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Woman in Black, The (2012)
James Watkins

La maison de tous les cauchemars

Par Laurence H. Collin
Signaler l’adhérence aux clichés dont fait preuve The Woman in Black relèverait de l’évidence même. Nous avons affaire ici à une oeuvre qui ne les accumule pas autant qu’elle choisit de s’en assembler de façon quasi intégrale. La décrier pour une telle raison serait cependant rater la coche; en tant que troisième tentative de rallumer le flambeau de la maison de production Hammer Films suite à l’insuccès commercial de ses Let Me In et The Resident, The Woman in Black représente l’édition du trio arborant le plus distinctement son héritage. La familiarité ne s’impose donc pas uniquement comme penchant justifiable, mais en quelque sorte indispensable. Se mettrait-on à dos un énième Friday the 13th car il s’acharne d’abord à étaler les méthodes d’empalement dernier cri signées Jason Voorhees? Allons donc. On aurait beau lister tout le contenu du répertoire « à ne pas faire », la seule offense capitale qu’une production de la tranchée puisse commettre est celle de faire tourner les pouces à son spectateur.

Atterrissant au beau milieu d’une ère où les meilleurs dividendes viennent généralement avec le minimalisme branché pour capturer toute activité paranormale, le film de James Watkins constitue en soi un triomphe mineur. À l’opposé des domiciles anonymes censés évoquer le vôtre comme le mien, le théâtre des horreurs de The Woman in Black est tapissé des emblèmes de l’esthétique gothique victorienne.  Et il fait plaisir de rapporter que la grâce et l’assurance avec laquelle le tableau est dépeint ne laisse guère transparaître la charge d’effort monstrueuse que requiert sa création. Manoir condamné, marécages brumeux, corridors poussiéreux, planchers craquants, spectres blafards aux yeux cendrés… nous n’en sommes qu’au début. La palme d’or du kitsch gothique revient certainement à l’usage de jouets effrayants; cette peuplade de poupées, peluches, figurines louches et tutti quanti se terre non seulement dans les recoins de pratiquement chaque composition, mais a aussi droit à sa quantité d’inserts frisant le ridicule.

Ce ridicule, lui toujours à proximité, n’est pourtant jamais complètement déballé. D’abord, parce que Watkins et ses collaborateurs s’investissent avec une telle sincérité dans de tels concepts usés à la corde que l’on en vient à se remémorer ce qui put les rendre populaires en premier lieu. Ensuite, parce qu’au coeur de The Woman in Black se retrouve une histoire bien humaine : sans vouloir trop en révéler vue la minceur relative de l’intrigue, celle-ci tourne autour d’Arthur Kipps (Daniel Radcliffe), jeune avocat endeuillé depuis le décès de sa femme à la naissance de leur fils. Quittant son petit le temps d’un contrat de paperasse dans un village anglais éloigné, il sera témoin de manifestations aussi inquiétantes qu’inexplicables à son arrivée, particulièrement durant son séjour dans l’immense résidence abandonnée portant le nom d’Eel Marsh.

Le dernier facteur prévenant le ridicule de prendre le dessus revient à l’efficacité presque oppressante de la mise en scène. The Woman in Black fait peur; le film prend un élan considérable au cours d’une séquence de quelques vingt minutes exemptée de réels dialogues durant laquelle  les frayeurs  s’enchaînent avec la régularité d’un métronome. Une joute qui s’avère, certes, tapageuse, aux ponctuations aussi répétitives que prévisibles. Ses contrecoups ne s’en retrouvent pas dilués pour autant. Lorsque Watkins ordonne « sursautez! », nous le faisons tous, puis rions à l’unisson par la facilité avec laquelle nous sommes tombés dans le panneau. La clé d’une telle réussite se trouve dans le fait que le réalisateur rit toujours à nos côtés, et non en pointant du doigt.

Il est pertinent de mentionner que le scénario de Jane Goldman (X-Men: First Class, Kick-Ass), lui basé sur un texte de la romancière britannique Susan Hill, est loin d’être la première interprétation du récit. D’abord adapté au théâtre - la pièce part encore à ce jour en tournée de façon régulière -, puis ayant inspiré un téléfilm diffusé en 1989, The Woman in Black est une histoire de fantôme d’un classicisme que l’on dirait réconfortant si elle ne donnait pas autant la chair de poule. « Classique », elle l’est par son approche à la structure narrative s’appuyant beaucoup sur la découverte du folklore local, mais aussi dans sa façon de ne pas faussement tenter de rationaliser les circonstances assurément surnaturelles. En 2012, il est inévitable qu’une démonstration ne s’arrêtant jamais pour faire de pose sceptique ou de clin d’oeil à son audience en laisse une bonne partie de marbre. Ceux qui embarqueront dans le manège, cependant, ne voudront pas redescendre avant d’avoir pu profiter de chaque seconde de montée, de vrilles, puis de chute libre. Exception faite d’une résolution trop molle et fleur bleue pour succéder à toutes les sueurs froides l’ayant précédée, même les incrédules ne pourront reprocher la simplicité gagnante dans l’exécution.

Le cinéma d’épouvante détient le pouvoir de marquer au fer rouge des images dérangeantes dans la conscience de son spectateur, mais il ne lui est pas nécessairement moins honorable de simplement vouloir jouer au diable à ressort. The Woman in Black, à en juger par son généreux emprunt au catalogue « greatest hits » de la maison hantée, ne se vautre dans aucune présomption d’horreur psychologique ou de relecture des codes du genre. À l’image des productions de la Hammer, son point de départ est de peupler de beaux décors avec de bons acteurs - la contribution de l’authentique (bien qu’occasionnellement incertain) Radcliffe laissant d’ailleurs une impression moins vive que celle de Ciarán Hinds et Janet McTeer. The Woman in Black, projet jumelant déjà bonne foi et normes de production supérieures, exécute donc son coup de poing circulaire en parvenant à garder le suspense et l’intérêt à son plus haut niveau du début à la fin.
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Critique publiée le 7 février 2012.