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Friday the 13th Part III (1982)
Steve Miner

Dans ta face!

Par Laurence H. Collin
La vague de cinéma tridimensionnel du début des années 80 possède un trait pour le moins curieux : pratiquement chaque troisième partie d’une série populaire eut alors droit à sa sortie en 3D. Pour deux exemples saillants (soit Jaws 3D et Amityville 3D), le format fut non seulement mis de l’avant dans le matériel promotionnel, mais même jusque dans les titres respectifs. Le film ayant donc rallumé le flambeau de la tendance pour une courte durée, vous l’aurez deviné, s’avère Friday the 13th Part III (ou à l’époque, Part 3D). Il n’est d’aucune surprise que sa vocation première n’aie absolument rien à voir avec celle des colosses poussant la résurgence du mouvement, soit la création de nouveaux univers immersifs selon les promesses des Zemeckis et Spielberg de ce monde. Non, la deuxième suite au coup de circuit que fut Friday the 13th deux ans plus tôt adopta la troisième dimension munie d’une seule et même idée en tête : braquer n’importe quel machin en direction du spectateur.

Le slasher, avec son usage abusif des outils de meurtre les plus phalliques, semblerait donc le genre idéal pour accueillir telle fonction de la 3D. Du moins, c’est la rampe sur laquelle Steve Miner (lui récidivant un an après son travail sur Part 2) choisit visiblement de glisser. Si je n’ai pu être en mesure de visionner le film dans toute sa gloire tridimensionnelle, je n’aurai pas non plus distingué de compositions exploitant avec une attention particulière la profondeur de champ ou jouant avec la perspective de l’auditoire. Vraiment, la seule distinction que l’on puisse attribuer à ce Part III s’avère sa multiplication des façons de pointer quoi que ce soit vers l’objectif. Cette interminable parade commence donc immédiatement après le prologue - conformément aux standards de la franchise, « prologue » se traduit en fait par « généreux emploi des images de la conclusion de l’opus précédent » - alors que le générique glisse vers l’avant puis recule au son d’une version disco (!) du thème musical connu.

Déjà ici, les attractions que représentaient l’original et sa séquelle (soit une brochette de meurtres servie on ne peut plus cyniquement) n’ont d’autre possibilité que de se bonifier par comparaison. Car si presque n’importe quel slasher des années 80 correspond par définition à l’exécution d’une commande, Part III possède déjà nettement plus de boîtes à cocher sur sa liste avant de procéder à la livraison habituelle. Calculons donc ce qui lui était déjà assigné avant même de penser à établir personnages et situations : un excédent de brandissement focal justifiant la 3D, l’augmentation du nombre de cadavres par rapport à son prédécesseur, la correspondance aux événements de celui-ci, le développement (ou l’impression de développement) de la mythologie de Jason, puis, finalement, une conclusion laissant une marge de manoeuvre suffisante pour un quatrième volet.

Difficile de ne pas lamenter la situation de celui qui doit occuper la chaise de réalisateur. Comprenons-nous, si j’étais Steve Miner, je ne penserais pas avoir la flamme de m’investir dans la création d’un projet déjà ligoté par autant de contraintes, bien que je puisse avoir la flamme de récupérer le chèque qui l’accompagne. La stupéfaction devrait être négligeable lorsque l’on annonce que le minimum indéniable de souffle filmique que Miner a su inspirer à sa première suite prend un vrai congé syndical. La stupéfaction devrait atteindre le degré zéro en sachant que son remplacement prend la forme de yoyos, de machettes et de globes oculaires dardés vers le public. Conséquemment, la construction des mises à mort au sommet de l’échelle d’intérêt du public cible ne montre pratiquement aucune variante; soit l’attente, le choc, puis l’unique détail explicite justifiant les lunettes bicolores. À peut-être une ou deux exceptions près, on ne retrouve aucun usage à tout ce qui pourrait se produire hors-champ, garantissant un synchronisme faisant déshonneur à la créativité avec laquelle notre Jason trucide ses abrutis de circonstance.

Il en résulte donc un slasher ankylosé non seulement par les prescriptions du département des ventes, mais aussi par celles du directeur d’effets spéciaux. Si Friday the 13th et son Part II étaient tous deux l’ami qui raconte toujours la même blague, Part III est celui qui vend la mèche avant même que l’autre en ait fini avec le contexte. À ce propos, mieux vaut ne pas s’attarder au piètre étalage de personnages et de lieux auxquels le scénario (crédité à un total de cinq auteurs) procède avec une conception de l’humour embarrassante. Même le légendaire masque de hockey porté par la brute pour tous les chapitres subséquents ne trouve pas de scène d’inauguration ingénieuse. La seule séquence ravivant le souvenir de l’attrait primal de ses précurseurs est celle de la « Final Girl » alors que Miner raccroche enfin ses microdémonstrations gore tape-à-l’oeil et s’essaie au jeu du chat et de la souris pour des résultats relativement concluants.

Détenant les plus grosses retombées au box-office de la série durant les années 80, mis à part le premier, Part III symbolise en fin de compte un peu plus que la deuxième et dernière vérification du sceau de « qualité » Friday the 13th. Alors que deux meurtres intégralement calqués sur des exemples des prédécesseurs se déroulent devant les yeux de l’auditeur, il sera facile pour lui de saisir la balle qu’on lui lance de façon plus ou moins implicite : souhaitez-vous poursuivre dans une saga qui, rendue à peine au bout de sa deuxième suite, se plagie déjà elle-même? Lunettes en carton ou non, ce sera un « oui » collectif qui servira de carburant à ce qui est vraisemblablement la seule série dans l’histoire du cinéma comportant sept chapitres suivant celui dont le titre inclut le terme « final ».
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Critique publiée le 31 août 2011.