VOL. 5 NO. 21-22
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Paranormal Activity 4 (2012)
Henry Joost et Ariel Schulman

Attractions technologiques

Par Ariel Esteban Cayer
Que le temps passe vite. Voilà déjà cinq ans que Paranormal Activity popularisait le cinéma dit « found footage » au grand écran en plus de dévoiler Oren Peli, producteur nous ayant offert depuis la brève expérimentation télévisuelle que fut The River (2011-12), le médiocre Chernobyl Diaries et le très attendu Lords of Salem de Rob Zombie. Après un premier film au succès retentissant (un budget estimé de 15 000 dollars pour des recettes de plus de 193 millions), il ne faut pas se surprendre d’assister maintenant à la période de prospérité d’une franchise qui en rappellera bien d’autres. Ce n’est pas un secret : le cinéma d’horreur entretient un long historique de répétition. Que l’on se penche sur les montres classiques de la Universal, les nombreux slashers des années 80 ou les élans postmodernes des années 90 (de Scream à I Know What You Did Last Summer), il est facile de constater à travers ces grandes lignes que Paranormal Activity comble un espace que la malheureuse saga Saw laissa vacant à la fin de la dernière décennie. Transformé en rituel annuel comme tant de films de cycles précédents, le nouveau volet de Paranormal Activity est donc devenu tradition pour une poignée de cinéphiles dont l’enthousiasme oscille entre ironie et plaisir réel. Car si place il y a à remplir, cette franchise le fait très bien.

Dans l’illusoire univers « réel » que Paranormal Activity nous propose de 2007, le temps passe tout aussi vite. Voilà déjà cinq ans que Katie kidnappait Hunter à la fin de Paranormal Activity 2. Après une brève escale dans le passé avec un troisième volet se déroulant en 1988 et qui surprenait par l’inventivité de sa mise en scène signée Ariel Schulman et Henry Joost (Catfish), nous voilà de retour à la trame principale. Cinq années se sont écoulées, mais les choses ont-elles réellement changées? Tandis que l’épisode précédent nous donnait la satisfaction d’étoffer une mythologie jusque-là gardée secrète, ce quatrième chapitre nous demande de se réinvestir dans une nouvelle famille - plus précisément dans la relation qu’entretien une jeune adolescente (Kathryn Newton) avec son copain, ses parents, son petit frère… et un jeune voisin, Robbie, qui viendra s’immiscer dans leur quotidien. Déstabilisation de perspective voulue, elle permettra au scénariste Christopher Landon (Disturbia) de reconnecter leur récit en ayant une toute nouvelle maisonnée à effrayer… et de nouveaux jouets avec lesquels jouer.

En effet, si la déconstruction du noyau familial par l’entremise de multiples technologies et gadgets que nous laissons envahir notre quotidien demeure le thème récurrent de la série, Paranormal Activity et ses suites offrent une réflexion soutenue sur le potentiel ludique, révélateur et effrayant du cadre et du cinéma lui-même. Même si le récit n’avance pas aussi vite qu’on le voudrait (il faudra revenir, bien sûr, l’année prochaine), la série demeure une habile déconstruction d’un cinéma d’horreur moderne qui, depuis quelques temps, se permet de trop en montrer. Par le flou et la fixité imposée des angles de surveillance et de caméras dissimulées, ces films nous effraient en suggérant habilement, en dissimulant et en invitant son public à scruter l’image. Un exercice audacieux et honnête auquel il faut vouloir se prêter, ne laissant aucune place au cynisme accablant, et dont les résultats s’avèrent surprenants d’efficacité. On se souviendra, par exemple, du lent et agonisant panoramique de ventilateur dans le troisième volet.

Si Joost et Schulman ne se réinventent pas totalement, de nouvelles expérimentations visuelles viennent rehausser ce quatrième film. Faisant suite à la caméra à l’épaule, aux caméras de surveillance et au format VHS, l’enregistrement de conversations via Skype est ajouté à l’arsenal de dispositifs filmiques qu’accumule la série. Joe Swanberg en traitait déjà dans son excellent segment de V/H/S (2012), The Strange Thing That Happened to Emily When She Was Younger, mais ici, l’ordinateur portable devient doublement mobile : en plus d’être déplaçable, Joost et Schulman exploitent les possibilités de mouvement vertical (dépendamment de l’angle d’ouverture de l’écran) à l’occasion d’une scène astucieusement chorégraphié mettant en images l’épée de Damoclès. De plus, l’écran d’ordinateur cadre inévitablement en plans extrêmement rapprochés; les visages obstruant toute menace potentielle et devenant outil de suspense. Et dans un désir d’innover sur le plan visuel malgré une formule rigide les campant dans une maison de banlieue (plus ou moins identique à toute celles l’ayant précédée), Joost et Schulman dotent ce nouveau (jeu) long métrage d’une seconde dimension visuelle grâce au Kinect de la console de jeu Xbox 360. En utilisant la pluie de points de références mis à nus par l’infrarouge, ils nous révèlent la présence du surnaturel et du fantomatique. Placement de produit indéniablement habile, c’est aussi un effet d’une rare beauté dans un film construit de la laideur du « réel », du refus de l’illusion cinématographique.

Paranormal Activity partage la caractéristique frappante du cinéma des premiers temps que Tom Gunning décrivait comme cinéma d’attractions : une tendance d’être majoritairement immobile (jadis par restrictions techniques, ici par pur choix esthétiques et affectifs) et une fascination pour la création d’images uniques, mémorables et dont le plaisir est purement visuel, démonstratif et exhibitionniste. La série entière fait preuve de cette obsession pour l’image et qu’il s’agisse d’une bruine de picots verdâtres autrement intangibles créés par le dernier joujou de Microsoft, d’une jeune fille flottant au dessus de son lit ou d’un couteau tombant d’un hors-champ dans lequel on n’ose s’aventurer, Paranormal Activity 4 remplit les rétines et renfloue l’imaginaire jusqu’à l’année prochaine. Parfois, c’est tout ce qui compte.
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Critique publiée le 19 octobre 2012.