VOL. 5 NO. 21-22
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Hop (2011)
Tim Hill

Regarder le mal droit dans les oeufs

Par Jean-François Vandeuren
Nous imaginons facilement la scène : les créateurs du présent Hop faisant le tour des maisons de production dans l’espoir de vendre leur salade à qui voudrait bien croire que « Pâques est le nouveau Noël ». Une poignée de ces producteurs ô combien naïfs et bien intentionnés auront ensuite fini par tomber dans le panneau, et voilà que nous nous retrouvons quelques années plus tard avec une nouvelle abomination sur nos écrans. Il faut dire que la période de Pâques n’est pas spécialement reconnue pour sa production de films thématiques destinés aux enfants, contrairement au temps des fêtes qui nous inonde à chaque année de ce type de divertissements assez peu nuancés. Cette célébration suivant de près l’arrivée du printemps est davantage l’occasion de voir la vie de Moïse ou de Jésus nous être racontée pour une énième fois par l’entremise de diverses oeuvres ayant survécu au passage du temps que l’on ressort systématiquement à tous les ans pour marquer l’événement d’une manière beaucoup plus spirituelle que commerciale. D’un point de vue purement économique, le mois d’avril est généralement l’occasion pour les studios de proposer quelques spectacles susceptibles de se dénicher un certain public, mais n’ayant pas nécessairement les reins assez solides pour triompher durant la saison estivale. Ceci étant dit, quelle est la réelle raison d’être de ce nouvel opus du plus grand défenseur des droits des bestioles poilues numériques, Tim Hill (Alvin and the Chipmunks)? Et surtout, à quoi peut bien ressembler un film ayant pour protagoniste le lapin de Pâques? Réponse : à la même chose qu’une histoire mettant en vedette le Père Noël.

Remplacer le Pôle Nord par l’Île de Pâques (évidemment), les rennes et les elfes par des poussins, et vous vous rendez compte que les scénaristes Cinco Paulo, Ken Daurio et Brian Lynch n’avaient visiblement pas l’intention de faire aller leurs méninges outre mesure lorsque vint le temps de plancher sur cette histoire ô combien abracadabrante. D’autant plus que le rituel est exactement le même dans les deux cas : à chaque fête de Pâques, notre vénérable lapin fait le tour du monde en une nuit, mais au lieu de placer des cadeaux sous le sapin, il laisse un panier rempli de friandises à l’entrée de chaque demeure et cache des oeufs en chocolat dans les buissons. Mais voilà que le temps est venu pour le jeune E.B. de prendre la place de son père et de s’acquitter des diverses tâches venant avec l’occupation d’un rôle  aussi prestigieux. Le problème, c’est que notre mammifère au tempérament rebelle aimerait plutôt devenir batteur professionnel dans un groupe de musique, au grand dam de son géniteur. E.B. quittera donc l’île pour se réfugier à Hollywood, où il tentera de réaliser ses rêves. Ce dernier fera vite la connaissance d’un individu ayant lui aussi tendance à décevoir son paternel, Fred O’Hare (James Marsden), un éternel adolescent incapable de garder le moindre emploi. Après des débuts plutôt difficiles et nombre de mésaventures, les deux fils incompris accepteront de s’aider mutuellement. Dans un premier temps, Fred épaulera E.B. lorsque ce dernier cherchera à triompher lors des auditions pour une émission de recherche de nouveaux talents animée par David Hasselhoff. Ensuite, E.B. aidera Fred à devenir… le lapin de Pâques. Un poste sur lequel un poussin malveillant aimerait également bien mettre la main.

Il y avait une leçon importante à tirer de l’épisode « The Itchy & Scratchy & Poochie Show » de l’immortelle série The Simpsons. Une leçon que Hop, plus que tout autre film, aurait dû suivre à la lettre. Ici, le cabot à l’attitude on ne peut plus désinvolte qui avait vu le jour aussi rapidement qu’il avait été endormi en 1997 voit ses traits et sa personnalité être assimilés par le pauvre E.B. De la chemise à carreaux à l’attitude de rock star en passant par un goût insatiable pour la musique et le désordre, tous les éléments sont présents pour faire de notre lapin un personnage qui, même avec les meilleures intentions, s’avère extrêmement difficile à aimer. Hop atteint du coup ce niveau de bassesse propre à la comédie en exploitant les frasques d’un personnage inutilement indiscipliné dont on croyait s’être débarrassé pour de bon avec l’arrivée du nouveau millénaire. Le pire dans ce cas-ci, c’est que cette initiative donne également lieu à une suite de numéros musicaux particulièrement irritants qui ont en plus le culot de s’étirer sur de longues minutes. Le tout évidemment pour masquer la vacuité d’une production n’ayant rien de pertinent ou de moindrement amusant à présenter. Le film de Tim Hill répète ainsi continuellement les mêmes farces débiles à l’intérieur d’une mise en scène dépourvue de tout sens comique ou de créativité. Un manque de finesse qui s’avère d’autant plus problématique au niveau de l’interprétation alors que la voix de Russell Brand ne colle aucunement à son alter ego animé, tandis que le pauvre James Marsden fait un vrai fou de lui du début à la fin.

Nous pourrions évidemment être bon joueur et expliquer le ressentiment que nous pouvons avoir envers un tel spectacle par le fait que nous n’appartenons tout simplement pas à son public cible. Mais l’excuse du film pour enfants ne saurait toutefois faire oublier autant de maladresses et de paresse créatrice. Hill et ses collaborateurs y vont ainsi de stratagèmes plus risibles les uns que les autres pour tenter d’arracher un rire au spectateur, eux qui se révèlent d’autant plus incapables de jouer sur les différents niveaux d’humour de leur récit, ce qui aurait pu leur permettre de rejoindre par la bande les spectateurs âgés de plus de cinq ans. Mais à force de faire les guignols sans avoir la moindre aspiration, on ne peut qu’arriver à un résultat aussi bête et ennuyeux à mourir. Il est évident que la seule motivation de Hop est de faire les poches aux parents qui oseront franchir les guichets du cinéma le plus proche pour faire plaisir à leurs bambins. Le film de Tim Hill demeure néanmoins représentatif d’une époque où ce genre de productions ne semblent plus habitées d’aucune âme, d’aucune matière tangible qui leur permettrait de conserver une place de choix dans le coeur des jeunes loups qui se remémoreront plus tard les films de leur enfance. La bonne nouvelle, c’est que Hop aura alors été rayé depuis longtemps de la mémoire de ces individus et toute cette mascarade ne sera plus qu’un très mauvais souvenir auquel on ne risque sûrement pas de réserver un traitement « anniversaire ». En attendant, nous sommes pris avec cet échec ultra-calorique figurant assurément parmi les productions pour enfants les plus déficientes de mémoire récente.
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Critique publiée le 1er avril 2011.