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Entrevue avec Jean-François Caissy

Par Mathieu Li-Goyette
Une démarche à suivre

Après La belle visite, un film magnifique sur les résidences pour personnes âgées réalisé dans le secteur indépendant, Jean-François Caissy nous revient avec La marche à suivre, un film comme l’ONF n’en produisait plus et qui parvient à circonscrire avec poésie et empathie la place de jeunes adolescents dans l’institution pédagogique et la société qui la mise en place. Rencontre avec un cinéaste qui favorise les zones grises aux édits et la prise de parole aux cris.





Panorama-cinéma : C’est la première fois que vous travaillez à l’ONF. Quel a été l’apport de l’Office au projet, cette collaboration a-t-elle influencé votre méthode de travail?

Jean-François Caissy : Je me suis épargné une demande de bourse en faisant le film chez l’ONF. N’ayant plus à me concentrer sur toutes les étapes à franchir à la SODEC ou chez Téléfilm, j’ai pu passer outre ce travail de formulaires; ça fait aussi en sorte que je n’ai pas mon salaire de producteur, mais l’économie de temps en valait le coup. Sinon, j’ai eu toutes les libertés possibles jusqu’à la toute fin. Ils m’ont donné carte blanche.

J’avais croisé ma productrice Johanne Bergeron et elle m’avait fait savoir que l’ONF souhaitait collaborer avec moi. À l’époque, je travaillais déjà à la prémisse de ce qui allait devenir La marche à suivre – qui était complètement différente et qui aurait était un tout autre film – et je trouvais mon projet encore trop vague. Ma productrice et l’ONF ont tout de même embarqué durant le développement du projet. J’ai alors fait une démo d’une quinzaine de minutes qui sont devenues, à peu de choses près, les quinze premières minutes du film (excepté peut-être un plan qui a changé). Ça leur a plu et nous sommes entrés en production. 

Panorama-cinéma : Pourquoi cette école en particulier?

Jean-François Caissy : Je venais de finir de tourner La belle visite et j’avais bien aimé cette expérience, de ne pas suivre un personnage en particulier mais plutôt d’avoir un échantillonnage pour faire le portrait plus global d’un sujet. Je voulais reprendre le même procédé avec une autre tranche d’âge et c’était assez évident que l’adolescence allait être un sujet riche. Au tout début, ça ne se passait pas du tout dans cette école… À Carleton, où j’ai tourné le film, les jeunes se stationnent sur le quai avec leurs voitures, à deux pouces les uns des autres et « chillent ». Je trouvais ça très beau, d’être dans un immense espace comme ça, mais de s’enfermer dans une voiture et toute cette symbolique m’intéressait. Mais rapidement, je me suis rendu compte que je ne pourrais pas faire le genre de film que je fais avec cette mise en situation puisqu’ils ne restent là qu’un quart d’heure et partent. C’était trop volatile et peut-être une bonne idée pour une fiction, mais pas pour un documentaire.

Je me suis donc promené un peu partout, en Abitibi, sur la Côte-Nord, pour trouver l’étincelle, le moteur du projet qui allait lui permettre de démarrer. Pour vous dire à quel point je ne voulais pas tourner dans une école, ce n’était même pas une idée que j'avais eue au départ. Finalement, je suis retourné dans mon petit village natal et je suis allé visiter la polyvalente pour faire de la recherche. Quand je suis entré, l’odeur, qui n’est pas désagréable, m’a replongé dans mes souvenirs où 20 ans plus tôt j’avais fait ma scolarité. Ce lieu me parlait beaucoup trop pour que je ne m’y intéresse pas davantage.

J’ai rencontré le directeur de l’école, on a discuté et il m’a dit de l’excuser, car un jeune qui s’était récemment battu avait rendez-vous avec son père et la direction. Je lui ai demandé si je pouvais assister à cette rencontre et, avec l’accord de l’adolescent et du père, j’ai pris place dans la petite pièce grise qu’on voit dans le film et j’ai immédiatement compris que si j’avais à tourner un film sur l’adolescence, c’est ce que j’avais devant moi qui allait en être le cœur. C’était fascinant.

Filmer l’adolescence ce n’est pas évident. En documentaire, on suit souvent un ou deux personnages le temps d’un été, mais ces gens ont le temps de s’habituer à la caméra et je ne voulais pas faire ça. Quand j’ai réalisé que ces moments existaient, je me disais qu’en amenant une caméra dans la pièce, ils l’oublieraient parce qu’ils auraient un directeur (ou un intervenant) devant eux. Le moment deviendrait alors plus important que la présence de la caméra. Ces moments m’ont permis de cristalliser ce que ces jeunes vivaient au quotidien, en deux ou trois minutes.





Panorama-cinéma : Dans l’administration, dans la polyvalente, avez-vous senti des différences depuis l’époque où vous y faisiez votre secondaire.

Jean-François Caissy : Au niveau de l’adolescence, ça se ressemble; on vit tous environ les mêmes choses ou presque. Cela dit, je ne pense pas qu’il y avait autant d’encadrement – pour le meilleur et pour le pire – et je ne pense pas qu’il était aussi développé. En présentant le film à l’étranger, je me suis aperçu que les gens étaient souvent très étonnés de cette supervision qu’on accorde aux jeunes ici. Ils aimeraient beaucoup avoir le même type de structure pédagogique, que ce soit en Autriche, en Allemagne, en France. Ils se questionnaient si c’était chose commune ailleurs au Canada ou seulement au Québec ou s’il s’agissait d’une école particulièrement bien outillée.

Panorama-cinéma : Durant ces scènes, sentiez-vous parfois que cet encadrement devenait trop pesant?

Jean-François Caissy : Honnêtement et sans vouloir contourner la question, mon opinion sur ce sujet n’a pas d’importance. Mon objectif premier en faisant un film comme ça, c’est d’abord de créer. Si ensuite le film peut ramener les gens à leur adolescence, à ce rapport à la pédagogie et s’ils peuvent y réfléchir, tant mieux. Ce n’est pas un film à thèse et même si moi, en tant qu’individu, ces scènes m’ont particulièrement intéressé, j’y voyais principalement un intérêt filmique. J’aimais l’idée que ces gens évoquent des choses qu’on ne voit jamais, qui sont strictement développées par la parole et que c’est au spectateur d’imaginer les scènes en question à partir de ses propres expériences. C’est sûr que l’adolescence n’est pas une période facile. Personne n’aimerait y retourner et ces moments représentaient bien ce mal-être. Tout dépendant de l’adolescence qu’on a eue – qu’on ait été bully ou intimidé –, je pense que le film peut venir nous chercher et jouer sur différentes notes. Ça m’est arrivé qu’un projectionniste vienne me voir après la projection – c’était la première fois – et qu’il m’aborde, les yeux pleins d’eau, me disant qu’une scène avait résumé toute son adolescence et qu’il avait retrouvé là exactement les mêmes mots et les mêmes réactions qu’il avait déjà vécus. J’ai l’impression que le film est assez ouvert pour qu’on y voie notre propre vie. Que ce soit pédagogiquement trop encadré ou pas assez, ça appartient à autre chose.

Donc forcément, en m’intéressant à ces gens-là, j’ai trouvé cet encadrement fascinant tout comme tout ce qu’il me permettait de puiser. Il y a des milliers de films qui se font sur l’adolescence chaque année et d’être capable de montrer quelque chose qui n’avait jamais été montré était fabuleux pour moi. Ensuite, j’ai vu, à travers ces moments, les effets positifs que ces rencontres pouvaient avoir sur certains jeunes; si je ne le montre pas, c’est précisément parce que ce n’est pas un film sur le redressement. Lorsqu’ils se défoulent, ce n’est pas nécessairement une action réfléchie, mais ce défoulement leur permet, autant que les scènes d’intérieur où l’encadrement est mis en valeur, de grandir. Ces différents contextes répondent à la « marche à suivre » du titre, ces « guidelines »; peu importe la direction donnée à un individu, il parviendra à trouver son propre chemin.

 


 
Panorama-cinéma : L’évolution du projet est intéressante. D’un film qui aurait traité des différentes formes d’errance, vous vous êtes finalement dirigé vers une certaine forme d’errance contrôlée, dirigée.

Jean-François Caissy : Exactement. C’est une errance qui s’inscrit dans un cadre et dans la société. La crise étudiante de 2012 a eu beaucoup d’impact sur moi. J’avais l’impression qu'une certaine errance était le centre de ce que je devais cerner. Je la ressentais au Québec et quand cette force de la jeunesse s’est levée et que les autres ont suivi en montant aux barricades, j’ai réalisé que cette errance était en mouvance, qu’elle n’était pas si simple. Par ailleurs, j’aime le documentaire parce qu’il s’agit d’un médium qui me donne une grande liberté. Je ne pars pas avec un scénario et une thèse en tête. Je pars avec le désir d’approcher un sujet et de vivre une expérience en tant que créateur. Je me laisse donc influencer par ce que je découvre au fil du tournage. À la fin, en tant qu’auteur, je suis heureux du résultat lorsque je peux me dire que je n’y aurais jamais pensé en début de parcours.

Le résultat doit dépasser ma réflexion initiale, comme si je déblayais tranquillement un film qui était en latence, quelque part. Je vais continuer à faire du documentaire pour cette raison, parce que j’adore ce processus créatif. En fiction, on écrit, on attend d’être approuvé, puis on réécrit et on réécrit, puis on tourne en cherchant toujours à retrouver ce qu’on avait d’abord imaginé. Je me sens à l’opposé de cette méthode. Je suis surtout intrigué, puis effrayé par un sujet que je trouve trop important, trop gros pour m’y coller et, tranquillement, en laissant le sujet imposer sa forme au fil de la recherche et du tournage, je le modèle progressivement.

Panorama-cinéma : Diriez-vous donc que le film finit donc par prendre sens au montage?

Jean-François Caissy : En fait je monte durant le tournage. Je suis quelqu’un de très intuitif. J’essaie toujours de faire le meilleur film possible et qui soit un film qui sorte de mes idées préconçues. Si je dis que je n’aurais jamais pensé que mon film allait prendre une telle forme, c’est qu’il l’a prend au fil du tournage, de mes expériences, de mes rencontres. Chacun des sujets que j’explore en est un où le spectateur peut développer plusieurs points de vue. La même chose pouvait être dite de La belle visite au sujet des résidences pour personnes âgées. Il y a autant de pour et de contre et ça dépend de la situation, du lieu et des individus mis en cause. Dans La marche à suivre, c’est là aussi qu’on se bute à des questions par rapport à cette structure – et elle est importante cette structure, on a tous besoin d’être structurés.

Panorama-cinéma : Donc ce qui vous fascine, c’est la relation ambivalente qu’on peut avoir face aux institutions.

Jean-François Caissy : Tout à fait et je pense que cette ambivalence n’est pas connotée. Ce n’est pas aussi simple que de savoir si nous voulons ou pas un méga-oléoduc; c’est la même raison pour laquelle les films sur ces sujets ont un côté très pamphlétaire où il est toujours plus facile d’avoir des idées préconçues. Mais dans La marche à suivre, c’est plus compliqué d’avoir des idées arrêtées. L’adolescence et le cadre pédagogique sont des sujets vastes où les opinions peuvent diverger.

J’aime me coller à du concret, je trouve ça stimulant, plein d’embûches. Le documentaire me permet ça, car sa matière première c’est le réel et je dois constamment m’en accommoder. J’aime me coller à des sujets qui touchent les rapports interpersonnels. La belle visite et La marche à suivre font partie d’une série sur différentes tranches d’âge. Je veux faire cinq films et celui que je m’apprête à faire porte sur l’entrée dans l’âge adulte (de 18 ans à la trentaine). Quand j’ai commencé La marche à suivre, c’était clair qu’il s’inscrivait dans le sillon de La belle visite et que je n’explorais en fait qu’une différente étape de la vie. Ultimement, on pourra regarder les films soit dans l’ordre de tournage, soit dans l’ordre chronologique.

Mais je n’ai pas le désir de provoquer ou d’attaquer des institutions. Si je voulais le faire, je m’y prendrais autrement : je ne prendrais pas trois ou quatre ans pour faire un film, mais j’écrirais plutôt un article, ça me demanderait moins de travail, ça serait plus direct, plus instantané. 
 


 

Panorama-cinéma : Quand vous est-elle venue l’idée d’exclure les figures d’autorité du cadre?

Jean-François Caissy : Il y a plusieurs raisons. Je trouvais d’abord intéressant de rester sur les jeunes, de les voir écouter, répondre et d’en faire des portraits qui saisiraient leur personnalité et restituerait une forme de réalité à l’écran. En tournant en format scope, je voulais aussi leur donner de l’air et me retrouver avec des images qui avaient une force dramatique plus intéressante. Ensuite, de me tenir au plan-séquence permettait de transposer de manière assez réaliste ces moments de temps et de pression. Face à l’autorité, qu’on soit un adolescent ou un adulte abordé dans la rue par un policier ou à l’aéroport par un douanier, on se sent immédiatement coupable parce qu’ils incarnent un pouvoir qui nous dépasse. Ces instants nous saisissent et ces plans permettaient de transposer ce saisissement.

Panorama-cinéma : Et de laisser les voix dans le hors champ permet d’une part de faire un portrait, mais aussi d'établir un rapport de gouvernance entre la figure d’autorité et l’étudiant, à l’opposé d’un champ-contrechamp qui aurait créé un rapport plus confrontationnel. 

Jean-François Caissy : Tout à fait et ça m’apparaît plus représentatif de ces rencontres.

Panorama-cinéma : Et parce que l’expression et le faciès des figures d’autorité nous importent finalement bien peu.

Jean-François Caissy : La présence de la voix suffit. Deux fois dans le film on voit des adultes – vous l’avez noté dans votre critique – et je trouvais ça important de les humaniser. Je ne voulais pas non plus couper complètement les adultes du film. La première fois c’est au tout début, quand son père vient signer un papier et c’est aussi le seul moment où un jeune regarde la caméra.

Panorama-cinéma : C’était une bonne manière de mettre en place votre dispositif, surtout qu’ensuite, les figures d’autorité sont évacuées du cadre et nous ne les retrouvons qu’à la fin…

Jean-François Caissy : Oui, avec l’intervenante et on voit alors qu’il y a une forme de tension entre le directeur, elle et le jeune, quelque chose d’inconfortable qui finit par être équilibré.

Panorama-cinéma : Mais comment les jeunes se sentaient-ils devant la caméra? Sentiez-vous que la caméra provoquait des choses ou les refrénait?

Jean-François Caissy : Claude, un des intervenants les plus présents du film, m’a dit à quelques reprises que certains des jeunes ne s’étaient jamais autant ouvert à lui. Je crois que la présence du tournage a été au moins neutre et au mieux bénéfique pour les jeunes. Dans la forme documentaire, quand la caméra est présente, on se rend vite compte que les gens filmés ont instinctivement l’impression que le moment est plus important, qu’ils sont écoutés et que leur parole va rester. Pour eux c’est bénéfique de sentir qu’ils peuvent être intéressants et uniques.

Par exemple, après cette rencontre avec Kim (qui est, à six minutes, le plus long plan du film), le directeur m’a confié qu’elle n’avait jamais été aussi éloquente, aussi franche et sincère. Ça arrivait plutôt qu’elle quitte la pièce en furie, claquant la porte derrière elle. Ce n’est pas qu’elle n’osait plus le faire maintenant que nous étions dans la pièce, mais puisqu’elle connaissait le directeur et qu’il s’agissait pour elle du quotidien, notre présence apportait une autre configuration. Elle s’est ouverte et l’a faite d’une manière très positive. Elle exprime tellement bien tout ce qu’elle fait, tous ses torts en les exprimant. En documentaire, quand on réussit à avoir la confiance des gens, on peut provoquer de belles choses...

Plusieurs cinéastes qui débutent en documentaire ont tendance à vouloir que les gens les apprivoisent durant une longue période, à prendre des cafés et à discuter ensemble pendant des mois. Personnellement, je rentre tout de suite avec ma caméra. Je veux qu’ils me voient comme un cinéaste, pas comme un ami.

Panorama-cinéma : Ça vous permet aussi de capter ce rapport (bénéfique dans le cas de Kim par exemple) qu’ils entretiennent avec la caméra.

Jean-François Caissy : Oui et en même temps, ils l’oublient rapidement. Ils voient d’abord la caméra, puis le micro au plafond et ça les impressionne, mais dès que la conversation débute, leur attention se rapporte immédiatement à leur interlocuteur. Ils répondent au directeur avant de répondre à la caméra et de lui faire des clins d’œil; à treize ans, face à la direction et à nos parents, on ne peut faire autrement. Cet appât me permettait de rentrer rapidement dans leur bulle, leur intimité. À l’inverse, si j’avais seulement voulu filmer les échanges entre les jeunes durant la récréation, j’aurais dû devenir leur « chum » et j’aurais dû suivre la même « gang » durant six mois.
 


 

Panorama-cinéma : Il y a une belle poésie dans le film autour de cette « marche à suivre », qu’on pense au dernier plan ou aux trajets d’autobus, puis aux plans d’entraînement, tous ces trajets, ces déplacements qui balisent leur quotidien de l’intérieur de l’école vers l’extérieur puis vice-versa.

Jean-François Caissy : D’un côté on donne une certaine marche à suivre et de l’autre, on voit que les jeunes, peu importe cette marche qui leur est imposée, vont finir par sortir des sentiers et que la vie finira par reprendre son cours. C’est aussi pour cette raison qu’on les voit l’été pendant qu’ils essaient de repousser leurs limites. Ça peut paraître casse-gueule, mais ça fait partie d’une forme d’exploration où ils apprennent à se mettre au défi, à tomber et à se relever. Ça fait partie de l’apprentissage à l’adolescence. Je crois que le film démontre cette relation compliquée entre le cadre scolaire et ces moments où ils en sortent et vont chercher ailleurs la liberté. Il y a un équilibre entre cet encadrement contraignant et cette liberté. Le dernier plan du film, c’est une attente qui symbolise plein de choses comme la vie qui passe (les voitures) et quand l’autobus arrive, l’attente se termine, le garçon entre dans le véhicule et passe à autre chose. Ce n’est pas non plus un « happy end ».

Panorama-cinéma : Mais c’est une fin qui a son lot de sérénité.

Jean-François Caissy : J’ai l’impression que l’adolescence se termine, qu’il y a une forme de conclusion avec cette fin, qui termine une longue période d’allers-retours où l’on a toujours l’impression que la vie n’avance pas. C’est une reprise de la première scène – plus ludique – avec la Jeep coincée dans la boue qui est conduite par un jeune qui vient d’avoir son permis de conduire et qui joue dans la boue comme il jouait, enfant, avec son camion Tonka dans le carré de sable.

Panorama-cinéma : Ça vous paraîtra hors sujet, mais il me semble que votre démarche s’inscrit ainsi tout à l’inverse de la caméra « en action » de Kazuo Hara, un autre documentariste invité des RIDM, et qu’entre vous deux se retrouvent incarnées deux approches tout à fait fascinantes. Selon lui, la caméra doit provoquer le réel. Or chez vous, la caméra peut venir en quelque sorte adoucir, assouplir et peut-être apaiser, mais elle ne sauve pas le réel.

Jean-François Caissy : C’est intéressant, car je n’ai jamais envisagé le documentaire comme quelque chose qui doit s’en prendre au réel. Dans La belle visite par exemple, en allant dans les résidences, nous avons passé des soirées avec des personnes âgées qui n’avaient jamais, mais jamais de visiteurs et nous les filmions… Et quand nous partions après une semaine de tournage, elles pleuraient, nous demandant quand nous allions revenir… L’aspect créatif est important parce qu’il demeure le moteur de ma démarche, mais l’aspect humain l’est aussi. C’est pour ça que le contexte institutionnel m’intéresse, parce qu’il est contextuel, mais je n’en ferais pas une critique sociale, je n’imposerais pas mon jugement. J’aurais l’impression de mentir à tout le monde.


Photos : ONF et Anne-Marie Lemay
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Article publié le 28 novembre 2014.
 

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