VOL. 5 NO. 21-22
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Tout ce qui brille (2010)
Hervé Mimran et Géraldine Nakache

Jouer dans la cour des grands

Par Jean-François Vandeuren
Ely (Géraldine Nakache) et Lila (Leïla Bekhti) sont deux amies inséparables - et plutôt jeunes de caractère, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme - vivant au coeur d’une banlieue populaire située non loin de Paris. Leur existence, jusque-là sans histoires, sera soudainement appelée à changer le jour où elles s’aventureront dans une des boîtes de nuit les plus branchées de la capitale française. Le duo réussira alors à se frayer un chemin jusque dans le monde des mieux nantis, de ces jeunes gens séduisants, bien fringués et passant toutes leurs soirées à boire et à danser jusqu’aux petites heures du matin. Lila fera ensuite la connaissance de Maxx (Simon Buret), un jeune bourgeois dont elle s’éprendra peu à peu, et ce, malgré la relation (plutôt houleuse) qu’elle entretenait déjà avec son petit ami de longue date. Un heureux hasard permettra ensuite aux deux copines de tomber dans les bonnes grâces du couple formé d’Agathe (Virginie Ledoyen) et de Joan (Linh-Dan Phan), qui leur ouvrira les portes de cet univers si convoité, et surtout très fermé. Il n’est évidemment pas très difficile de deviner quel genre de parcours empruntera le premier long métrage d’Hervé Mimran et Géraldine Nakache (qui agit également ici à titre de coscénariste) à partir de cet instant. Si les deux femmes feront tout ce qui est en leur pouvoir pour continuer à évoluer au sein de cette élite, ce sera leur amitié, qu’elles croyaient pourtant inébranlable, qui finira par en subir les conséquences alors qu’elles auront à jouer des rôles de plus en plus différents. Plus populaire que sa complice, Lila continuera de se mentir à elle-même et à ses nouvelles fréquentations en refusant obstinément d’abandonner un milieu qui n’aura fait que se servir d’elle, tandis que du côté d’Ely, le retour sur terre s’effectuera beaucoup plus rapidement.

Il n’y a donc rien de bien nouveau sous le soleil ici alors que Mimran et Nakache récupèrent en soi une formule déjà bien connue du grand public et la suivent à la lettre d’un bout à l’autre du présent exercice. Mais si ce genre d’intrigues ne se contente bien souvent que d’illustrer de façon superficielle cette période plutôt tumultueuse à travers laquelle devront passer les deux héroïnes, Tout ce qui brille a au moins le mérite d’incorporer son récit à l’intérieur d’un certain contexte social et familial. Si le duo ne cherche évidemment pas à explorer en profondeur chacune de ces facettes, celles-ci leur permettent néanmoins de révéler les aspirations réelles de leurs protagonistes, lesquelles vont bien au-delà de ce simple désir de faire la fête dans les bars les plus populaires, les appartements les plus luxueux et les supermarchés (oui, vous avez bien lu) spécialement aménagés pour ce type d’occasions. Les deux réalisateurs mettront d’abord l’emphase sur les changements d’attitude des jeunes femmes, qui les amèneront à revoir leur position par rapport à leurs proches et à leurs « nouveaux amis », et ce, pas nécessairement pour le mieux. Le tout exprimera, certes, une volonté de sortir d’un quotidien auquel elles ont été confrontées toute leur vie et d’aspirer à quelque chose de mieux, elles qui prétendront notamment être les locataires d’un chic appartement de Neuilly-sur-Seine. Chez Ely, nous présumerons que cette manie de se jeter continuellement de la poudre aux yeux découle des habitudes d’une mère enfilant systématiquement son manteau de vison lorsqu’elle sort de chez elle, même si ce n’est que pour se rendre à l’autre bout du couloir. Pour Lila, il s’agira plutôt d’un désir de ne pas finir comme sa génitrice, attendant patiemment dans son petit appartement de banlieue que son mari revienne, lui qui a depuis longtemps refait sa vie au Maroc.

Tout ce qui brille joue évidemment la même carte que tant d’efforts l’ayant précédé en affichant un fort parti pris dans sa représentation peu nuancée de ces deux milieux diamétralement opposés. D’un côté, il y a celui de la classe ouvrière, dépeint ici comme étant beaucoup plus chaleureux et axé sur le développement de relations durables entre les individus. Les différents personnages secondaires peuplant cet environnement, dont les traits de caractère nous paraîtront quelque peu déstabilisants au premier abord, finiront d’ailleurs tous par nous être éminemment sympathiques au bout du compte. À l’autre bout du spectre, nous serons confrontés à une bourgeoisie austère et représentée par des gens égocentriques ne sachant guère comment prendre soin des êtres qui devraient normalement leur être les plus chers. Le meilleur exemple d’une telle situation demeure le fils de Joan, qu’Ely sera appelée à garder soir après soir et avec qui elle finira par tisser des liens beaucoup plus solides que ceux unissant le bambin à sa propre mère. Mimran et Nakache réussissent néanmoins à tirer leur épingle du jeu sur le plan de la mise en scène, qui s’avère ici suffisamment énergique et maîtrisée, même si le duo aurait pu faire preuve d’un peu plus de pondération dans la façon dont il différencie les deux univers de son film. Les deux cinéastes ont également tendance à étirer un peu trop la sauce, la trame narrative de Tout ce qui brille se révélant d’ailleurs de plus en plus répétitive à mesure que progresse le récit. Les choses se gâteront particulièrement au cours du dernier tiers alors que la relation entre Ely et Lila s’envenimera peu à peu. Il faut dire que d'entendre les mêmes pièces de The Streets s’incruster périodiquement dans la trame sonore du film, et ce, dans des circonstances toujours similaires, ne fera évidemment qu’accentuer un tel effet de répétition.

L’efficacité d’une telle entreprise dépend en soi énormément de la performance de ses différentes têtes d’affiche. Et à ce niveau, Mimran et Nakache auront eu la chance de travailler avec des comédiens qui, dans des rôles, certes, assez peu substantiels, seront tout de même parvenus à se démarquer grâce à la vitalité de leur jeu tout en faisant toujours attention de ne pas sombrer dans la caricature. Tout ce qui brille mettra évidemment l’emphase sur cette alternance particulièrement prononcée entre une vie de jour, où les deux femmes devront satisfaire les exigences de boulots ennuyeux, et une vie de nuit, où elles auront enfin la chance de faire les quatre cents coups et de côtoyer ces gens qu’elles ne pouvaient jusqu’alors observer que dans les magasines. Les auteurs ne répéteront toutefois pas la même erreur que bon nombre de leurs contemporains en faisant payer le prix de leur insolence aux individus ayant marché sur les pieds de leurs protagonistes au cours de cette aventure. Car la vie n’est pas aussi simple. Mais le duo n’adopte pas un ton défaitiste pour autant, loin de là. Il avance plutôt qu’il faut simplement savoir mettre de l’ordre dans ses priorités en clarifiant que l’essence de l’existence ne se trouve pas dans une paire de chaussures à 300 euros ou dans un gigantesque logement froid et sans âme. L’un des meilleurs éléments du film à cet effet demeure l'évolution de la relation entre Ely et son père qui connaîtra des hauts et des bas et que Mimran et Nakache édifient par l’entremise d’images toutes simples, mais très révélatrices. Nous avons donc droit ici à une comédie légère et somme toute assez agréable que ses maîtres d’oeuvre auront su orchestrer avec flair et dextérité, mais dont nous faisons néanmoins rapidement le tour des idées.


Critique publiée dans le cadre du Festival de films francophones Cinemania 2010

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Critique publiée le 11 novembre 2010.