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Vol. 5 | No. 8

Par La rédaction

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VOYAGE EN BARBARIE

 

« I think the real reason so many youngsters are clamoring for freedom of some vague sort, is because of unrest and dissatisfaction with present conditions; I don't believe this machine age gives full satisfaction in a spiritual way, if the term may be allowed. »

— Robert E. Howard, créateur de Conan

 

Ce numéro est une invitation au voyage. Elle est née de plusieurs discussions amicales autour du barbare, notamment avec le cinéaste Olivier Godin, qui n'a jamais caché sa fascination pour la littérature de Robert E. Howard et en particulier pour les aventures de Conan le Cimmérien. Il signe d'ailleurs un texte magnifique sur la figure du barbare après John Milius, réalisateur de Conan the Barbarian. Les plus dubitatifs commenceront par ce texte. 

L'intérêt d'un tel voyage s'inscrit fièrement en dehors de toute forme d'actualité cinématographique. Les figures du barbare et leur paysage de Barbarie sont depuis longtemps disparus des salles. Cette tendance, qui a surtout continué son évolution à l'écran à travers une série télévisée comme Game of Thrones, vit ailleurs dans la culture populaire sous le nom de fantasy, voire de sword & sorcery, genre et sous-genre qui proposent un monde fantastique à l'opposé de celui de Tolkien, qui forme l'autre penchant du récit de chevalerie passé dans la moulinette des contes et légendes réinterprétés.

Or il n'y a pas meilleure manière de voyager en Barbarie que de le faire hors du temps et des modes, car ces films, l'imaginaire qu'ils déploient, les personnages qu'ils célèbrent, sont eux-mêmes des rejets de leur société, des exilés qui appartiennent à la vie sauvage. Les barbares de l'imaginaire, les bons, sont des êtres qui célèbrent la liberté, qui ne font confiance qu'à la rude matérialité du monde, arraché aux croyances, aux dogmes et aux politiques.

En cela, la figure du barbare est hautement rafraîchissante quand on la compare aux modes contemporaines du cinéma d'action, toutes technocratiques, foncièrement prévisibles, et qui s'ancrent dans la sérialité (la télé), les méga-structures narratives (Marvel) ou la vanité réaliste d'un cinéma d'action sophistiqué (Nolan, Villeneuve). À l'opposé, le cinéma des barbares part d'un individu défini par son exclusion du monde civilisé qu'il transforme en état de liberté. Il ne s'accroche nul part et ne répond d'aucun dessein, car il trace le sien.

Enfin, la meilleure raison reste l'élan de ce cinéma, le ton qu'il a cristallisé et qui dépasse ses grosses haches. Ce n'est pas vraiment du western, pas du péplum non plus, peut-être du film de samouraï et probablement les trois à la fois, avec comme noyau celui d'un cinéma de personnage et d'altérité, construit autour d'une quête individuelle qui leur demande de se confronter à de l'inconnu qui nous est finalement plus familier que le barbare lui-même. Ainsi le barbare se confronte-t-il aussi à notre humanité par le biais de ses ennemis civilisés, et nous renvoie à notre condition d'enfermement dans la modernité.

En complément de dossier, nous retrouvons une collaboration spéciale de Simon Laperrière au sujet d'un personnage qui aurait pu être un barbare (Venom), ainsi que notre critique de Chien de garde qui, après sa sélection pour représenter le Canada dans la course aux Oscars, n'en finit plus de cumuler les honneurs mérités.

Bienvenue en Barbarie.

 


Mathieu Li-Goyette
Rédacteur en chef


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Article publié le 24 octobre 2018.
 

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