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Hot Dog (2013)
Marc-André Lavoie

Viande avariée

Par Jean-François Vandeuren
Qu’un projet comme Hot Dog ait obtenu le feu vert dans un contexte où l’on parle continuellement de crise du cinéma québécois en laissera certainement plusieurs pantois. Au coeur d’un marché aussi restrictif, débalancé, peu audacieux et encore moins opportuniste, la moindre erreur peut s’avérer lourde de conséquences. Les plus optimistes diront qu’il ne s’agit que d’une mauvaise passe, que notre cinéma national réussira bien à attirer de nouveau les foules, et ce, indépendamment de la qualité, de la consistance et de la diversité des oeuvres qui lui sont proposées. Unique comédie populaire québécoise à sortir sur les écrans au cours de l’été 2013, le film de Marc-André Lavoie devait d’autant plus jongler avec la pression de performer au box-office dans une année s’annonçant d’ores et déjà aussi pire - sinon plus - que la précédente. Nous laisserons - pour le moment - le choix des oeuvres financées à la discrétion des producteurs, des décideurs de l’industrie et des commanditaires extérieurs. Ces questions reviennent néanmoins périodiquement lors de la parution d’une autre production commerciale paraissant totalement dépassée, atterrissant sur nos écrans sans que l’on ne sache trop pourquoi, sans que l’on ne sache trop au détriment de quels scénarios assurément supérieurs. Nous imaginons bien Marc-André Lavoie poussant son histoire de propriétaires d’une entreprise de saucisses en difficulté se voyant mêlés bien malgré eux aux combines de la mafia italienne avec toute la fougue du meilleur vendeur de voitures d’occasion. Ce que nous imaginons moins bien, cependant, ce sont les individus se trouvant à l’autre bout de la table tomber aussi facilement dans le panneau.

Lavoie n’avait pourtant pas la feuille de route la plus étincelante pour convaincre qui que ce soit qu’il serait en mesure de créer l’étincelle qui transformerait cette idée farfelue - pour rester poli - en authentique réussite cinématographique. Le réalisateur aura néanmoins su persuader ses investisseurs de soutenir son projet de par sa capacité à se débrouiller avec des budgets de moindre envergure. Le seul problème, c’est que ce dernier ne possède visiblement pas les talents nécessaires pour arriver à tirer de ses élans des productions outrepassant leur financement limité, et ainsi permettre à ses longs métrages de s’imposer comme des exemples d’économie de moyens. Car tout n’est pas non plus qu’une question d’argent. Des cinéastes nous prouvent constamment qu’il est possible d’atteindre des sommets vertigineux à partir de sommes encore plus dérisoires que les quelques 1,9 millions dont aura bénéficié le présent exercice. Lavoie a donc beau étaler sa distribution assemblée à partir de tous les registres de l’Union des artistes (allant de Paul Doucet à Éric Salvail en passant par Daniel Lemire et l’inévitable Rémy Girard), Hot Dog ne parvient jamais à faire oublier ses failles les plus flagrantes en raison des méthodes désuètes et du manque total de vision de son instigateur. La majeure partie du film ne consiste d’ailleurs qu’en une série de longs dialogues entre différents personnages réunis autour de différentes tables, tous à la fois victimes et responsables de l’envenimement d’une situation déjà absurde en soi. Une dynamique tout sauf stimulante que le réalisateur tournera étrangement lui-même en dérision par l’entremise d’une réplique du personnage interprété par Salvail.

Comme plusieurs de ses contemporains, le cinéaste aura lui aussi tenté de faire fi de ses moyens limités en confinant l’action de son film à l’intérieur d’un nombre de lieux assez restreint. Le problème, toutefois, c’est que Lavoie ne semble jamais avoir la moindre idée de comment camoufler le goût douteux de sa recette, dont la plupart des ingrédients ont outrepassé depuis longtemps leur date de péremption, pour la  rendre un tant soit peu digeste. Au-delà d’une mise en scène machinale à laquelle le Québécois et son directeur photo Alexandre Bussière n’auront visiblement apporté aucun soin, c’est la platitude exaspérante comme le cruel manque de punch des dialogues - principal atout de ce type de divertissements - qui finissent par enfoncer le dernier clou dans le cercueil d’un film dont on ne donnait déjà pas cher de la peau. Lavoie n’aura pu compter non plus sur sa distribution pour l’aider à sauver la face, laquelle y va ici de performances plutôt molles, voire carrément désintéressées. Le réalisateur aura ainsi lancé son navire en eaux troubles en n’étant jamais en mesure de mener celui-ci à bon port, le laissant couler vers les bas-fonds de la comédie grand public sans tenter une seule manoeuvre qui aurait pu laisser paraître une quelconque trace d’inventivité. Parti d’une idée de départ qui n’avait déjà rien d’invitante, Lavoie aura éprouvé jusqu’à leurs limites les rouages de son scénario comme la mince logique à laquelle répondent ses personnages stéréotypés au possible. Le tout sans jamais prendre connaissance de la faiblesse de ces engrenages, forçant plutôt l’accumulation de quiproquos et de malentendus comme s’il était à la barre de la plus insipide des pièces de théâtre d’été.

Le principal problème d’un film comme Hot Dog, comme nombre de comédies (im)populaires ayant vu le jour au Québec au cours des dernières années, c’est qu’il semble totalement déconnecté de ce qui se fait actuellement dans le genre. Un décalage qui se fait sentir notamment dans les compositions cabotines au rythme desquelles progresse le scénario de Marc-André Lavoie. Un détail parmi tant d’autres nous mettant la puce à l’oreille d’entrée de jeu quant à l’absence de rigueur et de souffle créatif avec laquelle aura été traitée cette comédie faillant à sa principale tâche : faire rire le public. Si Hot Dog se révèle moins sans queue ni tête que ne pouvait l’être le tout aussi raté Y’en aura pas de facile de 2010, Lavoie semble malgré tout n’avoir gagné ni expérience ni maturité sur le plan de l’écriture comme de la mise en scène. Le scénario de son troisième long métrage en dit néanmoins long sur la condition du cinéma québécois. Les trois dirigeants de l’entreprise en difficulté croiront ainsi qu’une saucisse dans laquelle s’est retrouvée une dent aura des effets catastrophiques sur leur chiffre d’affaires. De son côté, le couple qui tombera sur la pièce de viande défectueuse dira d’abord ne vouloir causer aucun tort à cette entreprise bien de chez nous. Ces derniers changeront toutefois vite leur fusil d’épaule lorsqu’une proposition plus alléchante les convaincra de penser à eux avant tout. Une situation dans laquelle la compagnie - déjà en difficulté - ne se serait pas retrouvée si elle avait su exercer un meilleur contrôle de la qualité de son produit, tout en cherchant des façons de rendre celui-ci toujours plus alléchant aux yeux du consommateur.
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Critique publiée le 9 août 2013.