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Good Day to Die Hard, A (2013)
John Moore

Tel père, tel fils

Par Jean-François Vandeuren
La production d’un nouvel épisode d’une série vieillissante constitue toujours un exercice risqué, et ce, autant sur le plan créatif que financier. Il y a évidemment le risque de ne pas arriver à satisfaire les attentes des amateurs comme celui de ternir la réputation d’une propriété intellectuelle qui, jusque-là, avait su éviter la plupart des faux pas qu’elle était susceptible de rencontrer. Certes, de telles craintes surgissent généralement déjà lorsqu’on parle de la mise en chantier d’un deuxième opus. Imaginez maintenant ce qu’il en est lorsqu’une franchise s’apprête à entamer son cinquième tour de piste… Le cas de la série Die Hard est d’autant plus curieux, car celle-ci se sera parfois éloignée dangereusement de son essence lorsqu’elle n’était pas supervisée par John McTiernan, qui en aura assurément signé les deux épisodes les plus accomplis - et deux des films d’action les plus stimulants des vingt-cinq dernières années de surcroît. Mais en 2013, la seule raison de ramener ce bon vieux John McClane (Bruce Willis) à l’écran ne peut être que mercantile. Car le cinéma d’action hollywoodien a changé, tout comme les exigences des spectateurs à son égard. Il faut dire que la 20th Century Fox n’aura certainement pas mis les meilleurs hommes sur le coup pour tenter de raviver l’intérêt du public pour le personnage, confiant le scénario du présent A Good Day to Die Hard à Skip Woods (responsable des piètres Hitman et X-Men Origins: Wolverine) et sa mise en scène à John Moore (qui, pour sa part, n’avait rien réalisé depuis le tout aussi peu emballant Max Payne de 2008).

Dans un tel contexte, les options qui s’offraient à Moore et Woods qui pourraient leur permettre d’offrir un produit un tant soit peu pertinent et digne d’intérêt étaient soit de s’adapter au courant tout en faisant suffisamment de compromis pour ne pas dénaturer la recette originale, soit de jouer plus ouvertement la carte de l’autodérision - comme avait su le faire Sylvester Stallone avec son Rocky Balboa, par exemple. Ainsi, A Good Day to Die Hard soulignera d’entrée de jeu que son héros n’est définitivement plus dans la fleur de l’âge. Pour compenser, le présent exercice misera rapidement sur la relation houleuse entre le protagoniste et son fils afin d’instaurer une dynamique similaire à celle qu’exploitait Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull, autre entreprise peu concluante qui aura malheureusement saboté le retour d’un personnage mythique du cinéma populaire après plusieurs années d’inactivité. Nous retrouverons donc John McClane tandis que ce dernier se rendra en Russie pour tenter de sortir son fils Jack (Jai Courtney) du pétrin. Le détective newyorkais découvrira alors que sa progéniture travaille en fait pour la CIA, ayant reçu pour mission d’assurer l’extradition d’un prisonnier politique (Sebastian Koch) qui posséderait des informations compromettantes sur un important homme d’état. Chose qui sera toutefois beaucoup plus facile à dire qu’à faire puisque ce dernier pourra compter sur une poignée d’hommes de main armés jusqu’aux dents pour retrouver la trace du détenu en liberté et des documents en question. Les deux hommes de loi devront dès lors laisser leurs différends familiaux de côté et apprendre à travailler en équipe s’ils désirent avoir une chance de se sortir vivants d’un tel bourbier.

L’idée derrière l’intrigue type d’un épisode de la série Die Hard a toujours été d’en placer le personnage principal au milieu d’une situation périlleuse à laquelle il était contraint de remédier. Dans les deux premiers volets, ce dernier était d’autant plus confiné à l’intérieur d’un lieu restreint avec pour motivation première de sauver la vie de sa belle Holly. McTiernan sera ensuite parvenu à amplifier la formule de belle façon lors du troisième opus en emprisonnant son héros dans les fils d’une toile minutieusement tissée par un antagoniste en quête de vengeance, mais au coeur d’un environnement beaucoup plus vaste. Des obstacles et des enjeux dont nous ressentirons ni l’urgence ni le poids des conséquences dans le film de John Moore qui, comme nous pouvions le redouter, aurait très bien pu n’être associé à aucune franchise, la présence de McClane ne servant au final qu’à renforcer l’intérêt que nous pouvons porter à pareille proposition. Ainsi, au-delà de simplement accomplir leur mission en abattant tous les méchants se trouvant en travers de leur chemin, aucun facteur de tension ne viendra augmenter la mise, lequel était alimenté autrefois par les risques de dommages collatéraux et de pertes de vies innocentes. Nous ne serons ainsi confrontés qu’au parcours de deux héros devant sortir l’artillerie lourde pour tenter de faire régner la justice dans un récit aussi convenu et générique que nous pouvons l’imaginer. Le scénariste cherchera bien à renforcer l’identité de ses écrits en recopiant pauvrement certains des éléments les plus marquants des épisodes précédents, qu’il s’agisse d’un revirement de situation engendré par la révélation des réels intentions d’un personnage, de l’évasion d’un prisonnier politique, du cambriolage d’une voute, de la chute mortelle de l’antagoniste du haut d’un toit, etc.

Il est évidemment on ne peut plus clair que les individus responsables de ce cinquième long métrage auront misé avant tout sur la testostérone en n’attachant guère d’importance aux rouages de l’intrigue - comme en témoigne, d’ailleurs, la durée relativement courte du présent exercice -, ne se contentant trop souvent que de passer bêtement d’une scène d’action à une autre sans tenter d’ajouter un peu de chair autour de l’os. À cet égard, Moore livre tout de même la marchandise alors que quelques séquences à grand déploiement se révèlent particulièrement efficace, on pense à cette poursuite à l’origine de dommages matériels pour le moins imposants et à ce dernier affrontement où l’irrévérence aux limites du je-m’en-foutisme des deux héros sera célébrée en grand. Malheureusement, trop souvent l’humour du film passera par la livraison de répliques aussi faciles que répétitives - combien de fois entendrons-nous McClane clamer qu’il est en vacances - par un Bruce Willis n’habitant pas son personnage le plus iconique avec autant de verve qu’autrefois. Moore et Woods ne parvient donc au final qu’à repousser les limites d’un concept déjà on ne peut plus manichéen en soi en croyant que de concentrer leurs énergies à mettre en scène un spectacle de démolition serait suffisant pour camoufler les lacunes d’un scénario élaboré en vitesse et sans une once d’imagination. Si cette recherche d’adrénaline mène bien à quelques moments forts qui donneront raison au duo sur le coup, l’effet se révèle au bout du compte bien éphémère, séparant un Die Hard premier du nom ayant prouvé depuis longtemps sa longévité de ce cinquième film qui, malgré quelques prouesses techniques impressionnantes, risque de sombrer rapidement dans l’oubli.
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Critique publiée le 16 février 2013.