L'équipe

Safe (2012)
Boaz Yakin

Le dernier des héros

Par Jean-François Vandeuren
Jason Statham ne remportera fort probablement jamais l’Oscar du meilleur interprète masculin, comme il ne risque pas non plus de se voir offrir un grand rôle dramatique dans une production d’envergure. Et c’est parfait ainsi. Depuis bientôt quinze ans, le plongeur à la retraite continue d’endosser les traits du même type de personnages film après film dans une branche du cinéma d’action de série B que plusieurs croyaient depuis longtemps révolue. Et il le fait surtout avec une vigueur qui, quoi que l’on puisse en penser, demeure tout ce qu’il y a de plus louable. L’acteur aura ainsi permis au cinéma de gros bras des années 80 et 90 de demeurer en vie après que ses principales têtes d’affiche se soient toutes progressivement éloignées des projecteurs, ne suscitant plus assez l’intérêt du grand public pour pouvoir prendre part à des productions de premier plan. Nous savons évidemment toujours à quoi nous attendre lorsque nous entamons le visionnement d’un film mettant en vedette Jason Statham - sa filmographie aura toujours au moins cela de réconfortante. Si les projets du Britannique ne se révèlent jamais suffisamment étoffés pour rejoindre les oeuvres les plus marquantes du genre, ceux-ci s’offrent néanmoins à nous comme une occasion de marquer une pause, de par leurs scénarios simplets mis en images d’une manière juste assez compétente nous demandant de ne pas trop réfléchir tandis que la star fait de même, brisant des membres et faisant feu sur des voyous comme un gamin jouant aux cowboys et aux indiens pour notre plaisir le plus singulier. Une telle formule vient, certes, avec une date d’expiration. Mais ce jour n’est pas encore arrivé…

Le présent Safe de Boaz Yakin (titre résumant parfaitement tous les objectifs devant être atteints par le protagoniste) cherche lui aussi à capitaliser sur un certain sentiment de nostalgie en évoquant ces films policiers qui se déroulaient dans le New York crade, décadent et corrompu de l’ère pré-Giuliani. Nous y retrouverons le peu subtilement nommé Luke Wright (Statham) tandis que ce dernier vivra les moments les plus difficiles de son existence. Tout sera alors mis en oeuvre par le réalisateur pour que nous soyons immédiatement sympathiques à la cause de ce gaillard qui, après avoir saboté un combat arrangé, verra sa femme être assassinée par la mafia russe, qui lui laissera la vie sauve et le lourd fardeau de ne plus pouvoir se lier à personne de peur de les voir mourir à leur tour. Évidemment, Luke est également un ex-policier qui abandonna le service après avoir pris conscience de toute la corruption qui y régnait. Alors qu’il sera bien déterminé à mettre fin à ses jours, notre héros en piteux état apercevra soudainement une jeune fille vraisemblablement poursuivie par les mêmes malfrats responsables de ses malheurs. En vaillant défenseur de l’ordre, Luke lui portera secours et se retrouvera aussitôt au milieu d’une guerre impliquant brigands russes et chinois, policiers véreux et même le bureau du maire, eux qui sembleront tous bien déterminés à mettre la main sur la jeune fille. C’est que celle-ci est évidemment une génie des chiffres à qui l’on demanda de mémoriser un code ouvrant un coffre fort dans lequel se trouvent une petite fortune et des informations valant à elles seules leur pesant d’or.

Safe récupère ainsi cette bonne vieille intrigue suivant les péripéties d’un duo formé d’un héros dont les heures de gloire sont définitivement derrière lui et d’un enfant en danger d’une manière n’étant évidemment pas sans rappeler le beaucoup moins stimulant Mercury Rising d’Harold Becker, l’autisme en moins. Le tout dans un mélange apprêté d’une façon beaucoup plus relevée, mais engendrant également un lot beaucoup plus imposant de clichés. La dynamique du film de Yakin s’articule du coup entièrement autour de l’idée de ces deux individus se retrouvant seuls au milieu d’un univers extrêmement hostile - rappelant à plusieurs égards celui du western - dans lequel ils finiront par se sauver mutuellement. L’un d’une manière beaucoup plus littérale, l’autre en voyant cet heureux hasard lui redonner une raison de vivre et une chance de défendre de nouveau une noble cause comme il était payé pour le faire il n’y a pas si longtemps. Ce qui suivra est en soi symptomatique du parcours du policier déchu cherchant à retrouver son honneur, lui qui fera tout pour protéger la vie de la jeune fille tout en faisant le ménage dans la ville par la même occasion, se jouant sournoisement des différentes factions à ses trousses pour les amener à s’éliminer entre elles. Il n’y aura d’ailleurs pratiquement rien à l’épreuve du héros une fois que celui-ci aura retrouvé ses esprits, lui dont la rage et la soif de justice résonneront à chaque fois qu’il appuiera furieusement sur la gâchette. Les méthodes on ne peut plus classiques du protagoniste reflèteront ainsi celles du cinéaste, qui plongera dans cet univers extrêmement manichéen en assumant pleinement chacun de ses élans.

Yakin jouera d’ailleurs sur cette impression d’invincibilité en fin de parcours alors qu’il désamorcera ce qui s’annonçait comme un violent combat à mains nues entre le personnage de Statham et un mystérieux individu tirant les ficelles en haut lieu. Le tout d’une manière faisant directement écho à l’une des séquences d’anthologie du Raiders of the Lost Ark de Steven Spielberg. Yakin jouera aussi continuellement sur cette notion devant déterminer qui a le plus à perdre dans toute cette histoire, et surtout qui est prêt à tout risquer pour arriver à ses fins. S’il ne s’agit pas du meilleur effort auquel il ait pris part au cours des dernières années, Jason Statham s’acquitte néanmoins parfaitement de sa tâche dans la peau de ce héros à toute épreuve auquel le scénario de Yakin aura su conférer un côté un peu plus humain. Le sixième long métrage de l’Américain souffre certainement de quelques problèmes sur le plan narratif, notamment au niveau de la division du récit alors que près du tiers du film est consacré aux interminables flashbacks composant la situation de départ. Safe peut également paraître un peu trop rigide à première vue, ne faisant preuve de relâchement et d’autodérision que dans la façon excessive dont il met en scène les artifices comme les mécanismes les plus élémentaires de son récit. Le tout dans un ensemble que nous ne pouvons évidemment d’aucune façon associer aux termes « finesse » et « subtilité ». Ainsi, Safe propose exactement ce à quoi nous pouvions nous attendre, soit une intrigue juste assez fonctionnelle rehaussée par quelques séquences d’action satisfaisantes et la présence d’un Jason Statham livrant toujours la marchandise dans un tel contexte.
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Critique publiée le 26 avril 2012.