VOL. 5 NO. 21-22
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Salt (2010)
Phillip Noyce

Hmmm... *Soupir*... Passez-moi le sel, s.v.p.?

Par Maxime Monast
Dans un monde parfait, le film Wanted serait devenu une franchise. Une série qui aurait eu de multiples sorties en salles et, éventuellement, des progénitures destinées exclusivement au marché de la vidéo. Mais malheureusement, les scénaristes ont anéanti toute chance de voir l’aventure de ces assassins magiques se poursuivre au grand écran en éliminant littéralement le personnage d'Angelina Jolie. Le rôle de cette femme forte englobait des qualités pour charmer un vaste public. Par miracle, on peut toujours y trouver des dérivés. Salt de Phillip Noyce semble être la réponse parfaite à ce désir de créer des suites infinies et même des jouets pour les plus jeunes. Nos rêves de revoir la grande dame aux cheveux noirs (blonds au début du film) semblent être d’une évidence incontestable. Par contre, ce long-métrage n'avait pas l'actrice comme tête d'affiche à sa genèse, mais plutôt un homme alpha - Will Smith, Matt Damon ou un Denzel Washington aurait fait parfaitement l’affaire. Ce que la populace a adoré chez Jolie se retrouve évidemment dans cette aventure de quiproquo à la North by Northwest d’Alfred Hitchcock. En nous lançant de l'action à fond de train et en l’entrecoupant de sensualité, on pimente le tout de ce qui plaît à un plus large auditoire.

Evelyne Salt (Angelina Jolie) gagne sa vie comme espionne pour la CIA. Elle est mariée, capable de relever les défis les plus périlleux. Vingt-cinq minutes avant la fin de son quart de travail un vendredi, un ancien membre du gouvernement russe, Orlov (Daniel Olbrychski), décide de gâcher sa fin de semaine. Il se rend aux autorités américaines pour annoncer que le président russe serait tué par un agent secret du nom d’Evelyne Salt. Évidemment, ceci met en péril la carrière et la vie de Salt. La femme réussit à prendre la fuite et se fait dès lors poursuivre par deux de ses supérieurs, Ted Winter (Liev Schreiber) et Peabody (Chiwetel Ejiofor), ainsi qu’une armée d’agents. Le film fonctionne sur ce malentendu : une erreur sur l’identité de l’agent double russe. Cette chasse à l’homme (femme) renferme plusieurs secrets qui peuvent briser les fondements de notre civilisation. Le ramassis d’idées de Salt est absolument énorme, une épopée qui touche à des complots russes, des agents secrets, des liens avec l’assassinat de JFK. Bref, on va chercher loin pour si peu de résultats.

Salt ne livre pas la marchandise espérée. Nous avons droit à une histoire qui regorge d’éléments périmés. La guerre froide ne figure aucunement dans l’histoire courante et les complots mystérieux sont du déjà vu. En effet, le film gravite autour de concepts beaucoup trop familiers pour son public. Entre All the President's Men et The Manchurian Canditate, nous avons taillé un chemin à travers des concepts qui sont difficiles à rationaliser. Le but est peut-être d’expliquer des événements qui nous semblent impossibles à justifier. On tente de trouver une réponse plausible, notre imagination est désignée comme l’architecte. Toutefois le film n’arrive pas à créer un lien assez fort pour faire tenir le tout. On ne croît tout simplement pas aux motivations du personnage de Salt. Son désir de faire du mal pour faire un plus grand bien ne paraît pas être un motif crédible. Le tout nous laisse avec des questionnements, qui ne sont pas des moments de discussions, mais des trous visibles dans le scénario et sa trame narrative. Plusieurs films peuvent nous laisser sur des énigmes et une méditation sur le sujet. Ici, c’est carrément de la mauvaise écriture.

Exécuté comme un film d’action avec une mise en situation intellectuelle, ce récit n’atteint aucun de ses buts. Oui, on trouve des scènes d’action. Par exemple, Evelyne Salt est déterminée à résoudre ce malentendu en tuant plusieurs personnes. Merveilleusement filmé par Robert Elswit (There Will Be Blood), ces moments d’intensité sont aussi excitants que de regarder un morceau de pain rôtir dans le grille-pain. On voit ce qui se passe, mais rien ne nous surprend. Même que, à un certain moment - une scène dans un ascenseur - on essaie de nous faire croire que cette femme forte possède des pouvoirs surhumains en sautant de poutre en poutre avec férocité. Si seulement elle pouvait nous montrer son côté humain. Un détail qui n’aide pas à nous rallier à ce personnage. En fin de compte, nous suivons une carcasse vide dans des aventures débilitantes dans un monde fabriqué avec les pires machinations. Et, oui, le tout se présente de manière sérieuse et intellectuelle. On nous présente des liens avec les fondements de notre société, des vrais enjeux politiques. Il est même crédible de soupçonner l’idée que Salt soit une possibilité du futur, un « si jamais ». Une hypothèse qui renforce encore plus l’incrédibilité de son scénariste, Kurt Wimmer. En plus de nous présenter ce monde idéalisé, on oublie de vraiment mettre l’emphase sur ce qui compte. Par exemple, la relation entre Salt et son mari, Mike Krause (August Diehl), est ce qui est le plus important dans cette affaire. Même si elle en parle pendant les dix premières minutes, Krause semble disparaître du portrait. Ce lien d’amour est ce qui change cette femme forte, la rallie à la bonne cause. Mais il faut un peu le deviner, parce que le film aime mieux se concentrer sur des manigances dignes d’un « super méchant » dans un film de James Bond.

Tout compte fait, rien ne peut vraiment nous garder attentifs pendant les 100 minutes de Salt. Notre esprit a tendance à combattre le récit, mais pas pour les mêmes raisons que son personnage. On aime mieux pousser les aiguilles de notre montre pour aider le rythme languissant du montage. Les acteurs de soutien apportent une lueur. Schreiber et Ejiofor livrent une performance solide, mais qui, ultimement, n’affecte pas notre appréciation générale. Ils ne font que ralentir notre jugement avant que les lumières illuminent de nouveau la salle. Dans un monde parfait, une suite pour Salt n’existerait pas. Mais malheureusement, avec une fin si ouverte et un succès inévitable, soyez prêt à être servi d’une franchise sauvage et sans pitié. Et, en primeur, préparez-vous pour Salt 2 : Sea Salt. Avez-vous hâte?
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Critique publiée le 23 juillet 2010.