VOL. 5 NO. 23
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Terminator Salvation (2009)
McG

Plus ça change...

Par Jean-François Vandeuren
Qu’il ait fallu douze ans pour qu’une suite au fameux Terminator 2: Judgment Day de James Cameron voit le jour laissait présager que le principal intéressé avait déjà suffisamment bien bouclé la boucle pour que l’ajout d’un troisième épisode ne soit réellement nécessaire, ou même justifiable. Et à voir ce qu’il advint de la série sous la tutelle de Jonathan Mostow (Rise of the Machines), nous pouvions également nous demander si l’équipe en charge possédait simplement assez de verve et de bonnes idées pour poursuivre le travail entamé par Cameron d’une manière moindrement intéressante. Mais malgré l’échec d’un troisième volet qui s’avéra tout ce qu’il y a de plus risible, certaines personnes à Hollywood semblent toujours croire au potentiel commercial - et artistique - de la franchise. Si bien que nous avons droit aujourd’hui à Terminator Salvation. Projet qui, après s’être retrouvé entre les mains d’une pléthore de cinéastes, aboutit finalement entre celles du réalisateur McG (Charlie’s Angels) et des scénaristes John D. Brancato et Michael Ferris - à qui nous devons autant les écrits de l’excellent The Game de David Fincher que ceux du répugnant Catwoman de Pitof. Quelques éléments nous laissaient tout de même croire que la franchise réussirait peut-être ici à retrouver son lustre d’antan. On pense évidemment à l’implication d’acteurs de renom tels Christian Bale et Bryce Dallas Howard, mais aussi à celle du scénariste Jonathan Nolan (Memento, The Dark Knight), qui participa à l’une des nombreuses séances de réécriture. Malheureusement, le résultat final se rapproche davantage de la production opportuniste tant redoutée que de l’opus un peu plus raffiné qui aurait pu ramener cette intrigue dans le droit chemin plutôt que de nous faire de nouveau regretter qu’elle n’ait pas pris fin il y a maintenant près de vingt ans.
 
Un tel dérapage n’est pourtant pas dû ici à un manque de volonté ou même d’ambition de la part de l’équipe responsable de ce quatrième chapitre. Loin de là. Le problème se situe plutôt au niveau de l’exécution. Le duo Brancato-Ferris cherche bien à s’éloigner de la ronflante poursuite de deux heures qu’il avait concoctée six ans plus tôt pour concilier étude de personnage et déploiement massif d’effets visuels d’une façon un peu plus consistante. Le hic, c’est que les deux scénaristes n’arrivent jamais à doser ces deux extrêmes d’une manière suffisamment soutenue pour donner une réelle raison d’être à leurs séquences de guerre post-apocalyptique et ainsi combler les attentes des spectateurs en quête d’une intrigue futuriste bien ficelée tout comme celles d’un public carburant uniquement à l’adrénaline. Nous nous retrouvons ainsi face à un divertissement peu engageant nous amenant continuellement en terrain connu et dont la profondeur s’avère finalement bien illusoire, accordant une certaine importance à énormément d’idées sans jamais vraiment chercher à aller au bout de celles-ci. Les personnages secondaires abondent sans que ne ressorte de réel protagoniste, chacun alimentant sa propre petite histoire sans que l’ensemble n’atteigne jamais un niveau un peu plus substantiel. Il faut dire que le présent effort ne se contente en soi que de falsifier la recette que Cameron avait mise sur pied en 1984 et recopiée en 1991, le concept du voyage temporel en moins. Les machines chercheront donc ici à mettre la main sur un individu - Kyle Reese (Anton Yelchin), le futur père de John Connor (Christian Bale) - dont l’assassinat pourrait bien sceller le sort de l’humanité. Du côté de la résistance, Connor devra de nouveau faire confiance à un Terminator plus humain que mécanique (Sam Worthington) pour sortir la race humaine de cette fâcheuse position.
 
Et bien que la nomination de McG à titre de réalisateur ait pu soulever autant d’inquiétudes que lorsque les commandes de la franchise X-Men se sont retrouvées entre les mains de Brett Ratner, nous devons bien reconnaître que l’Américain a su s’adapter au défi qui lui a été proposé - à défaut de réussir à le relever entièrement. Ce dernier met ainsi en images ce monde dévasté par la guerre d’une manière tout à fait convenable, utilisant une palette de couleurs dominée par les teintes de brun et de gris avec laquelle tout amateur de jeux vidéo sera immédiatement familier. Il faut dire que sans révolutionner quoi que ce soit, McG aura au moins su s’imprégner du bon état d’esprit pour pouvoir rendre son univers crédible et fonctionnel tout en prenant soin de ne pas répéter les mêmes abus de style qu’il s’était si souvent permis pour ses navrants Charlie’s Angels. Le cinéaste orchestre d’ailleurs quelques moments de mise en scène particulièrement inspirés et inspirants, concentrant davantage ses énergies ici sur les mouvements à l’intérieur de ses cadres plutôt que de faire à nouveau virevolter sa caméra dans tous les sens. Le seul problème, c’est qu’à l’image de ses antagonistes, Terminator Salvation semble tout simplement dénué de toute âme. Les séquences d’explosion et de combat vibrant au rythme d’une trame sonore tout ce qu’il y a de plus musclée sont exécutées avec tout le professionnalisme auquel nous pouvions nous attendre d’une telle production, mais le tout s’avère encore là bien routinier et n’arrive jamais à faire transparaître l’aura mythique, voire même philosophique, qui habitait autrefois la série. L’artillerie déployée est, certes, imposante en apparence, mais se révèle particulièrement déficiente lorsque vient le temps de générer ne serait-ce qu’un tant soit peu de suspense ou de réflexion.
 
Comme toute bonne machine hollywoodienne qui se respecte, la série Terminator démarra en trombe et réussit à conserver sa fougue et sa popularité assez longtemps pour motiver la fabrication d’un second modèle plus sophistiqué et plus performant. Mais le temps finit par faire son oeuvre et après un troisième tour de piste qui s’avéra tout sauf concluant, le puissant bolide imaginé par James Cameron aurait normalement dû être complètement redessiné - ou simplement remisé. Mais McG et son équipe préférèrent jouer les mécaniciens plutôt que les ingénieurs, se contentant de modifier la peinture et d’éliminer quelques traces de rouille au lieu de s’attaquer aux pièces de l’engin qui auraient dû être mieux huilées, ou même carrément remplacées. Le potentiel du présent effort est pourtant perceptible du début à la fin, que l’on pense à l’histoire de cet ancien prisonnier du couloir de la mort qui profitera de sa résurrection pour rebâtir sa conscience ou aux déboires d’un John Connor encore peu à l’aise dans son rôle de sauveur de l’humanité. Ces deux pistes dramatiques sont d’autant plus appuyées par de bonnes performances de la part de Bale et Worthington, et ce, malgré les nombreuses failles dans le développement de leur personnage respectif. Mais le tout demeure malheureusement à l’image d’un film qui semble prendre l’héritage de Cameron un peu trop pour acquis et qui ne se contente que de camoufler ses diverses carences créatives par le biais de références beaucoup trop évidentes à des films comme The Matrix et The Road Warrior. Même l’inévitable affrontement final dans un grand centre industriel se révélera un hommage - pour ne pas dire une copie conforme - à la conclusion d’un autre film de James Cameron : Aliens. Terminator Salvation marque bien une progression par rapport à son prédécesseur direct, mais encore là, cela ne veut pas dire grand-chose.
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Critique publiée le 29 juin 2009.