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Chasing Mavericks (2012)
Michael Apted et Curtis Hanson

Exercice d'endurance

Par Jean-François Vandeuren
Chasing Mavericks est le genre de productions sur lesquels les nouveaux venus à Hollywood ou les cinéastes sans signature se font généralement la main sans trop (se) poser de questions. Un drame inspirant - et étiqueté du sceau « basé sur une histoire vraie », de surcroît - rapportant l’histoire d’un jeune prodige du surf désirant s’attaquer aux plus hautes vagues de la côte ouest américaine était en soi l’occasion rêvée pour de tels fabricants d’images de présenter une autre version ô combien poignante du bon vieux récit initiatique tout en ayant l’opportunité de tourner quelques séquences d’exploits sportifs particulièrement enlevantes. Ce sont étrangement les vieux routiers Curtis Hanson et Michael Apted que nous retrouvons à la barre du présent exercice. Une collaboration aussi surprenante qu’inattendue doublant le nombre d’interrogations qui nous seraient tout de même venues en tête si un seul des deux hommes s’était retrouvé sur la chaise du réalisateur. Il s’agit d’ailleurs d’un autre choix de projet plutôt discutable pour Hanson qui, après avoir signé coup sur coup trois films (L.A. Confidential, Wonder Boys et 8 Mile) qui l’auront propulsé sous les feux de la rampe, n’aura livré depuis que deux comédies totalement oubliables. Nous concevons déjà mieux la présence d’Apted, plus habitué de toucher un peu à tout et d’orchestrer des scènes plus imposantes visuellement, lui qui nous aura donner, notamment, la dernière adaptation de The Chronicles of Narnia en plus du médiocre The World Is Not Enough. Une telle rencontre se sera-t-elle avérée salvatrice pour les deux cinéastes, menant à des résultats s’élevant ne serait-ce que minimalement au-dessus des standards assez faibles auxquels nous expose habituellement ce type d’entreprises?

Malheureusement non. À pratiquement tous les égards, Chasing Mavericks se révèle être exactement le drame on ne peut plus générique auquel nous pouvions nous attendre. Mais autant le présent produit s’avère totalement dépourvu de surprises, l’ensemble fait néanmoins part de certaines compétences, ne serait-ce que dans la façon dont cette formule éculée aura pu être un tant soit peu rehaussée grâce aux prouesses inhérentes à l’univers exploré cette fois-ci. Chasing Mavericks revient ainsi sur les faits d’armes de Jay Moriarty (Jonny Weston) et le chemin qu’il aura dû parcourir devenir une figure dominante de sa discipline. Ayant été initié très tôt au surf par son voisin Frosty (Gerard Butler), une légende locale du sport, le jeune homme suivra ce dernier un matin tandis qu’il se rendra sur une côte où les vagues peuvent atteindre des hauteurs que la plupart des amateurs ne croyaient qu’être un mythe. Frosty acceptera ensuite d’entraîner Jay afin que celui-ci puisse être en mesure d’affronter l’un de ces monstres liquides d’ici douze semaines. Car si Jay se veut un surfeur hors pair dans des conditions normales, le jeu est évidemment totalement différent lorsqu’un athlète est confronté à une masse d’eau pouvant être fatale si celui-ci est mal préparé. Un entraînement des plus vigoureux ayant pour but de rendre Jay aussi solide que le roque, et ce, aussi bien sur le plan physique qu’humain et psychologique. Cette relation entre un élève et son maître se transformera au fil du temps en une grande amitié unissant deux hommes qui ne l’auront pas toujours eu facile alors que Frosty s’imposera de plus en plus comme la figure paternelle que l’adolescent n’a jamais eu.

Les deux réalisateurs auront évidemment évacué de leurs méthodes toutes notions de subtilité pour ce qui est de la mise en relief de la quête de Jay au-delà de celle de faire face à ces vagues immenses n’entendant pas se laisser conquérir aussi facilement. Parallèlement, le protagoniste apprendra à faire face aux différents défis et obstacles que la vie mettra sur sa route, entre une mère monoparentale avec laquelle les rôles sont souvent inversés, des amis décidant de prendre leur existence un peu plus à la légère comme si rien n’importait vraiment, un amour demeuré silencieux et ce dur à cuire du quartier semblant prendre un malin plaisir à tourner les actions de Jay en dérision pour aucune raison apparente. Bref, un parcours déjà bien garni de drames de différentes natures face auxquels le jeune homme devra garder la tête froide et se discipliner pour continuer d’avancer en ligne droite, et ce, autant afin de performer en tant qu’athlète que pour demeurer un individu respectable. Autant de conflits et de leçons de vie se chevauchant d’une manière si irrégulière que certaines finiront inévitablement par sembler accessoires, ne faisant que rendre encore plus banal un récit qui était déjà traité de la façon la plus mécanique et prévisible qui soit. Le tout alourdissant considérablement un film déjà beaucoup trop long en soi. Plusieurs sous-intrigues sembleront d’ailleurs s’intégrer à l’ensemble de manière forcée, par simple souci de respecter les conventions d’un schéma prédéfini ne possédant ni la finesse ni la dextérité que nous pouvions retrouver dans les meilleurs élans de Curtis Hanson.

Chasing Mavericks ne se révèle guère plus concluant sur le plan de l’interprétation. Outre un Gerard Butler en pleine possession de ses moyens, les nouveaux visages peuplant la distribution laissent trop souvent paraître leur manque d’expérience, les empêchant du coup d’habiter leurs personnages et de conduire une scène d’une manière qui soit toujours convaincante. La réalisation on ne peut plus routinière du duo Hanson-Apted n’est également d’aucun secours pour tenter de faire oublier certaines de ces lacunes, les deux maîtres d’oeuvre ne se contentant que de mettre en images de façon professionnelle, mais jamais audacieuse, le scénario tout aussi peu inspiré de Kario Salem. Mais face à un effort qui, en un tout, demeure terriblement moyen, nous devons tout de même reconnaître ces quelques rares occasions où l’expérience des deux cinéastes finit par porter fruit, menant à des moments où tous les éléments sembleront soudainement s’emboîter pour créer des résultats réellement sentis et/ou spectaculaires. Ce sera particulièrement le cas en fin de parcours lors de cette longue séquence où Jay sera finalement confronté au défi pour lequel il aura si durement travaillé, laquelle donnera bien quelques frissons au spectateur en quête d’émotions fortes. Il faut dire que le réel problème de Chasing Mavericks n’est pas qu’il s’agisse d’un film désagréable à visionner en soi. Mais même dans un créneau où les histoires se ressemblent à peu près toutes, nous aurions difficilement pu imaginer production plus anonyme et condamner à sombrer rapidement dans l’oubli.
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Critique publiée le 30 octobre 2012.