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Stones in Exile (2010)
Stephen Kijak

Notes de travail

Par Maxime Monast
Peut-être est-il important pour vous qui lisez cette critique de savoir que ce rédacteur n’est pas un amateur fini du groupe britannique The Rolling Stones. L’ensemble de leur oeuvre est fascinant, mais leur impact sur le monde de la musique n’est pas aussi quantifiable que l’on aimerait le croire. Ce propos est simplement pour vous démontrer qu’il me manque quelques connaissances et que certains détails pourraient m’échapper. Mais puisque vous connaissez mon terrible secret, sachez maintenant que le documentaire Stones in Exile de Stephen Kijak s’avère un incontournable pour n'importe quel individu qui écoute de la musique sur une base semi-régulière. Un visionnement peut réanimer n'importe quelles flammes ou passions enfouies pour cet art. Sans trop pousser la note, ce documentaire se révèle presque un manifeste à l’amour de la musique, un croquis ou un plan de travail sur ce qu’est être dans un groupe.

Magnifiquement construit et rempli d’informations, le résultat s’avère une oeuvre inoubliable. Nous suivons les Rolling Stones, s’exilant du Royaume-Uni, en raison de taxes non payées et de problèmes de représentation, jusque dans le sud de la France pour finalement aboutir à Los Angeles. Le tout durant la création de leur album double Exile on Main St.. Le voyage est long. Leur départ sera un choc pour leur public. Les Stones en France? Sacrilège! Mais dans la somptueuse villa française de Keith Richard et Anita Pallenberg, ils seront capables d’évoquer et de canaliser une énergie qui leur est propre. Ici, on touche une corde sensible, soit tout ce qui est préjugé emblématique du mode de vie associé au rock’n’roll : les femmes, la boisson, les bohémiens qu’ils sont, la drogue… et le plus important : la musique. Cette expérience est un haut dans la vie tumultueuse et rocambolesque des vedettes du rock. En effet, ce documentaire place la création de l’un des albums les plus importants des cinquante dernières années dans sa mire. Les autres éléments sont secondaires - mais tout de même importants - face à l’écriture et à la conception d’un album ayant déjà été considéré comme un disque mineur et sans direction dans le catalogue des Stones. Plusieurs années plus tard, Exile on the Main St. serait reconnu comme une oeuvre magistrale. Dans cette optique, Stones in Exile s’intègre parfaitement à la mythologie du disque.

Dans un premier temps, ce testament à l’amour de la musique se construit sur un énorme répertoire de documents et d’informations acquis au cours de cette période. Il est impressionnant de voir combien de photos (pris par le photographe français Dominique Tarlé), de bobines super 8 et d’affiches sont mises à la disposition du réalisateur. Kijak est chargé de trier méthodiquement tous bris d’informations pour rendre un produit cohérent et uni. Heureusement pour nous, cette démarche s’avère être la bonne. En regardant les différents morceaux de cette histoire, il est évident que le film focalise sur la création musicale d’Exile on Main St., mais aussi sur tout ce qui gravite autour des notes. Ces anecdotes et ces notes de bas de page sont essentielles au récit. Le tout est accompli dans un style très juste, voire flamboyant. Stones in Exile est un film visuellement attrayant réussissant à recréer l’expérience de la création du disque. Cet aspect me semble être de plus en plus important (et quasiment attendu par le public) depuis l’arrivée de certaines technologies facilitant l’augmentation des standards visuels. Il est clair que tout le monde n’a pas les mêmes goûts, mais les artisans responsables de Stones in Exile ont su livrer un document d’une honnêteté des plus dignes, sans remplissages et avec toute la fureur de 1972.

Un aspect important à ne pas oublier serait l’implication des Rolling Stones eux-mêmes dans ce voyage dans le temps, une vraie chronique. Ils aident à préciser quelques événements, mais aussi à transmettre l’aura générale qui se dégageait autant à la villa de Richards en France que chez Sunset Studios. Ils sont présents pour témoigner de la complexité de la création de l’album. Mais paradoxalement, les mois passés à Nellcôte et à Los Angeles étaient une sorte de longue fête, sans début et sans fin. Nous pouvons même dire, et ceci est appuyé par la trame du film, que l’environnement était parfait pour créer une oeuvre de toutes pièces. L’idée de vivre « au jour le jour » et d’approcher la musique avec le temps qu’il faudra a certainement aidé pour façonner ces chansons et cette atmosphère. Les Stones ancrent le récit parmi les bijoux qu’ils ont créés. Dans un rôle similaire, Kijak choisit aussi de faire intervenir quelques personnalités intéressantes pour témoigner de leur profond amour pour la musique de ces pionniers. Mis à part les principaux coupables, le documentaire présente quelques interventions de Jack White, Martin Scorsese et Benicio Del Toro parmi d’autres. Le but est simple : témoigner de leur sentiment d’adoration et nous permettre de nous laisser envouter par la musique et son sujet.

Bref, si je n’étais pas un amateur des Stones au début de cette aventure, il est évident que j’en suis un maintenant. Ma copie vinyle d’Exile on Main St. et de Beggars Banquet tournent à répétition et mon aiguille ne semble pas s’user. Le temps s’arrête presque lorsque l’on se met à écouter attentivement. Stones in Exile, qui est exécuté avec tant d’admiration et d’amour, transmet ses sentiments, son rythme, à ses spectateurs. Un amour véritable pour la musique.
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Critique publiée le 13 décembre 2010.