VOL. 5 NO. 23
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This Means War (2012)
McG

Espions à temps partiel

Par Jean-François Vandeuren
Ce qui a toujours été très clair avec McG (de son vrai nom Joseph McGinty Nichol), c’est que son cinéma en est un de nombreux abus, lesquels ne mènent toutefois que rarement à des résultats réellement satisfaisants. Cette démesure au niveau du style comme du jeu des acteurs, des enjeux dramatiques ou de la façon dont l’Américain tente de susciter une réponse émotionnelle chez le spectateur aura beau fait d’envelopper ses productions d’une artificialité pouvant vite devenir étouffante. Les meilleurs exemples de cette tendance demeurent évidemment ses deux très mauvais épisodes de la série Charlie’s Angels. McG s’en était pourtant tiré à bon compte avec le néanmoins peu concluant Terminator Salvation de 2009, dont il n’était aucunement responsable de l’échec, son travail derrière la caméra demeurant le meilleur atout de cette production qui, autrement, n’aura su prouver son utilité. Malheureusement, avec This Means War, McG revient à ce mélange éculé de comédie, d’action et de romance en tentant d’altérer l’importance généralement accordée à chacun de ces trois aspects. Le présent effort relate ainsi l’histoire en apparence peu banale des agents de la CIA Tuck (Tom Hardy) et FDR (Chris Pine) qui, par un heureux concours de circonstances, chercheront tous deux à conquérir le coeur de la même femme, Lauren (Reese Witherspoon). Les deux amis de longue date mettront bien entendu sur pied une série de règles afin d’éviter que cette saine compétition ne ruine leur amitié. Bref, une prémisse tout ce qu’il y a de plus élémentaire qui, dans le meilleur des mondes, aurait pu produire son lot de situations désopilantes, lesquelles sont malheureusement élaborées ici avec le strict minimum d’imagination dans un contexte où la vraisemblance n’est définitivement pas une option.

Si le septième art aura bien essayé de dresser un portrait beaucoup plus tangible du bon vieux personnage de l’espion depuis la sortie d’un certain The Bourne Identity au début de la dernière décennie, This Means War fait baigner quant à lui ces hommes de tous les dangers dans une opulence qui rendrait jaloux même l’agent 007. De la luxueuse voiture sport aux immense appartements de nos deux rivaux en devenir, lesquels sont évidemment aménagés de la manière la plus moderne et extravagante qui soit (le plafond de l’un donnant même sur le fond d’une piscine), le principal objectif du film de McG est visiblement de faire rêver un auditoire friand de designs inusités et de vedettes en parfaite santé de toutes les façons possibles et imaginables. Il en va de même pour leur environnement de travail, qui pourrait rivaliser avec le quartier général des Hommes en noir, et son gigantesque écran affichant en permanence la photo de notre vilain Allemand de service (Til Schweiger), dont la mort du frangin aux mains des deux espions le forcera à jouer la carte du Die Hard: With a Vengeance de John McTiernan, en usant toutefois de méthodes beaucoup plus directes et moins ambitieuses. Il s’agit là du premier élément qui nous laissera croire que la CIA n’est finalement que très peu occupée en cette ère de terrorisme international et de conflits s’éternisant au Moyen-Orient. Les autres surgiront lorsque nous apercevrons Tuck et FDR user de tout le matériel de pointe à leur disposition comme du temps précieux de leurs estimés collègues pour en apprendre davantage sur l’objet de leurs désirs et se mettre mutuellement des bâtons dans les roues.

Il sera d’ailleurs assez évident dès la séquence d’ouverture présentant notre agent charmeur et son acolyte un peu plus réservé, mais tout aussi efficace lorsque vient le temps de briser des membres, en plein action que le réalisateur aura complètement abandonné ses tentatives - plutôt vaines - de donner dans un cinéma plus « senti » pour poursuivre dans la lignée de premiers élans beaucoup plus frivoles et farfelus. Ce dernier sera une fois de plus guidé par ce désir incontrôlable de noyer chaque scène dans une abondance de style, et ce, sans que le tout ne produise des résultats plus stimulants, menant du même coup à une utilisation de pièces musicales faisant autant part d’une grande paresse dans le choix des chansons que dans la composition des morceaux originaux. Le genre qui finira par prendre le dessus ici sera bien entendu la comédie romantique, que le scénario de Timothy Dowling (Just Go with It) et Simon Kinberg (Mr. and Mrs. Smith) n’arrive cependant pas à rendre suffisamment engageant pour que nous nous intéressions réellement à toutes les péripéties qui en découleront. La redondance de l’intrigue comme l’inefficacité des personnages secondaires y sont certainement pour quelque chose. Mais l’échec de This Means War revient en soi à une mise en situation aussi mal développée que cadencée. L’ensemble sera évidemment défini avec une simplicité extrême, que tentera de renforcer McG par l’entremise de stratagèmes visuels devant, en théorie, en mettre plein la vue. Une tâche à laquelle faillira le cinéaste alors que la mécanique du présent spectacle semblera si exagérément calculée qu’elle ne permettra jamais au récit de respirer ou de faire simplement ressortir un caractère un peu plus naturel, dont le projet avait pourtant grand besoin.

Cela ne prend pas un génie pour réaliser que l’entreprise de McG n’a en soi que des visées strictement mercantiles. S’il s’agit ici d’une caractéristique que nous pourrions associer à un pourcentage extrêmement élevé des productions hollywoodiennes d’aujourd’hui, il est tout de même assez navrant de constater à quel point This Means War n’essaie jamais un tant soit peu de cacher son jeu tout en affichant un désintéressement total face à toutes notions de créativité. L’idée des producteurs aura certainement été de donner aux deux parties d’un couple de spectateurs exactement ce qu’ils désirent d’une sortie « aux vues », soit d’un côté de la romance et de l’autre de l’action, en liant ces deux opposés par le biais d’une dose d’humour aussi bête qu’inoffensive. Le problème dans le cas de This Means War, c’est qu’aucune de ces sources de divertissement ne tient véritablement ses promesses. Il est également difficile de concevoir ce qui a bien pu convaincre Chris Pine et - surtout - Tom Hardy de prendre part à un projet aussi dépourvu d’intérêt, si ce n’est qu’un gros chèque bien gras. En bons professionnels, ces derniers s’acquittent néanmoins suffisamment bien de leur tâche, tandis que Reese Witherspoon n’aura rarement été aussi insupportable à l’écran. Il ne ressort donc de ce cinquième long métrage de McG qu’une comédie aussi prévisible que profondément ennuyante dont nous ne retiendrons au final qu’une séquence de paintball assez cocasse où le personnage d’Hardy sera particulièrement motivé à faire la vie dure à une bande d’adolescents et une autre dans laquelle le réalisateur superposera les moments forts des films Speed et Bad Boys. Mais lorsque nous devons chercher aussi loin pour une quelconque source de distraction dans une telle production…
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Critique publiée le 17 février 2012.