VOL. 5 NO. 21-22
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Before the Fall (2008)
Francisco Javier Gutiérrez

À quoi bon...

Par Mathieu Li-Goyette
« Après maintes tentatives de détruire un astéroïde ayant la Terre comme destination d'impact final, je regrette de vous annoncer que nous mourrons tous dans 72 heures. » De façon vulgarisée, c’est à peu près le niveau d’élégance le plus élevé que parvient à atteindre Before the Fall, film espagnol puant l’excès dans tous ses recoins. Avec comme prémisse la destruction totale de notre planète, on aurait pu espérer assister à l’étude d’une situation critique chez l’homme, à savoir l’appréhension, en société, de la fin du monde. Bien entendu, si cette situation aurait pu donner lieu à plusieurs scènes d’anarchies et de réflexions testamentaires sur notre Histoire, le cinéaste passe outre pour plutôt décider de nous y servir une transposition contemporaine de La Nuit du Chasseur. Grossière montée de suspense, le film arrive à détruire l’intérêt même de l’œuvre en indiquant d’emblée que c’est peine perdue, que le monde court à sa perte ; le tout avec le logo « game over » d’un jeu vidéo en arrière-plan. Au risque de briser certains espoirs optimistes, plusieurs trouveront utiles de savoir dès maintenant que le premier long-métrage de Gutiérrez n’est pas de ceux qui pourraient faire naître une nouvelle trilogie au cours des prochaines années. Et c’est tant mieux pour nous. Si fin définitive il est pour y avoir, autant qu’elle arrive le plus vite possible.

3 Dias (son titre original beaucoup plus juste) raconte la fuite en campagne de l’oncle Ale et de sa mère. Cherchant refuge chez son frère, il n’y trouve que ses quatre neveux et nièces laissés pour compte et anxieux du retour de leurs parents, coupés de toutes transmissions radiophoniques ou télévisuelles (et donc encore ignorants de l’Armageddon imminent). Réaction plausible à cette découverte, la mère d’Ale convainc celui-ci de ne pas informer les enfants de la situation, de les maintenir dans l’ignorance jusqu’à la fin, puisqu’à quoi bon causer une panique désespérée lorsqu’elle peut être évitée si facilement. Insouciant, alcoolique et désillusionné de la religion et de toute passion, l'oncle Ale se prête difficilement au jeu, préférant faire à sa tête et vivre ses 72 dernières heures comme bon lui semblent. Jusque-là, la division des conflits familiaux semble intéressante, la retenue des adultes face aux enfants innocents reste certes touchante et le cas de l’oncle désabusé en anti-héros du désespoir reste classique, mais efficace dans le genre.

Ce qui est on ne peut plus malheureux, c’est de voir l’écroulement lamentable de ces bonnes idées au profit d’un film à suspense inutilement exigeant et excessif dans ses mécanismes plus grands que nature. Maison des enfants initialement entourée de barbelés (un vrai camp de concentration), objets complètement délabrés, paysages désertiques; l’univers présenté est vétuste, d’une crasse considérable qui fait penser que l’apocalypse annoncée est déjà en cours. Très peu plausible dans sa direction artistique et donc dans la mise au point d’une ambiance oppressante, le clou du film consiste dans le retour d’un tueur d’enfants revenant des limbes d’une vieille prison pour venir se venger de l’homme qui l’aurait démasqué au préalable : le frère d’Ale. L’homme en question ayant disparu, le psychopathe se rabat sur ses enfants en tentant de se faire près d’eux par un siège peu captivant autour de la maison gardée par l’oncle se refusant de le tuer… avant d’avoir confimé son identité. Coup sur coup, les tentatives d’hommages lourds aux précédents classiques du « pédo-psychopathe » (M le maudit, Night of the Hunter, Cape Fear, etc.) s’enfilent sans un brin de justification. Preuve qu’il ne suffit pas d’une bonne fondation pour construire un bâtiment solide si le reste n'est pour y être que recyclé par le biais d’un plaisir beaucoup plus récréatif qu’appliqué.

Ceci étant dit, l’aspect photogénique du film est charmant, bien que rapidement répétitif. Allant de belles utilisations des contrastes bruns et orangés, l’aspect général s’envisage rouillé, corrosif, très inhospitalier, et c’est la moindre des choses. Contenant plusieurs fautes impardonnables dues à une mise en scène puérile qui n’hésite jamais à y aller de plans obliques, de zoom-ins aggressifs et d’un montage plus qu'injustifiable, Guttiérez s’avère daltonien devant la gamme de couleurs que son scénario original et des opportunités de réalisation lui auraient procurées si elles avaient été mieux développées. À perdre pied lors d’importants moments de tension, la série d’artifices trop complexes qu’il nous lance en pleine figure pour une scène déjà tendue provoque continuellement un dédain de la surenchère. En d’autres mots: c’est déjà la fin du monde, pas besoin d’en rajouter autant! Et c’est assurément ici que réside le problème principal du long-métrage: surenchère de l’image, performances inégales, tortures, musique et décors délibérément primitifs recherchant cet effet « âge de pierre » que ne parvient à effleurer finalement que les dix premières minutes du film. On se demande pourquoi donc rajouter cette fuite contre un tueur en série. Lorsque la nature se déchaîne, les humains pourraient s’unir et non déchaîner leur courroux à coups de clé anglaise. Le tempérament de l’homme ainsi ignoré, on perd toute attache face aux survivants isolés en gardant toujours en tête l’échéance imminente. Au risque de paraître sadique, quelle importance de voir le brave oncle Ale éclater la figure de l’assassin déséquilibré si c’est pour périr 5 minutes plus loin. Rajoutons une symbolique futile face à l’amour et la religion et vous obtenez un film démontrant un gênant manque d’attention. En définitive, Before the Fall ne surprend que très peu et ne provoque l'admiration, à la scène près, ni dans l’esthétique fatidique du d’un dynamisme confus et encore moins dans sa réflexion ultime. Mais s’il peut se vanter d’un fait d’armes, c’est bien d’avoir accompli merveilleusement sa mission peu louable d’être un slasher nihiliste et inconséquent.

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Critique publiée le 28 juillet 2008.