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D3: The Mighty Ducks (1996)
Robert Lieberman

La fin des jeux d'enfants

Par Jean-François Vandeuren
Le fait qu’une série comme The Mighty Ducks soit destinée à un public assez jeune remet évidemment en question l’utilité comme la pertinence d’aborder celle-ci à partir d’un regard adulte. Mais quoi que l’on puisse en penser, la réalité, c’est qu’il existe d’excellents films pour enfants comme il y en a d’autres absolument médiocres. D’un côté, les oeuvres de qualité sauront résister à l’épreuve du temps pour se laisser redécouvrir plusieurs années plus tard par un public chez qui elles réussiront à susciter le même émerveillement, et ce, même si celui-ci sera désormais composé de grandes personnes. De l’autre, le vieillissement finira par laisser paraître le caractère éphémère et souvent niais des productions les plus faibles, qui auront été élaborées dans le simple but de stimuler les sens des bambins pendant environ une heure et demie, en plus de les prendre généralement pour de vulgaires imbéciles. Inutile de préciser avec laquelle de ces deux catégories auront flirté la plupart du temps les deux premiers volets de la série imaginée par Steven Brill qui, comme nous pouvions nous y attendre, auront connu un franc succès malgré tout. De sorte que le scénariste aura pu se permettre d’étirer la sauce pour la création d’un troisième et ultime épisode, lequel s’avère souvent décisif dans ce genre de marchés alors que la majorité ne rencontre habituellement plus les exigences d’un auditoire qui aura fini par passer à autre chose depuis le temps. Une notion que Brill semble avoir étonnamment assimilée et dont il se servira ici pour orchestrer un dernier tour de piste beaucoup plus « mature » venant réparer plusieurs gaffes qui, à bien des égards, auront coulé les deux opus précédents.

Le scénariste ne signe évidemment pas une oeuvre d’un grand raffinement avec D3: The Mighty Ducks, continuant d’intégrer à son récit une quantité astronomique d’éléments burlesques produisant rarement les effets escomptés. L’arrivée de Jim Burnstein à l’écriture semble néanmoins avoir permis à Brill de porter un regard un peu plus critique sur le développement de l’histoire, comme sa collaboration avec un certain Judd Apatow l’année précédente sur Heavy Weights (toujours pour le compte de Disney) l’aura peut-être inspiré à tempérer davantage ses élans. Ceci étant dit, la progression de la franchise repose essentiellement ici sur celle de ses personnages, qui en étaient alors au milieu de leur adolescence. D3: The Mighty Ducks s’immiscera du coup dans cette période de grands changements avec toute la dextérité qu’on lui connaît. Pour Charlie Conway (Joshua Jackson) et les Ducks, celle-ci sera d’abord marquée par l’obtention d’une bourse d’étude sportive dans une prestigieuse école privée et par le départ de leur entraîneur Gordon Bombay (Emilio Estevez), qui aura obtenu un poste à la direction des jeux juniors dont sa formation était ressortie championne deux ans plus tôt. Un nouveau coach qui n’entend pas à rire prendra donc la relève, bien déterminé à faire des Ducks (devenus les Warriors) de vrais joueurs de hockey en introduisant une facette du jeu dont ces derniers n’avaient visiblement jamais entendu parler auparavant : la défense. Le tout tandis que Brill, qui sera sûrement devenu très riche après tous les services qu’il aura rendus au studio américain, continuera de s’en prendre à la classe bourgeoise, incarnée ici par l’équipe de hockey senior du collège, dont les membres s’acharneront dès le départ sur le cas des nouveaux venus (issus pour la plupart de milieux moins favorisés).

Une telle évolution aura évidemment un impact direct sur la mise en scène des séquences de sport qui, si elles ne s’avèrent guère mieux orchestrées, font néanmoins part d’une volonté d’offrir un portrait beaucoup plus complet du jeu. Ce sera particulièrement le cas lors de cet ultime affrontement entre les formations junior et senior, au cours duquel la défensive sera à l’honneur alors que les Ducks passeront la quasi-totalité de la partie dans leur territoire et que le tableau indicateur affichera le maigre score de 1 à 0 à la fin de la rencontre. Pour le reste, Brill aura façonné son écriture à partir du même canevas auquel la franchise comme le genre nous ont depuis longtemps habitués. Les méthodes du scénariste et du réalisateur Robert Lieberman n’ont ainsi toujours rien de très subtiles - nous n’aurons aucune difficulté à deviner le dénouement des différentes sous-intrigues avant même que celles-ci n’aient été entièrement intégrées à l’histoire. Mais contrairement à ses prédécesseurs, D3: The Mighty Ducks fera part de ses intentions d’une manière beaucoup plus adroite, à défaut d’être toujours inspirante. L’ensemble sera également marqué par la volonté de Brill et Lieberman de faire place à la « nouveauté » tout en continuant de pousser - parfois jusqu’à l’usure - l'utilisation d’éléments présents depuis les débuts de la série. Le tout culminera sur cette idée que pour la franchise comme ses jeunes personnages, il était définitivement temps de passer aux choses sérieuses. Une pensée que soulignera d’une manière tout aussi prononcée la trame sonore de J.A.C. Redford, dont les envolées épiques et les chants d’opéra apporteront enfin une dimension un peu plus sérieuse à cet univers.

Ce troisième et dernier chapitre tourne donc entièrement autour de cette nécessité de devoir quitter le monde de l’enfance afin de préparer progressivement son passage vers l’âge adulte. Une évolution qui impliquera inévitablement ici l’arrivée des premiers amours et le départ d’un être qui aura joué un rôle capital dans la progression du groupe d’athlètes, comme celui d’un mentor sans qui ils devront désormais apprendre à voler de leurs propres ailes. Mais avant de pouvoir y parvenir, le film de Robert Lieberman mettra tout en oeuvre pour faire comprendre à son jeune auditoire que rien n’est encore joué. Pour ce faire, Brill fera de Charlie Conway son nouveau protagoniste, lui qui devra regagner son « C » de capitaine, ira de plusieurs prises de bec avec son nouvel entraîneur qu’il juge trop sévère, et flirtera même avec l’idée d’abandonner l’école et d’attendre d’avoir l’âge nécessaire pour intégrer le programme de hockey junior canadien. Bref, une crise d’adolescence tout ce qu’il y a de plus classique! C’est à ce moment que resurgira finalement Gordon Bombay, en bonne figure paternelle, afin de lui faire reconsidérer ses choix et de lui faire prendre conscience de la situation dans son ensemble afin que ce dernier pense et agisse finalement en jeune adulte et non comme un gamin. Brill et Lieberman offriront tout de même une petite victoire toute disneyenne - c'est le cas de le dire - à leur personnage alors qu’ils lui permettront de poursuivre sa carrière dans le bon vieil uniforme des Ducks auquel il est si attaché. Après tant d’obstination, nous n’oserons toutefois pas imaginer la crise de ce dernier s’il venait à être échangé un jour dans les rangs professionnels…
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Critique publiée le 22 février 2012.