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Isle of Dogs (2018)
Wes Anderson

I Love Dogs

Par Claire Valade
Plusieurs accusent Wes Anderson de toujours faire le même film [1]. D’une œuvre à l’autre, son style inimitable est toujours au rendez-vous — instantanément identifiable, tout en compositions ciselées et en tableaux ultra-détaillés, ultra-encadrés, tant par leur direction artistique que par leur inspiration rétro, d’une précision maniaque et d’une maîtrise toujours plus audacieuse dans le rendu, l’absence de sentimentalité qui imprègne tous ses films et le détachement qui l’accompagne. Ses thèmes de prédilection viennent aussi toujours faire leur petit tour de piste — abandon, anti-héros et perdants magnifiques, rapports familiaux dysfonctionnels, marginalité, nostalgie, résistance aux conventions, rébellion, anticonformisme, errance (physique, mentale). Le plaisir, aussi, est bien là : celui du cinéma et de la pure beauté plastique des images autant que celui de l’invention, de l’imagination, du questionnement artistique. S’il est juste que Wes Anderson fait toujours un peu le même film, ce n’est bien sûr jamais qu’à moitié vrai… À preuve, ce nouveau long métrage d’animation, Isle of Dogs, qui démontre plus que jamais l’intelligence du réalisateur américain dans la réinvention.

Toutes ses préoccupations et ses tics visuels y sont, effectivement, pleinement déployés — y compris la facture méthodique ultra-léchée, le ton mi-amer empreint de mélancolie et la structure très littéraire, en parties distinctes annoncées par titres de chapitres. Mais, curieusement, alors que l’irrésistible bande annonce laissait présager une autre fable brillante, pleine de charme et de fantaisie comme Fantastic Mr. Fox, sa précédente incursion dans le monde de l’animation image par image, Isle of Dogs se révèle aussi beaucoup plus que cela, tant sur le plan thématique et visuel que sur le plan du récit, lesquels tendent pour la première fois dans l’univers andersonien à offrir ce qu’on pourrait comprendre comme une réflexion — un commentaire même, oui, absolument ! — sur notre monde actuel. Ludique ? Toujours. Mais aussi résolument lucide et même mordant.

Sur le plan visuel, les couleurs, habituellement vibrantes de jaunes et d’orangers chaleureux et de bleus éclatants, sont pour la première fois singulièrement atténuées, quasi-monochromes même. Anderson donne plutôt ici dans les noirs et les gris, les bruns et les beiges, réservant ses teintes de prédilection à quelques touches plus vives qu’il parsème ici et là — ceintures de sécurité rouges, morceaux de sushis roses préparés avec soin, mur de classe jaune, estampe orange de samouraï sur le mur d’une glissade de parc d’attraction. L’écrin ainsi créé se prête parfaitement à un récit ancré dans un univers qui, bien que visiblement imaginaire et futuriste en plus d’être des plus concrètement fabriqué à la main, s’avère aussi paradoxalement plus réaliste que ce à quoi la plupart des films du cinéaste nous ont habitués.

Bien sûr, les films de Wes Anderson ont toujours été plus complexes qu’ils n’y paraissent de prime abord, ne serait-ce que dans l’exploration des relations familiales et interpersonnelles ou dans leurs fréquentes préoccupations existentielles morbides (la mort plane souvent sur les films d’Anderson). Pourtant, ils sont toujours restés résolument apolitiques, centrés sur des enjeux essentiellement émotionnels et intellectuels touchant l’intime et le particulier. Aujourd’hui, sans affirmer qu’Isle of Dogs est un véritable brûlot contestataire anticapitaliste, antitrumpien ou anti-establishment — loin de là ! — il faut reconnaître que le film semble tout de même rompre pour la première fois avec cette tradition de distanciation sociopolitique andersonienne brevetée. Et c’est tant mieux, puisqu’Anderson nous livre là l’un de ses meilleurs films — brillant, percutant, émouvant et d’une pertinence aussi étonnante que redoutable dans son « message » pour la société occidentale actuelle. Rien de moins. En prime ? Il évoque et revisite aussi dans Isle of Dogs la plupart de ses œuvres précédentes, avec une subtilité et une cohérence tout à fait exemplaires. Réaliser toujours le même film ET se réinventer simultanément ? Ça prenait bien Wes Anderson pour y arriver !

Première forme d’évocation revisitée : la plus évidente, Fantastic Mr. Fox. Plongeant à nouveau pour la première fois depuis ce film dans l’animation image par image, Anderson convainc sans difficulté que cette technique est décidément faite pour lui, véritable manipulateur maniaque d’images et d’histoires, qui peut ainsi donner libre cours à la création et à la manipulation matérielle de ses personnages et des moindres aspects de son récit. On aurait pu croire, au moment de son premier tour de piste avec cette technique, après une série d’œuvres résolument adultes (aussi fantaisistes étaient-elles), que l’auteur cinématographique sérieux qu’il était pouvait être mal assorti à l’animation d’un livre pour enfants. Anderson aimant surprendre, Fantastic Mr. Fox s’était avéré l’un de ses films les plus forts et les plus profonds, les pantins animés de cette merveilleuse ménagerie, tout comme le récit de Roald Dahl, étant parfaitement assortis aux préoccupations narratives et thématiques du cinéaste comme à son approche cinématographique des plus façonnées et ouvragées. Reprenant donc l’animation image par image qui l’a si bien servi précédemment, Anderson se surpasse avec Isle of Dogs, donnant vie à une multitude de chiens tous plus extraordinaires les uns que les autres parce que tous dotés, incroyablement, d’une personnalité qui leur est propre. Et si la meute constituée de Chief, Rex, King, Boss et Duke se distingue particulièrement du lot (on y reviendra), il n’oublie pas non plus ses personnages humains, qu’il caractérise avec une application comique et amusée, mais aussi une nouvelle finesse qui s’éloigne des traits volontairement grossis des trois fermiers de Fantastic Mr. Fox (sauf dans le cas du maire Kobayashi et de son sinistre bras droit, tous deux volontairement grotesques).

Découpé aussi minutieusement et mis en scène aussi méticuleusement que ses films tournés en prise de vues réelle Isle of Dogs est filmé avec la même attention aux cadrages et à la lumière, alternant séquences en plans éloignées pour établir le champ d’action, gros plans des protagonistes pour saisir leurs moindres expressions et inserts d’objets illustrant de façon dramatique les points marqués par les dialogues. La lumière blafarde diffuse qui baigne Trash Island est justifiée par les ciels de nuages littéralement cotonneux, grisâtres et laiteux, qui surplombent l’île, les moments enveloppés de lumière chaude se faisant beaucoup plus rares. Ainsi, malgré l’évidence du soin remarquable déployé à créer de toutes pièces cet univers unique, il apparaît très vite clairement que c’est justement ce souci de fabrication qui donne à cet univers de carton pâte toute sa crédibilité — et même son réalisme ! Chaque objet abandonné au dépotoir de Trash Island a sa personnalité, des bouteilles de sauce soya reproduites de versions réelles, jusqu’aux vers blancs qui grouillent encore parmi les burgers jetés et les fruits pourris — sans oublier les chiens, bien sûr, qui débordent de personnalité depuis la couleur et la texture de leur pelage, jusqu’à la forme de leurs médailles et de leurs colliers qui nous révèlent leurs noms.

Anderson ne s’appuie pas uniquement sur ses décors pleins de vraisemblance ni sur les marionnettes qui les habitent, aussi magiquement confectionnées soient-elles, pour bâtir le caractère de sa meute, mais aussi sur le talent de ses formidables comédiens. Deuxième forme d’évocation revisitée : Anderson retrouve dans Isle of Dogs une grande partie de sa famille cinématographique, y compris Bill Murray, Jeff Goldblum, Bob Balaban et Edward Norton qui donnent leur voix et leur individualité instantanément reconnaissables aux chiens Boss, Duke, King et Rex, respectivement. Mais le réalisateur s’allie aussi à quelques nouveaux venus particulièrement bien choisis, dont Liev Schreiber et Scarlett Johansson, qui imprègnent de leur fort tempérament Spot le gardien de sécurité recyclé en père de famille et Nutmeg la magnifique égérie issue de concours canins. Voilà donc une autre marque du cinéma andersonien bien en évidence : entourer les habitués de nouveaux joueurs solides, en soutien, et, surtout, leur donner en nouveau chef de file un acteur absolument redoutable et inédit dans son œuvre. S’il pouvait compter sur Ralph Fiennes dans Grand Budapest Hotel, Bruce Willis dans Moonrise Kingdom, George Clooney dans Fantastic Mr. Fox et Gene Hackman dans The Royal Tenenbaums, il mise ici sur Bryan Cranston qui lui donne en Chief un meneur récalcitrant d’une « humanité » pleine de contradictions et de défauts, plus convaincante que celle de bien des humains.

Sa bande de chiens ainsi campée de façon idéale, Anderson a maintenant besoin d’en canaliser les énergies. Il complète donc son groupe de révolutionnaires canins en herbe par deux humains qui agiront comme moteurs narratifs, propulsant les chiens dans leur plus grande aventure en tirant les ficelles du récit chacun de leur côté : sur Trash Island, Atari, le jeune héro japonais, défie toute sa société (et même son propre oncle) pour retrouver son chien adoré exilé, et, depuis Megasaki, Tracy Walker, la jeune étrangère américaine, mène la charge contre le maire corrompu de la ville avec l’équipe de son journal étudiant. Voilà la troisième forme d’évocation revisitée : avec leurs alliés canins, Atari et Tracy Walker rejoignent tous deux parfaitement tous les Mr. Fox, Royal Tenenbaum et Max Fischer, tous ces ingénieux rebelles, ces « sauvages assagis » parmi les plus mémorables et les mieux articulés de la filmographie de Wes Anderson.

En cela, ils rejoignent aussi les thèmes de la fuite et de la quête, matières exploratoires fétiches du cinéaste, de Rushmore à Moonrise Kingdom, mais aussi plus concrètement des fuites et des quêtes de nombre de ses personnages emblématiques, plus intimement liées que jamais dans Isle of Dogs. Sont cousines de la quête-fuite d’Atari (fuite de Megasaki et de l’oncle affreux, quête du chien et de l’attachement perdus) : la quête de l’équipe de Steve Zissou pour venger l’ami disparu ; la quête d’identité des trois frères voyageurs de Darjeeling Limited en mal de rapprochement familial ; la fuite des jeunes amoureux de Moonrise Kingdom défiant l’ordre établi ; la quête d’appartenance de presque tous les personnages andersoniens, finalement, et tout spécialement la quête d’appartenance filiale. Comme Ned dans The Life Aquatic, comme les frères de Darjeeling Limited, comme Zero dans The Grand Budapest Hotel, Atari est orphelin. De plus, bien qu’Atari ait été pris en charge par son oncle horrible, le manque d’empathie de ce dernier et la maladresse des rapports familiaux qui lient celui-ci à Atari rapprochent aussi le belliqueux maire Kobayashi et son malheureux neveu des neurasthéniques enfants Tenenbaum et de leur père, Royal, joueur, menteur, égocentrique, négligeant (bien que Royal dispose du charme rédempteur de Gene Hackman, ce qui n’est vraiment pas le cas, avouons-le, du maire Kobayashi ; en revanche, celui-ci n’est pas non plus au centre du récit comme l’était Royal).

Père absent, unique modèle paternel plus que déficient, mélancolie familiale, on est bien en territoire andersonien. Mais si Atari veut venger la perte de son chien, et aussi par là le sort de tous les autres abandonnés à tort sur Trash Island, c’est parce qu’il cherche aussi à retrouver les liens fraternels profonds qui l’unissait à Spot, qui, faut-il le souligner, le comprenait réellement grâce à l’appareil de décodage de langage dont on l’avait doté. Atari et Spot forme un microcosme familial. C’est une fois sur Trash Island, au fil de son périple avec la meute, en apprivoisant le farouche Chief (qui s’avère parent avec Spot !) et en retrouvant Spot (qui vient lui-même de fonder sa propre famille), qu’Atari élargit sa quête de justice à l’ensemble des laissés-pour-compte canins de l’île, soutenu sans le deviner encore à Megasaki par Tracy Walker et ses actions pro-science, anti-Kobayashi. De personnelle, affective et humanitaire, la principale quête au cœur du récit a donc tôt fait de devenir altruiste, rationnelle et humaniste, motivée par un profond désir de justice sociale. Et voici enfin en quoi Isle of Dogs bascule véritablement dans la réinvention, abordant clairement pour la première fois chez Anderson des enjeux moraux et politiques bien réels et bien contemporains.

Sans rien nier du côté divertissant de sa fabuleuse fable, le réalisateur ouvre ainsi également pour la première fois une fenêtre sur sa vision du monde d’aujourd’hui et ses convictions personnelles. Il l’a d’ailleurs déclaré dans plusieurs entrevues, en amont de la sortie du film, les profonds changements sociaux et politiques qui s’opéraient dans le monde pendant toute la période de création du film n’ont pas pu faire autrement que d’en influencer le ton et la facture. Le scénario, lui, abordait déjà à la base des idées qu’on pourrait qualifier de plus radicales qu’à ce que l’univers andersonien nous avait habitués jusqu’ici : l’intolérance, la discrimination, la corruption politique, l’éthique pharmacologique, les idéologies anti-science et anti-faits, la culture de la peur, les fausses nouvelles même, puisque le redoutable maire Kobayashi s’appuie sur des fabulations et des rumeurs génératrices de frayeurs pour se débarrasser de tous ces chiens qui le gênent.

Alternant scènes sur Trash Island et à Megasaki, Anderson utilise les quêtes de ses anti-héros pour exposer et dénoncer, dans une métaphore d’une transparence et d’une limpidité quasi-surprenantes, tous ces nouveaux thèmes d’actualité, sans pour autant rien sacrifier à la subtilité de l’univers imaginaire en déploiement. Sur Trash Island, les scènes s’enchaînent d’un dépotoir à l’autre, illustrant toutes les diverses catégories de déchets produits en quantité titanesque par les êtres humains. À la première étape, là où Atari écrase son monoplace, les protagonistes piétinent des montagnes de détritus domestiques, de la nourriture aux vêtements aux babioles de toutes sortes, premier échelon de la chaîne de surconsommation. Puis une fois sur la route vers Spot, Atari et ses compagnons traversent d’autres types de décharges, preuves tout aussi éloquentes d’une certaine indifférence humaine à la surproduction : champs laissés à l’abandon et redevenus en friches, bâtiments et parc d’attraction désertés dont les ruines rouillées et empoussiérées créent une impression de cité fantôme, puis enfin lugubre ancien laboratoire pharmacologique expérimental évacué depuis des lunes.

Vidé de ses chercheurs, le laboratoire est toujours peuplé des chiens-cobayes depuis longtemps oubliés et restés là, laissés à eux-mêmes, déformés, transformés, pelés, squameux, pouilleux — et Anderson ne ménage guère ses marionnettes pour illustrer leur degré d’abandon. Néanmoins, la meute s’avère d’une résilience à toute épreuve, s’étant organisée en petite société soudée, une famille presque, dont les membres se soutiennent les uns les autres envers et contre tous. Accueillant Atari et ses guides parmi eux, ils le défendent aussi contre le terrible escadron de chiens robots et de militaires/mercenaires regorgeant de gadgets offensifs à la fine pointe. Cet affrontement entre chiens de chair et chiens de métal fait bien sourire, évidemment, mais il pointe aussi clairement le déséquilibre des moyens déployés pour courir après un garçon de 11 ans et des chiens mal en point — déséquilibre effarant retrouvé tous les jours dans les actualités de notre planète malade, entre autres dans les démonstrations pacifiques violentées par des forces anti-émeutes démesurées ou encore dans tout le mouvement américain Black Lives Matter. Par ses actions sur Trash Island, Atari dénonce l’intolérance et la discrimination qu’ont subit les chiens, mais fait aussi éclater au grand jour la peur et les faussetés véhiculés à leur sujet par le maire Kobayashi et ses sbires en démontrant que leur maladie ne valait pas une déportation en masse.

À Megasaki, la lutte de Tracy Walker et de ses acolytes contre le maire explore l’autre facette des thèmes abordés sur Trash Island, à commencer par la corruption. Anderson s’intéresse aussi minutieusement à l’enquête de l’intrépide étudiante qu’au périple d’Atari à travers l’île, montrant les tableaux de correspondances de faits, les bureaux du journal étudiant, les postes de piratage informatique avec le même souci du détail visuel. Il donne aussi à sa jeune étudiante américaine une verve et une précision dans le monologue accusateur que ses personnages n’ont jamais vraiment eu auparavant. Parallèlement aux actions de celle-ci, il expose également le travail des scientifiques qui poursuivent la recherche de l’antidote à la fièvre canine, malgré le blocage et les menaces politiques, dénonçant clairement l’actuel courant anti-science, anti-érudition, discours repris éventuellement par Tracy Walker et sa bande lorsqu’elle découvre le pot aux roses au cours de son investigation. Si l’on se demande brièvement pourquoi cette dénonciation devait venir d’une étrangère à la terre niponne (appropriation culturelle ? pensée colonialiste déplacée ?), on comprend bien vite que Tracy Walker ne fait que donner voix à une révolte bel et bien menée par un citoyen japonais, Atari. Ensemble, ils forment les deux pôles de cette charge contre la peur, le mensonge et le nivellement par le bas — à un bout, le garçon mené par son cœur ; à l’autre, la jeune fille menée par sa tête. Pour réussir, leur rébellion doit foncer des deux côtés. Mais Anderson reconnaît aussi que, sans le soutien des chiens, cette rébellion n’aurait eu aucune chance de réussir — après tout, c’est leur histoire qu’il raconte, une histoire des plus fictives, il ne faudrait pas l’oublier.

Ainsi, ultimement, même après avoir lancé fort intelligemment une série de cris d’alarme qu’on n’aurait jamais cru voir surgir un jour dans ses films, il reste qu’Anderson est un fabuliste d’abord et avant tout. Le triomphe suprême d’Atari, de Tracy Walker et des chiens sur le maire corrompu est donc total : Kobayashi reconnaît publiquement ses torts et demande pardon à son neveu, celui-ci devient maire à sa place et redonne toute sa légitimité à une déontologie scientifique qui a permis la découverte de l’antidote. Les chiens sont rapatriés et soignés. Les actions de Tracy Walker et de ses compagnons journalistes sont récompensées. Un Chief complètement réhabilité prend le relai de Spot, le sacrifié, aux côtés d’Atari. Les règles de la fable l’emportent sur la critique sociopolitique et tout est bien qui finit — relativement… — bien. Et c’est tant mieux. Dans un monde où Donald Trump dirige les destinées des États-Unis, c’est une bonne chose qu’un peu de fantaisie laisse miroiter une lueur d’espoir et rappelle qu’il peut arriver, parfois, à la raison de l’emporter sur l’ignorance crasse, obstinée et délirante. Pour un peu qu’on ne craint pas de monter aux barricades et de crier « non » aux injustices, sans jamais arrêter de rêver. Wes Anderson, semble-t-il, l’a bien compris.



[1] Merci à une facebookeuse dont j’oublie le nom d’avoir signalé la similitude de prononciation entre le titre du film et la phrase anglaise « I love dogs ». Bien sûr, le film d’Anderson est une ode au meilleur ami de l’homme, ce qu’on pourrait d’ailleurs trouver singulier chez lui puisqu’il a régulièrement mis en scène des chiens dans ses films, de façon toujours mémorable, mais généralement malheureuse — de l’infortuné beagle Buckley dans The Royal Tenenbaums, qui finit sous les roues de la décapotable d’Eli Cash, au fox terrier Snoopy de Moonrise Kingdom, empalé d’une flèche perdue, en passant par le chien à trois pattes abandonné par les pirates de The Life Aquatic with Steve Zissou. Cette curieuse obsession canine a d’ailleurs produit un excellent et fort divertissant article du New Yorker, qu’on peut lire ici. Avec Isle of Dogs, Anderson fait enfin douter ses détracteurs. Comment alors aurait-on pu nommer cet article autrement ?
 
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Critique publiée le 17 avril 2018.