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Parker (2013)
Taylor Hackford

Rien de nouveau sous le soleil

Par Jean-François Vandeuren
La grandeur des ambitions d’une production cinématographique, en particulier lorsqu’on parle de cinéma commercial ou de genre, est souvent mesurable dès sa séquence d’ouverture. Au-delà des forces ou des faiblesses les plus apparentes sur le plan de la mise en scène, du rythme ou du ton imposé, c’est également à partir de décisions « anodines » prises, par exemple, au niveau de la composition sonore, du choix du lieu où se déroule l’action et de la présentation du protagoniste que se forge notre première impression d’une oeuvre. Dans le cas d’un film comme Parker, l’équipe de création aura décidé de partir le bal avec une traditionnelle scène de braquage, scène qui, lorsque réussie, peut déjà permettre à un réalisateur d’amener le spectateur là où il le désire, soit au bout de son siège. Nos cinq complices chercheront donc ici à se faire la main… durant la foire agricole annuelle de l’état de l’Ohio. Tandis que les fermiers et les amateurs de musique country profiteront des festivités au son des violons bien accordés, des tapements de pied et des bruits généralement associés à toutes bonnes fêtes foraines, les cambrioleurs viendront semer une pagaille inattendue qui leur permettra de repartir avec un joli magot. Si l’environnement n’a déjà rien de très excitant en soi, l’exécution molle du cinéaste Taylor Hackford et les manoeuvres routinières perpétrées par un Jason Statham tentant de passer inaperçu sous la soutane d’un prêtre et ses acolytes déguisés en clowns confirment que la séquence ne passera pas à l’histoire. L’entrée en matière de Parker ne fait malheureusement pas mentir les statiques et annonce bien les couleurs fades d’une histoire de vengeance aussi peu efficace qu’intrigante.

Même lorsqu’ils se retrouvent du mauvais côté de la loi, les personnages interprétés par Jason Statham demeurent des hommes respectables, voire vertueux, compensant pour toutes questions morales ignorées durant les méfaits commis en obéissant à une certaine éthique de travail et en s’imposant toujours comme des êtres  foncièrement posés et réfléchis. Et c’est de nouveau le cas dans le présent Parker, énième apparition à l’écran du personnage créé par le romancier américain Donald E. Westlake sous le pseudonyme de Richard Stark au début des années 60 - la dernière remontant au Payback de Brian Helgeland, dans lequel il portait le nom de Porter. Ici, l’acteur britannique se retrouve dans la peau d’un braqueur professionnel, mais ne dérobant que les gens qui peuvent se le permettre et n’employant la méthode forte que si réellement nécessaire. Une idée qui sera renforcée dès le départ de par le costume d’homme d’église que revêtira Parker, lui dont l’apparente bonté dans de telles circonstances ira jusqu’à confondre un agent de sécurité pris en otage qui, après que le malfaiteur ait fait preuve de compassion à son égard, continuera de considérer celui-ci comme si l’habit faisait le moine. Le protagoniste sera ensuite trahi par des acolytes pas aussi cléments et laissé pour mort sur le bord d’une route de campagne. Évidemment bien vivant, Parker se lancera après coup sur la piste des individus lui aillant fait ce coup bas pour leur rendre la monnaie de leur pièce et recouvrer la partie du butin qui lui revient. Une quête de vengeance qui l’amènera sous le chaud soleil du chic quartier de West Palm Beach en Floride, où se sont installés ses anciens complices dans le but de s’emparer d’une importante collection de bijoux.

C’est dans cette région du Sunshine State que le protagoniste fera la rencontre de Leslie (Jennifer Lopez), une agente immobilière se remettant difficilement d’un divorce l’ayant placée dans une situation financière particulièrement précaire, qui tentera de s’imposer comme guide auprès de ce dernier dans l’espoir de toucher une partie des bénéfices que pourraient lui rapporter ses activités illicites. Il s’agit évidemment d’un choix de projet à la fois curieux et tout à fait logique pour la diva, elle dont l’étoile ne brille plus autant qu’il y a dix ans et qui se retrouve à présent à devoir combler un rôle qui serait normalement revenu à une actrice encore peu connue du grand public. Hackford et le scénariste John J. McLaughlin (Black Swan, Hitchcock) rateront d’ailleurs une belle occasion de se jouer des caractéristiques de leur principale figure féminine, situant celle-ci quelque part entre le personnage de la femme forte et opportuniste et la nunuche on ne peut plus maladroite. Le duo gaspillera d’autant plus une chance inouïe de capitaliser sur un revirement de situation en fin de parcours alors qu’un Parker particulièrement amoché aurait grandement bénéficié de l’apport de sa complice, elle qui, en voulant bien faire, lui attirera plus d’ennuis qu’autre chose. Il y a pourtant bien dans Parker une volonté d’aller au-delà de la formule ordinairement proposée par un film mettant en vedette de Jason Statham. Mais c’est bizarrement en cherchant toujours à effectuer ce virage à 180 degrés d’une quelconque façon que ses maîtres d’oeuvre se retrouve automatiquement à la case départ, n’exploitant plus que les éléments les plus primaires de ce genre de prémisses - le duo que le héros devra former avec un improbable acolyte (les colis de la série The Transporter, la gamine de Safe, le jeune homme à problèmes de The Mechanic), un événement qui viendra hanter la suite d’un parcours jusque-là sans anicroche, etc.

Mais un tel récit, aussi bancal puisse-t-il être, aurait pu facilement s’imposer comme une proposition suffisamment distrayante au coeur de la filmographie d’un acteur n’ayant jamais été reconnu pour l’originalité ou la densité des projets auxquels il aura pris part, mais bien pour l’énergie et le charisme qu’il est capable de déployer devant les caméras. À cet égard, Statham continue de faire ce qu’il fait de mieux, ne conférant guère plus de nuance qu’à l’habitude à un personnage on ne peut plus typé dont il demeure néanmoins en parfait contrôle, lequel recevra d’autant plus sa part de raclées cette fois-ci, tel un John McClane en vacances. L’univers de Parker laisse pourtant paraître nombre de contrastes aussi prononcés que révélateurs à l’intérieur d’un contexte confondant constamment - et d’une façon, certes, tout ce qu’il y a de plus mécanique - les notions de bien et de mal. Là où Taylor Hackford et John McLaughlin se seront surtout tirés dans le pied, c’est en exploitant leur prémisse d’une manière manquant cruellement de verve et de vision, notions qui auraient pu au moins permettre au présent exercice de s’élever au rang de simple plaisir coupable. L’ensemble n’est d’ailleurs aucunement servi par la mise en scène froide et peu inspirée du réalisateur américain et la direction photo tout aussi fade de J. Michael Muro, autre opportunité ratée de stimuler le spectateur en augmentant au moins les enchères au niveau de la forme lorsque le fond fait autant défaut. Parker a ainsi tout d’un divertissement condamné d’avance à la médiocrité, spectacle qu’aucun de ses créateurs n’aura tenté de sauver en cours de route par un quelconque coup d’éclat narratif ou une séquence spectaculaire un peu plus élaborée, élément qui, au-delà du ridicule, nous aurait déjà donné quelque chose à nous mettre sous la dent.
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Critique publiée le 26 janvier 2013.