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Men in Black III (2012)
Barry Sonnenfeld

Perdu dans le temps

Par Jean-François Vandeuren
La logique suivie par les grands studios lors de la mise en chantier de la suite d’un film à succès peut parfois être assez difficile à saisir. Évidemment, mis à part lorsqu’on parle d’une franchise planifiée en plusieurs volets à la base - quoique même encore là - l’exercice ne se résume trop souvent qu’à une entreprise commerciale édifiée dans l’unique but d’engendrer un maximum de profits à partir de l’exploitation (abusive) d’une propriété intellectuelle ayant plus ou moins fait ses preuves auprès du grand public. Un phénomène donnant encore lieu à des productions que personne n’espérait et dont peu espéraient réellement la concrétisation, pour une raison ou pour une autre. Il s’agit parfois de savoir si l’heure de gloire d’une série n’est pas tout simplement passée. C’est ce que nous pourrions croire, par exemple, d’une série comme Men in Black, dont les deux premiers volets auront, certes, connu un succès considérable aux guichets, mais qui semble désormais appartenir beaucoup plus au passé qu’au présent. Ce qui nous amène à nous questionner sur les motivations comme la nécessité de ce troisième épisode, en particulier après un second chapitre somme toute raté, alors que sa principale tête d’affiche (Will Smith plus que Tommy Lee Jones) ne jouit plus lui non plus de la même popularité qu’il y a dix ans. Et pourtant, certains producteurs croient que la franchise a encore les reins assez solides pour affronter les grosses pointures du moment au coeur d’une saison estivale déjà passablement chargée à Hollywood. Disons qu’on ne parle pas tout à fait ici d’un pari sans risque…

Il sera d’ailleurs clair dès ce prologue assez peu engageant - au cours duquel nous assisterons à l’évasion d’une prison à sécurité maximale située sur la Lune du dangereux Boris « The Animal » (Jemaine Clement) - que la formule défendue par Men in Black III n’a pas changé d’un poil. Même lors de notre retour sur Terre, nous constaterons très rapidement que la direction artistique comme le niveau d’humour - quelque peu décalés par rapport aux standards d’aujourd’hui - seront eux aussi demeurés identiques. Comme s’ils étaient bien conscients de leur retard sur la concurrence, les artisans derrière le présent spectacle auront décidé de jouer mollement la carte du voyage dans le temps comme l’avaient fait ceux derrière la série Austin Powers - franchise humoristique ayant vu le jour la même année que Men in Black - pour le deuxième opus paru en 1999. L’agent J (Smith) devra donc voyager jusqu’en juillet 1969, à l’aube de la mission lunaire, pour empêcher l’assassinat de l’agent K (Jones) - et la destruction de la Terre dans le temps présent par la même occasion. Le parcours demeure encore là le même que celui des deux premiers épisodes alors qu’il sera fortement question de l’apprivoisement entre les deux partenaires - l’agent J de 2012 et l’agent K de 1969 (interprété par un Josh Brolin particulièrement efficace) - qui devront de nouveau apprendre à se faire confiance. Il s’en suivra comme à l’habitude une enquête truffée de rencontres avec des êtres venus des quatre coins de l’univers à l’apparence toujours aussi distinctive et marqué par l’utilisation de technologies inusitées auxquelles les artisans du film auront évidemment donné une certaine saveur rétro.

C’est définitivement à partir de ce retour dans le passé que Men in Black III prendra véritablement son envol, après un départ plutôt médiocre qui nous aura vite fait redouter le pire. Un stratagème qui permettra à Barry Sonnenfeld et son équipe d’explorer un univers spatiotemporel très populaire par les temps qui courent en raison du succès de la série télévisée Mad Men et de modifier le registre référentiel de la série par la même occasion. Sans atteindre des sommets vertigineux, Men in Black III fait néanmoins un usage assez distrayant d’une prémisse éculée, même si celle-ci suggère une paresse créatrice plus qu’un désir de réellement relancer la franchise dans une nouvelle direction. Mais dans cette production où tout a visiblement été pris à la légère, de l’intrigue simpliste aux effets spéciaux ne faisant plus le poids, les principaux impliqués laissent tout de même paraître le plaisir évident qu’ils ont eu à réintégrer cet univers filmique. L’initiative atteint d’ailleurs la cible à l’occasion avec quelques gags particulièrement réussis tournant immanquablement autour du clash générationnel, notamment en ce qui a trait à la situation peu enviable des personnes de race noire ayant vécu au coeur de l’Amérique des années 60, en plus d’une visite tout aussi cocasse dans la célèbre Factory d’Andy Warhol. Autrement, nous avons encore droit à une autre intrigue dont nos héros sortiront vainqueurs sans trop de difficulté. Une situation dont l’équipe de scénaristes semblera d’ailleurs se moquer alors que la prise d’une simple pointe de tarte sera suffisante pour permettre cet éclair de génie nécessaire à la progression du duo, eux qui pourront d’autant plus compter sur la clairvoyance d’un voyageur de l’espace - le personnage le plus intéressant du lot - ayant déjà tous les scénarios possibles en tête.

Le film de Barry Sonnenfeld parvient à faire fi - jusqu'à un certain point - de sa récupération peu inventive d’un scénario écrit à l’avance grâce à quelques idées assez intéressantes venant alimenter un parcours, certes, divertissant, mais aucunement mémorable. Men in Black III propose ainsi quelques élans comiques suffisamment efficaces dans un ensemble où l’humour n’est cependant pas toujours très relevé, ne se contentant encore trop souvent que de nous donner une autre bouffée de gags ayant déjà été surutilisés dans les efforts précédents - tel découvrir sous quelles célébrités se cacheraient en fait de petits hommes verts. Personne ne s’est donc cassé la tête outre mesure et le spectateur aura lui-même l’impression d’effectuer un voyage dans le temps en se retrouvant face à cette machinerie dont bien des rouages auraient dû être remplacés. L’absence d’un antagoniste un tant soit peu menaçant ne fera rien non plus pour donner davantage de poids aux enjeux dramatiques d’un film déjà assez pauvre en émotions fortes qui, malgré l’urgence de la situation, ne nous importent peu au final. Au lieu de cela, nous aurons droit à un méchant de service à peine esquissé devenant subitement hors de lui à chaque fois que quelqu’un ose l’appeler par son surnom, tel un Marty McFly qui, pour sa part, laissait son égo prendre le dessus lorsqu’on le traitait de mauviette. En tout et partout, Men in Black III ne possède définitivement plus l’effet de surprise que pouvait proposer la première adaptation de la bande dessinée de Lowell Cunningham, mais réussit tout de même à se tenir loin des bas-fonds sondés il y a dix ans par le deuxième épisode. C’est au moins ça…
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Critique publiée le 25 mai 2012.