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Zoolander 2 (2016)
Ben Stiller

Modèles et démodés

Par Alexandre Fontaine Rousseau
L’effet que fait Zoolander 2 est un peu celui d’un film réchauffé au four à micro-ondes — mais ce n’est pas, comme le prétendent certains, l’équivalent d’une boule de papier d’aluminium que l’on aurait placé dans ledit four avec les conséquences que l’on sait. Autrement dit, ce n’est pas la catastrophe annoncée. Il s’agit, tout au plus, d’une reprise un peu tiède dont le plus grand défaut est de vouloir constamment répéter les blagues du film auquel il fait suite. Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi : le premier Zoolander, après tout, relevait dans son genre de la haute voltige humoristique. Mais à force de capitaliser avec tant d’insistance sur le souvenir du film de 2001, ce nouveau long métrage oublie trop souvent que sa principale fonction devrait être d’accoucher de nouvelles blagues ; et bien qu’il fasse rire épisodiquement et parfois assez franchement, Zoolander 2 laisse essentiellement l’impression d’une occasion manquée.
 
Le tout débute pourtant sur une note amplement satisfaisante, avec l’assassinat interminable (et indéniablement cathartique) de Justin Bieber — suivi d’un résumé résolument comique des quinze années s’étant écoulées depuis Zoolander. Derek (Ben Stiller) et Hansel (Owen Wilson) ont quitté le monde de la mode pour s’exiler, respectivement, dans les contrées isolées du New Jersey et de Malibu ; et la mode, étant ce qu’elle est, les a oubliés pour passer tout naturellement à autre chose. Mais puisque rien n’est à l’abri de l’ironie, surtout pas les choses démodées, nos deux top modèles sont ressortis des boules à mites à l’occasion d’un défilé organisé par Alexanya Atoz (Kristen Wiig, très drôle) pour présenter la nouvelle collection d’une vedette montante de l’industrie du nom de Don Atari (Kyle Mooney, moins drôle).
 
Il se cache, quelque part parmi les méandres du scénario de ce Zoolander 2, l’ébauche d’un commentaire sur le monde de la mode : sur son cannibalisme et son rapport fétichiste à la jeunesse ainsi que sur la nature éphémère de ses tendances, dont le défilement incessant s’apparente à de l’obsolescence programmée. Mais le film saute avec impatience d’une idée à l’autre, abandonnant une piste narrative intéressante pour s’engager sur une autre voie qui sera éventuellement délaissée avant que son plein potentiel comique n’ait été exploité. Zoolander 2 paraît par conséquent inachevé, comme si le produit final regroupait les ébauches emboîtées les unes dans les autres de tous les films qu’il aurait pu être — des fragments qui sont retenus ensemble par un enchaînement quasi ininterrompu de caméos dont la pertinence, évidemment, varie grandement.
 
On les dénombre d’ailleurs difficilement, tant leur nombre s’avère imposant : la liste va de Skrillex à Sting en passant par Ariana Grande et Katy Perry… sans oublier M.C. Hammer, Willie Nelson et Neil deGrasse Tyson, mais en oubliant au passage une dizaine d’autres noms qui se bousculent au générique et dans le montage. Sauf qu’à force de proliférer ainsi, ces apparitions succinctes (et superflues) d’à peu près tout le monde laissent aux véritables acteurs du film peu de place pour jouer librement et s’amuser réellement. Zoolander 2 fonctionne à plein régime, comme toute bonne comédie américaine de l’école Saturday Night Live, lorsque ses interprètes ont l’espace nécessaire pour improviser. Mais seul Will Ferrell semble ici en mesure d’échapper totalement à l’écriture, la mise en scène s’adaptant à sa présence en s’effaçant lorsqu’il est à l’écran. La caméra préfère l’écouter, au lieu de chercher toujours à le diriger.
 
L’énergie formidable de Ferrell relève le niveau du film à quelques reprises, rappelant la folie qui se dégageait de l’épisode précédent ; mais Stiller et Wilson, pour leur part, se contentent la plupart du temps d’évoquer celle-ci avec une pointe de nostalgie. Lors de l’une des meilleures scènes du film, les deux comparses regardent une vieille publicité particulièrement absurde où Derek, mi-homme mi-vache, se fait traire les pis gorgés de lait par Naomi Campbell. « Still holds up », s’exclame un Wilson admiratif à la vue de ce spectacle ridicule. Leurs personnages semblent incapables de concevoir que le monde a évolué depuis les années 1990 ; et lorsqu’ils sont confrontés à l’ambivalence sexuelle du modèle post-genre All (Benedict Cumberbatch), cette déconnexion qui les définit désormais crée une réelle tension comique qui pourrait alimenter de nombreuses scènes. Mais Zoolander 2 se contente de la suggérer avant de passer à autre chose, nous laissant le soin d’imaginer ce qu’aurait pu être cette comédie moyenne si elle avait été menée avec un peu plus de vigueur et d’inspiration. 
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Critique publiée le 16 février 2016.