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Cowboys & Aliens (2011)
Jon Favreau

Wild Wild West

Par Jean-François Vandeuren
Que ce soit au cinéma ou dans n’importe quel autre domaine, il y a un certain raisonnement, une certaine démarche, à laquelle l’instigateur d’un projet doit se conformer s’il désire couronner son entreprise de succès. Il ne s’agit pas forcément de règles très strictes visant à restreindre la créativité d’un individu, mais plutôt d’une logique devant simplement assurer que toutes les personnes visées et concernées y trouveront leur compte et que tout l’engouement qui aura pu se créer autour de la production soit finalement justifié. Comme par exemple, une oeuvre osant s’afficher sous le titre délicieusement ridicule de Cowboys & Aliens ne devrait jamais adopter un ton aussi sérieux que celui privilégié ici sous la tutelle de Jon Favreau. Un tel effort devrait plutôt être l’occasion pour ses créateurs de laisser libre cours à leur imagination et de présenter les machinations cinématographiques les plus farfelues et inusitées qui leur soient passées par la tête. Chose que ne font malheureusement pas le réalisateur d’Iron Man et son impressionnante équipe de scénaristes. Le présent spectacle démarre pourtant sur une note plus que convaincante alors que nous retrouvons un Daniel Craig encore habité par cette attitude froide et impitoyable acquise au cours de ses aventures sous les traits de l’agent 007 incarnant à présent un homme venant tout juste de reprendre ses esprits au milieu du désert, un étrange bracelet métallique autour du poignet et incapable de se souvenir de quoi que ce soit, si ce n’est que de l’anglais. Après avoir fait la peau à une bande de malfrats qui cherchaient les embrouilles, l’homme leur soutirera tout l’attirail de cowboy nécessaire et prendra la route de la ville la plus proche. Ce qui suivra sera toutefois beaucoup moins exaltant…

Comme nous pouvions nous y attendre, une horde de machines volantes prendra un soir d’assaut le village en question, kidnappant par la même occasion plusieurs membres de cette communauté isolée. Le lendemain, les proches des disparus, dont un ancien militaire grincheux (Harrison Ford), un barman peu utile en situation de combat (Sam Rockwell) et une jeune femme étant visiblement au fait de ce qui se trame depuis peu dans la région (Olivia Wilde), partiront avec notre cowboy amnésique à la recherche de son passé et des êtres chers. Mais plutôt que de nous faire prendre part à un voyage excitant au coeur des régions désertiques aux mille dangers de l’Ouest américain, Cowboys & Aliens nous fait plutôt subir l’ennuyant et interminable périple devant mener tout ce beau monde jusqu’au repaire des visiteurs de l’espace, dont ils devront évidemment déjouer les plans de ruée vers l’or. Cette adaptation de la bande dessinée de Scott Mitchell Rosenberg nous confronte ainsi plus souvent qu’autrement à des scènes de dialogues n’apportant aucune profondeur à l’ensemble et ne visant qu’à étirer la sauce entre chaque moment où le groupe se heurtera à un obstacle qui mettra davantage de bâtons dans les roues de leur petite expédition. Le problème, c’est que ces événements semblent se produire sous la forme de contraintes d’un scénario beaucoup trop schématisé, chacun d’entre eux étant d’autant plus orchestré avec le strict minimum d’énergie et de passion dans un récit ne réussissant jamais à adopter, et surtout à conserver, un rythme de croisière qui soit simplement engageant. Une faute de taille découlant de cette volonté étouffante de traiter la présente intrigue de la façon la plus terre à terre qui soit alors que Favreau et ses acolytes ne se contente d’enchainer sans imagination séquences d’action et de développement.

Les noms associés au projet, et ce, autant au niveau de la production que du casting, laissaient pourtant présager un divertissement beaucoup plus senti et ingénieux. À commencer par la présence de Steven Spielberg à titre de producteur qui, une fois de plus, laisse croire qu’il a perdu une bonne partie de son flair d’antan. Devant les caméras, Daniel Craig offre une performance somme toute convaincante, même si ce dernier n’a aucunement la matière nécessaire pour étoffer la personnalité de cette figure héroïque froide et détachée comme il avait su le faire si brillamment avec James Bond. Le tout tandis qu’un Harrison Ford visiblement rouillé, à l’image du reste de la distribution, ne semble prendre aucun plaisir à participer à l’exercice. Il s’avère du coup assez difficile d’avoir à coeur la cause de personnages aussi peu habités et développés. Mais le plus désolant, c’est de voir la liste on ne peut plus spectaculaire de scénaristes ayant participé à l'élaboration d’un échec aussi retentissant, soit Alex Kurtzman et Roberto Orci qui, sous la tutelle de J.J. Abrams, avaient signé la trépidante réinvention de la série Star Trek, Mark Fergus et Hawk Ostby, responsables des scénarios d’Iron Man et Children of Men, et, finalement, Damon Lindelof, l’un des auteurs de la série télévisée Lost. Il faut dire que Favreau ne fait guère mieux à la réalisation alors que le présent opus s’avère à l’opposé total de l’ambiance joviale et décontractée qu’il avait su si habilement imposer à son Iron Man. L’Américain fait ainsi part d’un manque de créativité pour le moins navrant dans sa façon de mettre cette histoire en scène, n’arrivant jamais à tirer entièrement profit de la direction photo souvent renversante de Matthew Libatique, tandis que la bande originale générique au possible d’Harry Gregson-Williams ne fait qu’ajouter à la banalité de l’ensemble.

Bref, Jon Favreau et son équipe auraient dû s’en permettre davantage avec Cowboys & Aliens et éviter de se prendre autant au sérieux, surtout dans le cadre d’une prémisse qui, aussi ridicule puisse-t-elle paraître, cachait - et cache encore - la promesse d’un spectacle simplet, mais hautement efficace. Cette recette apprêtée d’une manière des plus inexpressives se révélera d’ailleurs particulièrement problématique lorsque viendra le temps pour le cinéaste de faire des révélations d’un ridicule consommé sur l’un des personnages en s’attendant à ce que son public n’y voit pas là l’idée la plus saugrenue de mémoire récente. Et pourtant, un tel revirement de situation aurait pu passer comme un couteau dans du beurre si Favreau et ses scénaristes avaient simplement osé assumer la forme de sympathique série B de leur création. Il faut dire que le croisement des genres proposé par Cowboys & Aliens n’apporte strictement rien au western comme à la science-fiction, ne se contentant que de confondre et de suivre à la lettre les parcours les plus éculés de chaque répertoire comme s’il ne s’agissait que d’une vulgaire peinture à numéros. Nous nous retrouvons au final devant une production, certes, ambitieuse et possédant sur papier une quantité phénoménale d’attraits pour attirer un vaste public, mais qui, en pratique n’a malheureusement que très peu à offrir d’un point de vue spectaculaire comme il n’a absolument rien à dire sur les innombrables éléments constituant sa genèse. Pour un cinéaste venant tout juste d’obtenir le statut de réalisateur de productions à grand déploiement, on peut dire que Favreau aura de nouveau raté la cible après un Iron Man 2 qui souffrait bien souvent de problèmes similaires. Espérons que l’Américain arrivera de nouveau à communiquer le plaisir de mettre sur pied de telles aventures, et ce, plus tôt que tard.
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Critique publiée le 29 juillet 2011.