VOL. 5 NO. 21-22
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Mesrine: L'instinct de mort (2008)
Jean-François Richet

En vrac

Par Maxime Monast

Les voleurs me font peur. Depuis que je suis jeune, la simple pensée que quelqu'un puisse entrer chez moi me terrifie. Je ne me soucie pas de mes pertes matérielles ou des dommages faits à mon chez-moi. J'ai plutôt peur de l'idée que quelqu'un entre sans ma permission. Et quelle serait ma réaction? Est-ce que je m'enfuirais en terreur ou est-ce que je défendrais ma demeure? Aucune idée, et je n'aime pas y penser. Mais tout ça me permet quand même de me rapprocher d’un film comme Mesrine: L'instinct de mort de Jean-François Richet, car, comme vous le savez, il n'y a rien de mieux que d'affronter ses peurs, ses démons.

Jacques Mesrine est un nom connu. Originaire de France, son bref séjour au Québec et aux États-Unis l'a fait connaître du monde entier. Sorte de John Dillinger français, il est un pur bandit. Il est sans pitié. Ses exploits en ont fait un homme célèbre et recherché par les autorités. Il ne sera jamais une coqueluche de la presse ou du public: il sera dépeint comme un gangster endurci. Loin d'un Arsène Lupin, son nom est toujours synonyme de spectacle criminel. Le film témoigne de plusieurs événements clés dans la vie de Mesrine (Vincent Cassel). De son retour de la guerre d’Algérie à ses débuts dans le crime organisé, on suit cet homme vers un point de non-retour. Que ce soit avec son patron Guido (Gérard Depardieu), avec sa complice Jeanne Schneider (Cécile de France) ou un sympathisant du FLQ, Jean-Paul Mercier (Roy Dupuis), il nous est toujours présenté comme la tête d’affiche du crime. Il devient l’ultime criminel.

De tous ses vols et ses escapades (pendant un séjour en prison), Mesrine écrit un livre sur ses exploits. L'instinct de mort offre une vision unique sur le monde du vice. À travers les mots de ce criminel, on voyage de banque en banque, de fille en fille, et de ville en ville. L'adaptation que Richet en fait est sensiblement fidèle à cette idée. Le film devient un rassemblement d'événements. Un recueil de contes sur la vie et les angoisses de Mesrine. Il y a tellement de matériel, d’anecdotes, que le film devient une sorte de brève esquisse. On sent très vite que chaque moment, soit son retour de la guerre d’Algérie ou son séjour à Montréal, doit se dérouler rapidement. Ici, on n’a pas le temps de s’attarder aux détails. Malheureusement, ce genre de traitement affecte énormément la tension du récit. Chaque scène devient du déjà-vu. On se demande pourquoi on nous remontre de telles expositions. Richet ne prend pas le temps de développer le personnage de Mesrine de façon valable. Il reste superficiel. Les scènes du film deviennent interchangeables et sans importance.

Le mythe qu'est Mesrine reste intact. On ne dissèque pas le personnage: il demeure la caricature d’un vrai bandit. Ultimement, cela s’avère la plus grande erreur du film. En laissant son personnage plus grand que nature, on n’arrive pas à s’approcher de lui, à l’apprivoiser comme « idole ». Certes, vu comme un antihéros, Jacques Mesrine aurait gagné à devenir un être plus humain à nos yeux. Ce type d’approche, vue par exemple dans La chute d’Oliver Hirschbiegel, fut le triomphe de ce récit. En changeant l’image que nous avions d’Hitler, le pire des monstres devenait plus accessible. On ne se ralliait certainement pas à sa cause, mais cette nouvelle vision donnait une image plus compréhensible. Dans le cas de Mesrine, on n’arrive jamais à cette proximité. Même avec certaines séquences, surtout chez ses parents en France, on ne ressent rien. Durant ces moments, le drame humain n’est qu’un prétexte pour un vol à venir. Richet, comme nous l’avons déjà mentionné, donne la parole aux actions du bandit. Les vols et les infidélités sont sensés nous rapprocher de ce que Mesrine est en train de devenir. Mais puisque l’on ne fait que répéter les mêmes situations, on ne retient pas la leçon. Plus on répète, moins on est à l’écoute.

Avec l’emphase sur tous ces moments d’intensité, on comprend la motivation ultime de Richet pour ce choix de réalisation. Il est vrai, et c’est possiblement le point central du film, qu’il faut consacrer beaucoup de temps à Vincent Cassel. Et on n’a pas tort. Cassel livre une performance classique. En prenant certains traits de Mesrine, il est capable d’amener ses séries d’actes répétitives à une certaine maturité. Cassel ne ressemble aucunement au vrai Jacques Mesrine. Il n’a pas sa gueule, son apparence. Mesrine  a, pour moi, un visage de criminel. Même avec différentes coupes de cheveux, une barbe ou une moustache, on n’arrive pas à voir ce trait : cette physionomie du mal. Peut-être un peu trop poétique, il est plus simple d’affirmer que Cassel ne possède pas le regard du bandit. Mais, avec brio, il l’incarne spirituellement. On sent l’intensité et l’absence d’un combat moral à l’intérieur du personnage. Il est sans scrupule et totalement déconnecté du monde réel. Même si on le sent sous-développé, on arrive tout de même à croire à ce que Cassel transmet. Jacques Mesrine aurait pu être le rôle d’une vie pour l’acteur français. Cet accomplissement était le désir de tous les gens impliqués dans ce projet. Malheureusement, il manque des morceaux au casse-tête de cet escroc.

En somme, Mesrine : L’instinct de mort se vend mal. On ne parvient pas à comprendre ce que l’on voulait faire avec une histoire, à la base, aussi intéressante. Son cheminement linéaire et ses quelques moments poignants ne réconcilient aucunement son public avec cette forme de répétition. On passe tellement de temps à faire cette longue liste d’épicerie des mouvements, au fil des ans, de Mesrine que l’on oublie ultimement de raconter une histoire. La vie d’un homme n’est pas un scénario. C’est ce qu’il en fait qui en est peut-être un. Dans ce cas-ci, difficile de comprendre pourquoi on a choisi de nous la présenter ainsi.

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Critique publiée le 13 août 2010.