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Goon (2011)
Michael Dowse

Le chant du cygne du bagarreur

Par Jean-François Vandeuren
Comme le font régulièrement les Américains pour le baseball, le football et le basketball, une poignée de cinéastes québécois et canadiens auront bien essayé au cours des dernières années de ramener le hockey au coeur du cinéma d’ici. Dans la belle province, l’initiative aura malheureusement pris la forme du risible Lance et compte de Frédérik D’Amours et du tout aussi exécrable Pour toujours les Canadiens de Sylvain Archambault. Les choses n’auront guère été plus reluisantes du côté du Canada anglais alors que le douteux Score: A Hockey Musical de Michael McGowan et le peu emballant Breakaway de Robert Lieberman (D3: The Mighty Ducks) n’auront su proposer ce que le public espère réellement d’une comédie sportive. Devant l’ampleur de l’échec, le Montréalais Jay Baruchel et son acolyte Evan Goldberg (qui cosigna les scénarios de Superbad, Pineapple Express et The Green Hornet) auront répliqué en adaptant le livre Goon: The True Story of an Unlikely Journey into Minor League Hockey d’Adam Frattasio et Doug Smith. Le duo aura ainsi ramené à l’écran ce qui aura fait le succès du Slap Shot de George Roy Hill, soit la violence, quelques séquences de jeu enlevantes, et surtout cette bonne dose d’humour vulgaire émanant généralement d’un vestiaire où règnent la bêtise et la testostérone. De leur côté, les traducteurs québécois ne pouvaient évidemment pas passer à côté de l’occasion d’enrichir la production de notre joual pour sa version française. Si Goon s’avère certainement le film de hockey gras débordant de moments désopilants que nous attendions depuis des lustres, le cinquième long métrage de Michael Dowse se révèle aussi suffisamment substantiel pour tenir la route jusqu’à la fin.

Baruchel et Goldberg auront évidemment bien choisi leur moment pour nous proposer une comédie sportive où les bagarres sont à l’honneur alors que la Ligue Nationale de Hockey est affligée depuis déjà plusieurs saisons par le dossier brûlant des commotions cérébrales. De sorte qu’un réel débat de société aura fini par se créer autour de la violence dans cette discipline en particulier, certains allant même jusqu’à affirmer que les combats devraient être tout simplement abolis désormais. C’est l’ascension de l’un de ces bagarreurs de profession que suit le film de Michael Dowse. Responsable de la sécurité dans un bar de bas étage, Doug Glatt (Seann William Scott) semblait n’avoir qu’un avenir très limité devant lui. Ce dernier attirera toutefois l’attention d’une organisation semi-professionnelle après avoir donné une sévère correction à un joueur qui tentait de s’en prendre à son ami Pat (Baruchel), un passionné animant une émission poubelle portant sur le hockey sur le web. Sachant à peine patiner, mais possédant une tête dure comme le roc et des poings d’acier, Glatt fera son petit bonhomme de chemin jusqu’à ce qu’une formation d’une ligue supérieure réclame ses services afin de protéger son joueur étoile Xavier Laflamme (Marc-André Grondin). Ce dernier n’est plus l’ombre de lui-même depuis qu’il a subi une sévère commotion cérébrale à la suite d’un contact brutal avec le légendaire Ross Rhea (Liev Schreiber). La rencontre entre les deux nouveaux coéquipiers - et colocataires - sera toutefois loin d’être amicale alors que Glatt se butera au tempérament désagréable au possible de Laflamme, dont les insuccès sur la glace auront fini par chambouler complètement la vie personnelle.

Évidemment, l’essence même de Goon repose avant tout sur le personnage de bagarreur au grand coeur qu’incarne Seann William Scott avec toute la fougue et la candeur désirées, proposant ainsi un portrait assez différent de celui que se fait généralement le public de ce genre d’athlètes. Les affrontements entre ces pugilistes sur patins ne seront donc pas le résultat de l’échauffement entre deux esprits agressifs, mais plutôt de l’appel du devoir, de la volonté d’envoyer un message à l’adversaire pour permettre aux meilleurs éléments de l’équipe de jouer librement. À cet égard, les deux scénaristes auront eu l’excellente idée de recréer l’un des moments les plus connus de la carrière de Georges Laraque (qui, ici, campe pour ainsi dire son propre rôle), lui qui invitera cordialement Glatt à jeter les gants et qui saluera tout aussi poliment son effort après coup. Le duo passera également par l’importance accordée par Doug à l’emblème de sa nouvelle formation pour intégrer au récit l’inévitable question de l’importance de l’esprit d’équipe, lui qui défendra avec fierté ses coéquipiers comme le « prestige » de son organisation soir après soir. Des liens unissant les joueurs sur la patinoire comme à l’extérieur que devront, comme à l’habitude, retisser cet ensemble de personnages aussi douteux que colorés - remplissant tous leur mandat sur le plan de la vulgarité - s’ils désirent accéder aux séries de fin de saison. Dowse maintiendra cet équilibre essentiel à ce type de productions entre la grande efficacité comique des dialogues et les gags de nature plus physique, faisant également preuve de savoir-faire et d’une étonnante ingéniosité dans la mise en scène des séquences de sport, canalisant parfaitement l’esprit du film.

Goon ne cherche évidemment pas à évoquer par l’entremise de sa prémisse une situation sociale beaucoup plus significative comme avait pu le faire George Roy Hill et Nancy Dowd avec Slap Shot, dans lequel le hockey se retrouvait autant à l’avant-plan qu’il représentait une facette immobile d’une société en pleine évolution. Mais comme le film de 1977, celui de Dowse aborde d’une manière assez similaire les mêmes thématiques de violence dans le sport en faisant bien attention de ne jamais en faire une glorification excessive ou d’offrir une voix à ses détracteurs. Le portrait que dresse Goon s’avère du coup celui d’un aspect du jeu dont la forme aura passablement changé au cours des dernières années, lui qui n’a définitivement plus le même impact qu’auparavant. Ainsi, au-delà du reflet d’un sujet chaud de l’actualité sportive, Baruchel et Goldberg auront surtout signé un scénario respirant la passion pour tout ce qui touche de près ou de loin au monde du hockey sur glace. Le trio aura également pu compter sur une distribution livrant allègrement la marchandise aux côtés de Seann William Scott, en particulier un Marc-André Grondin prenant visiblement un malin plaisir à jouer les athlètes déchus et un Liev Schreiber imposant le respect dans la peau d’un fauteur de trouble auquel le film confèrera pratiquement une aura de parrain. Il n’y a étrangement que le personnage inutilement grossier incarné par Baruchel dont nous aurions très bien pu nous passer. Autrement, Goon aura su reprendre avec enthousiasme la formule ayant fait le succès des plus récentes comédies destinées à un public mature et à l’imprégner de l’univers du hockey semi-professionnel en capitalisant sur tous les éléments qu’implique celui-ci dans l’imaginaire collectif nord-américain.
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Critique publiée le 24 février 2012.