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X-Men: Apocalypse (2016)
Bryan Singer

Éviter la catastrophe

Par Alexandre Fontaine Rousseau
Pour ce que ça vaut, X-Men : Apocalypse est un bien meilleur film de dieux d’Égypte que Gods of Egypt. C’est aussi, fait plus étonnant, le moins bordélique des films de super-héros parus jusqu’à ce jour en 2016. Après un Batman v Superman : Dawn of Justice carrément chaotique ainsi qu’un Captain America : Civil War franchement éparpillé, le film de Bryan Singer se démarque avantageusement par sa relative cohérence — qui relève presque, dans le contexte actuel, d’une élégante forme de classicisme. Dans une moindre mesure, Apocalypse souffre évidemment des mêmes problèmes que Dawn of Justice et Civil War : il compte plus de personnages que ce qu’un film normalement constitué ne peut contenir et doit composer avec les attentes de plus en plus complexes d’une industrie qui ne génère plus des séries mais bien des franchises. Mais hormis quelques apparitions qui relèvent plus du fan service que d’une quelconque logique dramaturgique, l’ensemble arrive malgré tout à conserver son intégrité — ce qui est d’autant plus étonnant que la franchise X-Men est, depuis longtemps, la plus tourmentée des sagas cinématographiques hollywoodiennes.
 
À plusieurs égards, X-Men : Apocalypse doit toujours composer avec l’héritage empoisonné des ratages spectaculaires que furent le médiocre X-Men : The Last Stand (2006) de Brett Ratner ainsi que le catastrophique X-Men Origins : Wolverine (2009) de Gavin Hood. L’espèce de remise à zéro effectuée avec la conclusion de X-Men : Days of Future Past (2014) a bien sûr éliminé certaines des incohérences dont souffrait une chronologie particulièrement tortueuse, mais elle n’effacera jamais totalement le souvenir de cet effondrement cataclysmique qui a bien failli couler définitivement la série. Singer se permet d’ailleurs un clin d’œil amusant à la situation, lorsqu’il initie entre ses personnages un dialogue au sujet de la place qu’occupe Return of the Jedi dans la trilogie Star Wars : on peut privilégier le récit fondateur ou au contraire lui préférer sa suite, plus sombre et plus complexe, mais le volet final d’une trilogie en demeure inévitablement le maillon faible. Le commentaire pourrait sans doute s’appliquer à X-Men : Apocalypse, inférieur aux X-Men : First Class (2011) et Days of Future Past qui l’ont précédé. Mais le constat serait néanmoins un peu dur.
 
Multipliant les références aux années 1980 ainsi qu’aux derniers jours de la guerre froide, autour de laquelle s’est articulée la trilogie qu’il forme avec ses deux prédécesseurs, Apocalypse relève habilement le pari d’ancrer son récit dans un contexte historique et culturel précis. Nightcrawler (Kodi Smith-McPhee) porte la même veste que Michael Jackson dans le vidéoclip de Thriller, tandis qu’Angel (Ben Hardy) se transforme en Archangel au son du Countess Bathory de Venom. C’est presque assez pour nous faire oublier une direction artistique qui, fidèle à son habitude, frôle le ridicule : le pauvre Oscar Isaac doit composer avec un maquillage qui mine sérieusement sa crédibilité en tant que demi-dieu menaçant, tandis que les costumes dont sont affublés nos mutants préférés ont à peine évolué depuis leur première apparition au grand écran, il y a de cela seize ans. Étrangement figée dans le temps, l’esthétique générale de la franchise a désespérément besoin d’être rafraichie. Mais Singer s’en affranchit tout de même, dirigeant son film avec autrement plus de flair et d’inspiration que les frères Joe et Anthony Russo — dont la mise en scène télévisuelle semble de plus en plus vouloir servir de mètre étalon aux productions des studios Marvel.
 
Malgré tout, X-Men : Apocalypse souffre d’un certain épuisement bien tangible. La meilleure scène du film, après tout, n’est essentiellement qu’une reprise du plus beau moment de cinéma de Days of the Future Past : Quicksilver (Evan Peters) nous refait ainsi le coup du ralenti interminable, se déplaçant cette fois-ci avec grâce sur l’air synthétique du Sweet Dreams (Are Made of This) de Eurythmics. Il s’inscrit par le fait même entièrement dans la continuité du film précédent de Singer, évitant la catastrophe que semblait annoncer une série de bandes-annonces particulièrement peu prometteuses mais s’assumant plus que jamais comme étant une simple « suite » — un film engendré par un autre film qui sert surtout à en engendrer d’autres. Apocalypse, en ce sens, ne s’adresse finalement qu’à un seul et unique public : celui qui s’intéresse encore au sort de ses personnages, à l’évolution de cette mythologie qui les abrite ainsi qu’à la progression d’un récit qui fonctionne plus que jamais de manière essentiellement épisodique. À cet égard, le film s’avère bel et bien un pur produit de son époque — bien qu’il s’amuse à en évoquer une autre où, mine de rien, le blockbuster hollywoodien était moins rigoureusement formaté qu’il ne l’est aujourd’hui.
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Critique publiée le 4 juin 2016.