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Fright Night (1985)
Tom Holland

Le nouveau voisin

Par Jean-François Vandeuren
C’est toujours la même histoire. La maison de style victorien lugubre à souhait située juste à côté de votre domicile vient à peine de se dénicher un nouveau propriétaire que la première chose que vous apprenez au sujet de ce dernier est qu’il s’agit d’un vampire assoiffé de sang ayant déjà fait quelques victimes dans les environs. Comme vous le surprendrez un jour sur le fait et tenterez par la suite de mettre votre nez dans ses affaires avec la ferme intention de faire cesser toute cette violence, le prédateur de la nuit fera à son tour tout ce qui est en son pouvoir pour vous mettre des bâtons dans les roues. Heureusement pour lui, tout le monde vous croit fou lorsque vous osez l’accuser d’être ce qu’il est. Et pourtant, vous savez que ce n’est pas votre imagination qui vous joue des tours. C’est à cette situation peu enviable que sera confronté ici Charley Brewster (William Ragsdale) lorsque le buveur de sang Jerry Dandrige (Chris Sarandon) commencera à faire des siennes dans son voisinage après avoir réussi à tromper la vigilance de tous ses résidents, si ce n’est celle du pauvre adolescent. Le tout au grand dam de sa copine Amy (Amanda Bearse) et d’un vieil ami pour le moins extravagant, pour ne pas dire carrément irritant (Stephen Geoffreys), qui estimeront que Charley a tout simplement perdu la tête. Ces derniers feront alors appel aux services de Peter Vincent (Roddy McDowall), un comédien ayant incarné un chasseur de vampires à l’écran durant de nombreuses années, afin de prouver à Charley que Jerry est un individu tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Bien entendu, l’acteur au chômage sera lui aussi rapidement confronté à l’évidence…

Fright Night s’impose en soi autant comme une anomalie dans le paysage cinématographique d’une certaine période qu’une production témoignant indirectement, mais tout à fait consciemment, des tendances de celle-ci. Le premier long métrage de Tom Holland se veut d’une certaine façon le film d’horreur que John Hughes aurait pu écrire, nous confrontant lui aussi à une jeunesse volontairement typée se trouvant dans une période d’importants changements comme d’éveil sexuel. Mais il s’agit surtout d’un exercice s’amusant follement aux dépens de sa propre désuétude, passant pour ce faire par le savoureux personnage de Peter Vincent - un croisement entre les noms des acteurs Peter Cushing et Vincent Price -, qui perdra la barre de son émission de télévision sous prétexte que le public d’aujourd’hui est désormais beaucoup plus intéressé par les maniaques sanguinaires s’affairant à terrifier une nouvelle génération de jeunes gens trop téméraires que par les monstres traditionnels. Et effectivement, Fright Night sortit au moment où les Michael Myers, Jason Voorhees et Freddy Krueger revenaient année après année sur les écrans pour y faire de nouvelles victimes. Peter Vincent sera ainsi introduit comme cette relique issue de la belle époque des films de la Hammer - auxquels l’opus de Tom Holland présente ses respects dès qu’il en a l’occasion - ayant la lourde tâche de défendre sa réputation tout comme la tradition des efforts auxquels il a participé. Son ennemi juré, lui, demeure pourtant essentiellement le même, et ce, autant en ce qui a trait à ses rituels qu’à ses forces et ses faiblesses. Évidemment conscient de n’être qu’un simple interprète, Peter devra retrouver la foi (littéralement) s’il désire jouer véritablement les héros au moins une fois dans sa vie et ainsi triompher d’un mal existant aussi dans sa réalité.

Cela explique également pourquoi Holland semblera vouloir revisiter le mythe du vampire en tenant mordicus à ne pas en altérer l’essence de quelle que façon que ce soit. En plus des inévitables pieux dans le coeur, des pouvoirs sacrés de la bonne vieille croix latine, du cercueil dans le sous-sol et de l’impossibilité pour la créature de la nuit d’entrer là où elle n’est pas invitée, le réalisateur américain orchestrera une série de séquences typiques de ce genre de récits, dont une scène d’ensorcellement particulièrement marquante où notre vampire séduira une Amy encore sur les bancs d’école sous prétexte que l’adolescente lui rappellerait une femme dont il s’amouracha il y a quelques siècles. Le tout au coeur d’une boîte de nuit vibrant au rythme des tubes new wave de l’époque. Un bal moderne où la jeune femme, comme tant d’autres avant elle, se verra tournoyer sans son partenaire dans les innombrables miroirs de l’endroit. L’ensemble est néanmoins toujours traité sous le sceau de la comédie plutôt que du film d’épouvante à proprement parler, Holland maniant les deux genres avec un enthousiasme contagieux, lui qui marchera bien évidemment ici dans les traces du An American Werewolf in London de John Landis, sans toutefois réussir à atteindre des résultats aussi mémorables. Un recours à l’autodérision qui se manifestera essentiellement dans la représentation « moderne » dudit vampire, notamment au niveau des costumes, parmi lesquels nous distinguerons un magnifique col roulé de même qu’un foulard rouge particulièrement flamboyant, tout comme dans un jeu d’ensemble paraissant souvent invraisemblable ou beaucoup trop exagéré. À l’opposé, Holland nous réserve également certains élans horrifiques tout ce qu’il y a de plus réussis, telle une séquence de métamorphose digne du film de 1981 dont la lourdeur dramatique fera particulièrement contraste avec le reste de l’effort.

Fright Night se révèle ainsi une authentique production de série B qui ne boude en aucun cas son plaisir en plus d’assumer pleinement tout le ridicule de sa mise en situation, même si son instigateur ne parvient pas toujours à éviter les problèmes de mise en scène et les défaillances scénaristiques les plus notoires du genre. Si Tom Holland nous offre, certes, une oeuvre on ne peut plus divertissante, ce premier long métrage fait néanmoins part d’un manque de rigueur souvent déconcertant au niveau de l’écriture, multipliant les situations incohérentes tout en ayant parfois tendance à tourner en rond et à étirer inutilement la sauce autour de certains éléments, ce qui n’aide évidemment pas la cause du côté plus horrifiant de l’entreprise. Mais il s’agit encore là de fautes auxquelles nous pouvions certainement appréhender et qui, si elles empêchent bien l’effort de se hisser vers des sommets plus vertigineux, ne lui font pas toucher le fond du baril pour autant. Fright Night n’est évidemment pas le spectacle le plus raffiné ou intelligent qui soit, mais il sait tout de même exactement comment satisfaire son public de prédilection, rendant ses personnages unidimensionnels au possible aussi détestables qu’attachants, aussi intrigants que foncièrement déplaisants. Le film de Tom Holland fonctionne ainsi comme un joyeux fourre-tout n’hésitant pas à s’éloigner passablement de la légèreté de sa trame narrative et dramatique pour mettre en scène une séquence beaucoup plus chargée ou qui nous laissera passablement perplexes. Si son opus ne s’avère malheureusement pas aussi mémorables que les quelques efforts auxquels il sera inévitablement comparé, Tom Holland signe néanmoins un spectacle macabre des plus amusants  en faisant preuve d’une passion et d’un courage comparables, voire parfois tout aussi dignes de mention.
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Critique publiée le 29 août 2011.
 
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Fright Night (2011)