension sacrée se substitue à celle rattachée au plaisir ou au purement reproductif. La puissance incroyable qui relie la femme au pouvoir de la vie réside en son sexe qui la pourvoit d’un accès à d’anciennes mémoires, lui montre le passage pour la guérison de ses blessures et de ses traumas.

Thérapeutiques, sacrés et réparateurs, les flots féminins impliquent de danser avec l’inconnu, de ne former qu’un avec le mouvement, pour accéder à la merveille de la richesse intérieure. Si l’accès ne sera ouvert qu’aux femmes qui se hasardent et se risquent, cette véridicité secrète se retrouve toutefois à titre salutaire dans le film qui a le plus beau mérite de réattribuer à la femme, sa place, celle qui fait sens avec sa nature et son essence.

Texte : Claire-Amélie Martinant




E-TICKET
Simon Liu  |  Hong Kong/États-Unis/Royaume-Uni  |  2019

Si le cinéma expérimental contemporain joue souvent avec le dialogue entre support filmique et numérique, Simon Liu s’émancipe complètement de cette dialectique, mélangeant les sources et les matières visuelles pour proposer dans E-ticket un amalgame de procédés qui travaillent ensemble au service du film. Utilisant des centaines d’images trouvées, notamment dans le grenier de son grand-père, le jeune cinéaste new-yorkais ayant grandi à Hong Kong confirme avec E-ticket toute la puissance visuelle de son cinéma tout en renouvelant des enjeux plus profonds, là où entre les bandes et les photographies on aperçoit la pointe du canon d’un char. Car si E-ticket apparaît d’abord comme un florilège perturbant de couleurs et de superpositions, quelques minutes suffisent à nous faire comprendre que ce montage frénétique est une tentative de reconstruction de la mémoire dans un rapport mimétique. Ainsi les collages deviennent l’allégorie d’une identité visuelle où le regard, à l’ère du numérique, est constamment confronté au défilement de l’actualité et de l’histoire, ne parvenant plus à dire la réalité autrement qu’en reproduisant cette surcharge visuelle. E-ticket est fulgurant, visuellement désarmant et constitue une interpellation graphique aussi stimulante que perturbante.

Texte : Samy Benammar




LES PARTICULES
Blaise Harrison  |  France/Suisse  |  2019

Depuis la dernière décennie, le sous-genre du coming-of-age a connu une telle effervescence que plusieurs festivals internationaux lui ont dédié une section officielle. On pourrait pourtant croire que toutes les variations possibles de ce sous-genre devaient être épuisées depuis. D’où notre surprise en découvrant Les particules, premier film de Blaise Harrison. Dans ce récit de passage à l’âge adulte sur fond de discrète sci-fi métaphysique, sorte de Donnie Darko (2001) façon Bruno Dumont avec quelques pointes psychédéliques, il y a une prenante méditation sur l’inévitable disparition d’un genre (celui des humains mais aussi celui du coming-of-age, contraint de se rebooter lui-même pour la génération à venir, jusqu’à la fin). À l’instar de son protagoniste, le film est imparfait, inégal, comme s’il avait été expulsé trop rapidement de son enfance vers une ingrate adolescence. Mais comme lui, il est aussi beau, sensible, lent, lunaire. C’est un coming-of-age crépusculaire, à l’ère du vide, au temps de l’oblitération annoncée. Point de cataclysme ici : rien qu’une indicible évanescence vécue par des enfants déjà trop vieux, qui se demandent comment ils devront appartenir au monde à venir. Dans Les particules, il est peut-être déjà trop tard pour le combat et la résistance mais pas trop tard pour apprendre comment disparaître dans la douceur et l’envie d’aimer. Ce n’est certes pas le film le plus singulier de cette sélection annuelle, mais s’il s’y trouve, c’est qu’il est un de ceux qui est le plus de son (manque de) temps.

Texte : Francis Ouellette




PRESENT.PERFECT.
Shengze Zhu  |  Chine/Hong Kong  |  2019

Avec ses 425 millions de streameurs, la Chine est sans aucun doute le plus grand producteur d’images actuelles, aussi belles, anodines, cruelles ou inutiles qu’elles soient. Present.Perfect., au risque de les froisser, est entièrement fait de ces images personnelles, amateures, à travers une entreprise de cinéma étendu qui s’étend jusqu’aux frontières du non-cinéma, s’appropriant pour ainsi dire le travail d’autrui, pendant qu’ils sont déjà en train de travailler, d’occuper le rôle qu’ils ont dans une Chine dont l’imagerie officielle n’accorde que très peu d’espace aux voix minoritaires. Ainsi la réalisatrice Shengze Zhu privilégie les portraits les plus inusités, les « chefs d’antenne » les plus originaux de ce bassin de 425 millions, dont une majorité diffuse quotidiennement leur aliénation ouvrière, permettant d’une part de se sentir regardé, écouté, et d’autre part d’arrondir leurs fins de mois à travers de petits pourboires payés par leurs spectateurs. Or en donnant à voir sans intervention directe, sinon celle de la cueillette et du montage des extraits, la cinéaste interroge à son tour les paramètres contemporains du cinéma multi-écranique, proposant cet objet aussi curieux qu’il est émancipateur comme le revers de notre rapport global aux images. Qui détermine le statut artistique d’une image ? Comment voir la « vraie » Chine à travers le cloaque des images approuvées ? Plus largement, que faire des images hypersubjectives, où chaque représentation de soi aspire à une représentation équivoque du monde tel qu’il est vécu par tout un chacun ? Au risque d’en ennuyer plusieurs et de déplaire à d’autres, Present.Perfect. n’est pas qu’intéressant pour sa beauté conceptuelle, il l’est grâce à cet état de fait qu’il produit par sa seule existence, revendiquant une démocratisation radicale et totale des images et de leur statut culturel.

Texte : Mathieu Li-Goyette




ANTIGONE
Sophie Deraspe  |  Québec  |  2019

Il y a d’abord et avant tout le regard d’Antigone, la clarté de ses yeux bleus qui semblent avoir vu du monde plus d’horreurs qu’ils n’auraient dues et entrevoir plus de lumière encore. Dans le tribunal, elle se dresse puis s’effondre, hurle et se débat le souffle haletant, prise entre un système judiciaire qui tente d’effacer la bavure policière ayant causé la mort de son frère et la réalité houleuse de la jeunesse sans repères de la banlieue dont elle est issue et qui porte le poids des erreurs. Antigone retourne le mythe et lui donne une profondeur documentaire tant par les images, entre montages d’actualité habiles et scènes intimes, que par le discours d’une audace bien trop rare dans les productions québécoises. Sophie Deraspe propose ainsi un regard rafraîchissant et stimulant. Le film doit beaucoup à son actrice, Nahéma Ricci, qui offre une performance habitée trouvant le juste milieu entre surjeu théâtral et naturalisme pour incarner une figure héroïque dont l’imaginaire n’écrase jamais la sensibilité contemporaine de l’œuvre.

Bien qu’elle s’en défende, la réalisatrice met en scène à travers son film les évènements récents de Montréal Nord, refusant le détour et abordant frontalement des sujets qu’il est nécessaire de discuter, de réactiver et de réfléchir dans le contexte politique actuel. Ainsi, et même si l’on peut reconnaître quelques lourdeurs au film, ces dernières sont vite effacées par la pertinence et la fulgurance d’une parole qui se condense avec force et vitalité dans le regard d’Antigone.

Texte : Samy Benammar




BIRDS OF PASSAGE
Cristina Gallego et Ciro Guerra  |  Colombie/Danemark/Mexique/Allemagne  |  2018

Les cinéastes Cristina Gallego et Ciro Guerra poursuivent leur œuvre, jeune, mais déjà importante, et racontent les moments décisifs de l’histoire de la Colombie en optant pour le point de vue de ses peuples autochtones. Suivant le chamanique Embrace of the Serpent (2015) dans ce qui pourrait être un diptyque des sauropsidés, on passe donc du reptile aux oiseaux avec Birds of Passage, qui propose le point de vue du peuple Wayuu afin de raconter la montée du narcotrafic en Colombie. En cela, l’approche folklorique des cinéastes propose un angle autochtone rarement utilisé dans la logique narrative typique des sagas criminelles. S’étendant sur douze ans, entre 1968 et 1980, Birds of Passage montre la transformation de ce peuple, de leur culture, de leurs valeurs et de leurs traditions, passant du troc artisanal au capitalisme sans pitié, de la culture locale à la culture de masse, des traditions au trafic. Le film est structuré en cinq chapitres (« Herbe sauvage », « Les tombes », « La prospérité », « La guerre » et « Les limbes ») qu’un personnage vient introduire par des chants qui résonnent tels des augures sur le sort des personnages. On y découvre initialement une tribu, des rituels, un mariage, une famille qui s'assemble. On y verra ensuite la présence d’étrangers venus souiller les terres et les habitudes de ce peuple en faisant entrer l’argent dans une communauté traditionnaliste. Certains deviendront avares et l’argent créera des conflits à l’intérieur des clans impliqués. Le capitalisme l’emportera et, pire encore, on le verra s’infiltrer en parallèle dans les traditions Wayuu. Fascinant et hautement divertissant, le film de Gallego et Guerra est autant le travail de mémoire d’un peuple et de sa culture qu’une saga criminelle à l'ampleur d'un Coppola.

Texte : David Fortin




SOLEILS NOIRS
Julien Élie  |  Québec  |  2018

Soleils noirs possède beaucoup de qualités évidentes. Notons d’abord le rare pouvoir d’évocation de la photographie noir et blanc, laquelle sied parfaitement ici au portrait d’une lande exsangue et fantomatique, où il ne reste des gens disparus que quelques photos et des ossements épars. Notons le constat sociologique dantesque qu’effectue Élie en révélant de façon aussi prosaïque l’étendue de la collusion entre l’appareil d’État mexicain et les criminels responsables des massacres massifs de femmes, de manifestants, de journalistes, de prêtres et de migrants. Notons finalement la manne d’images pittoresques qui constitue son matériau de travail, qu’un montage extrêmement adroit organise en survol poétique, succinct et glacial d’un génocide autoperpétré. Montage qui a aussi l’immense mérite d’introduire la tête parlante des intervenants d’une façon extrêmement fine et organique, avec observation lyrique de leur environnement à la clé, dans un rapport toujours parfaitement perspicace à la lande auscultée.

Malgré cela, il reste que c’est dans le rapport symbiotique qu’il entretient avec ses sujets que le film révèle toute l’étendue de son humanisme, dans le triple mouvement de déambulation, de quête sépulcrale et de remémoration qu’il exécute à leur suite. Si la caméra traque les intervenants à la trace, c’est à la fois pour mieux émuler la cavale des militants, menacés de mort quotidiennement, et la quête incessante de chercheurs éplorés pour la localisation des ossements aimés. Elle effectue en outre un travail de mémoire analogue à ces gens, s’affairant sans cesse à nous rappeler l’existence des victimes oubliées du hachoir narco-institutionnel mexicain, et à immortaliser leurs visages… avant que les intempéries n’en dilapident les traits consignés sur les avis de recherche ou que les investigateurs partis à leur recherche ne finissent à leurs côtés dans une fosse commune.

Texte : Olivier Thibodeau




HIGH LIFE
Claire Denis  |  Royaume-Uni/France/Allemagne/Pologne  |  2018

Premier film en anglais de Claire Denis — car, dit-elle, l’anglais est le langage de l’espace avec le Russe —, High Life s’inscrit dans ce qui semble s’avérer un courant émergeant, un courant qui s’approprie le lieu galactique de la science-fiction, mais pour mieux le délester de ses tropes et l’investir d’une nouvelle puissance méditative et affective (que l’on pense à Gravity et Ad Astra). De fait, le propos de High Life est plongé dans la suspension des corps et du temps narratif, extrapolant dans l’espace ce que les autres films sur terre de la cinéaste creusaient déjà, soit l’ambiguïté des relations intimes, selon toute l’abstraction et la lenteur nécessaires à l’exploration fine d’une psychologie souvent archaïque et rugueuse. Comme ailleurs, la trame structurale en recouvre d’autres qui semblent presque dévoyer la première : de criminels vivant leur peine sur un vaisseau carcéral afin d’accomplir la mission kamikaze de canaliser l’énergie des trous noirs, Denis extraie un récit où le sexuel prime, en étant chapeauté par les expériences d’une scientifique au passé médéique (Juliette Binoche), désormais obsédée par l’insémination artificielle. Il est donc moins question dans High Life de réfléchir à une éthique du criminel dans un monde devenu fou (même si cela affleure), qu’à scénographier et rendre sensorielle l’angoisse fondamentale de la sexualité, interdite à bord du vaisseau — hormis pour ce qui est de séances réglées de masturbation —, mais exploitée à l’état de fonction reproductrice. De la sorte, le cadre du crime ne semble thématiquement là que pour mettre l’accent sur la violence non pas du monde extérieur, mais de ce que la fertilité des corps provoque chez des gens qui se désirent et se détestent, comme si la criminalité signait davantage un état d’intériorité qu’un état de fait.

À travers ce clair-obscur du soi que magnifient les images des trous noirs, tels des points de nous-mêmes qu’il nous faudrait atteindre, Denis ne succombe jamais au cynisme que ses idées frôlent, car de cette obscurité incertaine, la vie point et croît, chargée des végétaux d’un jardin aménagé à l’intérieur du vaisseau et d’une relation entre un père (Robert Pattinson) et sa fille. L’hermétisme de cette relation, forcé par les circonstances, devient le terrain figural à la formation et à la durée de l’amour et nous rappelle à quel point Denis est une cinéaste qui sait filmer la peau, cette membrane protectrice et poreuse qui nous recouvre et participe incessamment de notre advenue au monde. Toute en tactilité et en plasticité (soulignons la photographie de Yorick Le Saux, la direction artistique de Bertram Strauß et la musique de Stuart A. Staples), la force de High Life repose sur la plénitude de ses métaphores : de l’espace galactique comme radicale solitude entre un père et sa fille, des substances laiteuses du corps comme infrangible vivant, de la construction de la lumière comme champ de l’amour.

Texte : Maude Trottier




AD ASTRA
James Gray  |  États-Unis  |  2019

En 2016, mon collègue Sylvain Lavallée écrivait que, avec The Lost City of Z, James Gray venait de « s’ouvrir vers un horizon nouveau, inconnu, arraché à son New York usuel ». En 2019, il pousse plus loin encore que l’Amazonie, voyageant aussi bien dans le temps que dans l’espace, mais délaissant le passé et notre bonne vieille Terre pour se lancer vers un avenir plus ou moins rapproché et, surtout, le cosmos — territoire obscur, mystérieux s’il en est un. Mais s’il aborde ainsi un univers aux antipodes de ses œuvres précédentes, il n’abandonne pas pour autant l’angoisse existentielle, l’âpre mélancolie et, surtout, l’intimité qui les caractérisaient. S’appuyant sur un Brad Pitt rarement plus subtil, éblouissant de retenue, de pudeur et de bouillonnement contenu, exprimant tout à la fois une vulnérabilité insondable et une force inébranlable par quelques gestes, de simples regards, Gray nous livre avec un souffle remarquable sa variation filmique sur le thème de l’épopée spatiale contemplative. Encore plus remarquablement, pour toute comparaison évidente avec le classique du genre, 2001: A Space Odyssey (1968), Gray ne se laisse pas distraire outre mesure par les grands espaces intersidéraux et la musique des sphères rendus si mémorables par Kubrick. C’est qu’il ne craint pas d’explorer la claustrophobie, l’enfermement, la solitude de quiconque doit traverser ou, pire, vivre dans ce grand vide infini, filmant l’étroitesse des vaisseaux et l’exiguïté des corridors souterrains et sans lumière de Mars avec la même attention méticuleuse qu’il met à filmer l’espace grandiose. En effet, il s’agit bien en fin de compte d’une épopée intérieure, celle d’un homme qui cherche à comprendre et à retrouver le père absent, aussi bien physiquement que mentalement, à réconcilier l’homme avec l’histoire qu’il s’est construite à son sujet, mais aussi sa propre place dans cette histoire. Il n’y a pas assez d’une galaxie entière pour contenir toute la complexité d’un esprit humain.

Texte : Claire Valade

 
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Article publié le 22 janvier 2020.
 

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