VOL. 5 NO. 21-22
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Hello Ghost (2010)
Young-Tak Kim

Achevez-moi!

Par Élodie François
L'histoire avait l'air sympathique, le ton semblait décalé. Or le soufflé tombe à plat après les quinze premières minutes du film, soit après l'exacerbant cabotinage de personnages qui s’attellent à nous faire comprendre que Sang-Man, le personnage principal, est le seul à voir des fantômes. Ce n'est pourtant pas comme si nous n'en avions jamais vus. Du mélodrame (Ghost) au thriller horrifique (The Sixth Sense) en passant par les comédies bien potaches (The Frighteners), le sujet hante les coulisses depuis des décennies, et ce, particulièrement en Asie. Le film de fantômes, le film d'horreur japonais par excellence, aurait bien besoin de se faire rafraîchir la coupe. Malheureusement, il ne faudra pas compter sur les blagues stupides et l'histoire démodée du coréen Kim Young-Tak. Mièvre à tous les étages, il faut chercher longuement avant de trouver un intérêt quelconque à cette triste tentative.

C'est pathologique, les mauvais films ont tendance à s'étendre sur des durées bien supérieures à ce que leurs sujets demandent. L'histoire de Hello Ghost aurait donné lieu à un intéressant court métrage si le réalisateur ne s'était pas encombré de tous ces personnages secondaires. Car Sang-Man n'est pas hanté par un fantôme, ni même par deux, mais bien par quatre spectres à qui il faudra faire plaisir à tour de rôle. Épousant la structure du film à sketch, Hello Ghost découpe son intrigue en six lourds segments particulièrement inégaux. Les première et dernière parties se chargent de la présentation et de la résolution du problème (comme de nombreux Coréens, Sang-Man est seul et suicidaire, il faudra lui trouver une famille) tandis que les quatre autres mettent en scène les désirs de ces envahissantes apparitions. Et envahissant c'est peu dire, car les fantômes, en plus de soumettre Sang-Man à leurs désirs, prennent possession de son corps pour les réaliser.

Il faut tout de même reconnaître que l'exercice n'est pas complètement raté. Et même si le comique ne fait pas mouche à chaque fois, force est d'admettre que Sang-Man fait du mieux qu'il peut pour nous divertir. Mais encore là, certains choix de mise en scène sont à revoir, notamment lorsqu'il s'agit de faire comprendre que le jeune homme est habité d'une double personnalité passagère. Le manque cruel de subtilité du scénario inflige au spectateur la punition de voir se répéter un gag qui, s'il avait été moins appuyé, aurait été assez drôle (sans être non plus hilarant). Possédé par le fantôme accro à la cigarette (parce qu'à une exception près ils sont tous réduits à une addiction : le tabac, la nourriture, les femmes), Sang-Man finit au poste de police après s'être fait arrêter sans permis de conduire au volant de la voiture que ledit fantôme lui a demandé d'acheter. En attendant que son médecin (car on le croit fou) passe le récupérer, les policiers échangent quelques mots avec Sang-Man qui, d'une phrase à une autre, change de personnalité, épousant dans sa lancée la gestuelle et les mimiques de son hôte. Pour marquer le transfert, le jeune homme se coiffe et se décoiffe dans un mouvement particulièrement grossier. Si l'effet fait sourire la première fois, à la cinquième il est des plus irritants.

Et le film accumule les clichés autant que les mauvais gags. L'intérêt amoureux (parce qu'il en faut un) repose essentiellement sur la capacité de Sang-Man a attirer l'attention de ce charmant médecin  rencontré à l'hôpital où il a séjourné après sa tentative de suicide en ouverture du film. Elle est belle, attentionnée et a, comme Sang-Man, un problème familial. Chaque sketch sera l'occasion d'une rencontre avec la demoiselle que la schizophrénie du personnage déconcerte. En bout de ligne elle confrontera le jeune homme à une question fondamentale qui, en plus de l'inciter à résoudre son problème de fantômes, le poussera à questionner les tréfonds de ce qui l'anime : mais qui est donc le vrai Sang-Man? Il n'en fallait pas plus pour que notre antihéros peu débrouillard jettent ses compagnons à la porte après s'être acquitté des tâches que ceux-ci lui avaient confiées. De nouveau seul, plus rien ne l'empêche de mettre fin à ses jours sinon le joli minois du médecin. Réalisant que la solitude n'est pas une maladie incurable et que la vie vaut peut-être la peine d'être vécue, Sang-Man débloque du même coup le douloureux passé que son esprit d'enfant avait enterré. Arrive - enfin - l'explication de ses visions. Situation courue d'avance, les étranges requêtes des fantômes servaient à lui rappeler ce qu'il avait oublié : sa famille. Apothéose du kitsch et de la mièvrerie, une longue séquence en flashback remet chaque élément du récit à sa place. On y retrouve l'appareil photo que le grand-père avait emprunté pour photographier ses petits-enfants, les jouets que l'aîné partageait avec son cadet (Sang-Man), les bons petits plats de la mère et la voiture dans laquelle cette adorable famille a péri. En plus d'avoir un passé, Sang-Man a désormais un avenir tout comme Hello Ghost qui, malgré ses imperfections a séduit l'Amérique. Décidément, rien n'arrête l'industrie.
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Critique publiée le 20 juillet 2011.