
THE CAT RETURNS d'Hiroyuki Morita (2002)
Disciple des seuls véritables auteurs jusqu'à ce jour
du cinéma d'animation japonais (Miyazaki, Takahata, Kon et cie.),
Morita roule sa bosse dans l'industrie depuis plus d'une quinzaine d'années
au moment où il enclenche la production de The Cat Returns
(Le Royaume des chats), d'après une idée originale
de son premier mentor Miyazaki. Après avoir travaillé
aux côtés des autres noms réputés, le problème
de son tout premier film est justement de manquer cruellement d'une
personnalité qui lui serait propre ; en d'autres mots, d'un univers.
Manque de conviction, manque de profondeur chez les personnages et leurs
motivations, style d'animation beaucoup trop près du niveau de
qualité télévisuelle, c'est à croire qu'à
l'inverse de Miyazaki, Morita ne croit pas au monde merveilleux qu'il
nous propose et qu'au lieu de nous y faire voyager à la manière...
(09.28.2008)
Critique
de Mathieu Li-Goyette
THE DISTRICT! d'Àron Gauder (2004)
Si les grands studios occidentaux délaissèrent progressivement
les formes d’animation plus traditionnelles pour se tourner massivement
vers les nouvelles technologies numériques, nous assistons depuis
peu à un bien étrange revers de situation. Guidé
par un profond désir d’innover et de repousser les limites
de leur art, plusieurs cinéastes issus de divers milieux indépendants
trouvèrent le moyen d’utiliser tous ces nouveaux outils
non pas pour poursuivre ce rêve ridicule de reproduire un jour
la réalité, mais plutôt pour donner un second souffle
à de vieilles techniques n’ayant en soi rien perdu de leur
lustre ou de leur pertinence. Un retour aux sources qui mena à
la création de nombreuses démarches artistiques tout ce
qu’il y a de plus flamboyantes, dont celles des deux superbes
essais à la rotoscopie de l’Américain Richard Linklater...
(09.28.2008)
Critique
de Jean-François Vandeuren
MY NEIGHBOR TOTORO d'Hayao Miyazaki (1988)
Quand il n'est pas occupé à se complaire dans les pitreries,
le cinéma destiné aux jeunes publics a tendance à
surfaire ; à faire de ses héros juvéniles des sauveurs
de l'humanité à la vertu infinie. Rarement profite-t-il
du moment privilégié de la rencontre entre le film et
son spectateur pour voir le monde avec une sensibilité d'enfant,
s'adresser réellement à ses peurs et ses plaisirs sur
une échelle plus réduite. Et c'est d'abord à cet
égard que le cinéma tel qu'approché par Hayao Miyazaki,
plus particulièrement dans Mon Voisin Totoro, s'avère
très intéressant. Délaissant l'ampleur et le souffle
de ses longs-métrages précédents (Le Château
dans le Ciel, Nausicaä de la vallée du vent...),
le cinéaste élabore une tranche de vie n'épousant
pas le schéma classique du récit initiatique (format qu'il
saura manier à merveille plus tard dans sa carrière),
mais bien... (09.28.2008)
Critique
de Louis Filiatrault
NAUSICAÄ OF THE VALLEY OF THE WIND
d'Hayao Miyazaki (1984)
Bien qu'il ait signé un premier long-métrage de commande
en 1979, c'est cinq ans plus tard avec Nausicaä de la vallée
du vent qu'Hayao Miyazaki s'affirmera réellement à
titre «d'auteur» cinématographique. Coup d'envoi,
coup de maître: cette adaptation d'un manga écrit par Miyazaki
lui-même établit d'emblée les préoccupations
qui marqueront son oeuvre, et les revenus générés
par son formidable succès au box-office japonais permettront
au cinéaste de fonder sa propre boîte de production Studio
Ghibli en 1985. Certes, la facture esthétique a grandement évolué
depuis Le château de Cagliostro - et Miyazaki définit
ici les grandes lignes d'un style visuel qu'il peaufinera par la suite
sans véritablement en altérer l'essence. Mais la véritable
force de ce Nausicaä tient à sa manière
d'employer les conventions du fantastique post-apocalyptique pour...
(09.28.2008)
Critique
d'Alexandre Fontaine Rousseau
PERSEPOLIS de Vincent Paronnaud et Marjane
Satrapi (2007)
Entre 2000 et 2003, Marjane Satrapi leva le voile sur sa vie d’une
manière pour le moins inhabituelle. Ainsi, plutôt que de
ne s’exprimer qu’avec des mots, l’artiste d’origine
iranienne accorda également une importance particulière
à l’image et publia tour à tour quatre romans dessinés
dans lesquels elle relata d’une manière étrangement
fantaisiste les événements les plus marquants de sa courte
- mais ô combien trépidante - existence. Acclamé
autant par le public que par la critique, ce n’était visiblement
qu’une question de temps avant que Persepolis ne soit
finalement adapté pour le grand écran. La bédéiste
devenue cinéaste nous transporte donc une fois de plus à
la fin des années 70, alors que l’Iran vit ses derniers
jours sous le règne du chah Mohammad Reza Pahlavi. Marjane n’est
alors âgée que de neuf ans. Fan inconditionnelle de Bruce
Lee... (09.28.2008)
Critique
de Jean-François Vandeuren
UN BAISER S'IL VOUS PLAÎT d'Emmanuel
Mouret (2007)
S'il est généralement célébré par
la critique pour son style « léger et charmant »,
en plus de s'être attiré les bonnes grâces d'un influent
distributeur indépendant au Québec (K-Films Amérique),
le cinéma d'Emmanuel Mouret n'en finit pas d'exaspérer
par son impossible naïveté qui vire généralement
à la mièvrerie qualifiée. Sorte de croisement bâtard
entre Éric Rohmer et Woody Allen, l'auteur français oeuvre
certes dans un genre difficile - la comédie romantique - qui
de par sa nature même se bute plus souvent qu'autrement à
la mauvaise foi et au cynisme. Peut-on en vouloir à Mouret parce
qu'il croit encore à l'amour et aux coups de foudre alors qu'un
Tsai Ming-Liang par exemple explore l'incommunicabilité et l'impasse
du sentiment romantique traditionnel? Certes pas, mais on peut tout
de même lui reprocher la faiblesse de... (09.17.2008)
Critique
d'Alexandre Fontaine Rousseau
MY BLUEBERRY NIGHTS de Wong Kar Wai (2007)
Ses détracteurs prétendent qu’il n’est qu’un
esthète et qu’il n’use le cinéma qu’à
des fins contemplatives et prétentieuses. Pourtant, Wong Kar
Wai tourne toujours. Ses fidèles murmurent l’éloge
qu’il fait chanter les images, qu’il les fait lascivement
s’entrelacer au point d'y créer un esprit complètement
homogène. Bien entendu, Wong Kar Wai se défend bien de
n’être que le grand-prêtre de la beauté celluloïde.
À vrai dire, si Wong Kar Wai tourne toujours, c’est parce
qu’il est le seul à savoir pourquoi et qu’il s’est
lancé dans une quête mystique qui nous échappe encore
et dont on tente vainement de saisir la surface lisse, reluisante, mais
sans attache qu’il nous propose sporadiquement le temps que le
coeur lui en dit… Et cette fois-ci, c’est notre côté
de continent qu’il a choisi pour venir enfouir son restaurant
chaleureux et ses bars transpirants... (09.17.2008)
Critique
de Mathieu Li-Goyette
POSTAL de Uwe Boll (2007)
L'une des rares « qualités » que l'on puisse attribuer
au metteur en scène qu'est Uwe Boll, c'est de ne pas se faire
d'illusions quant à son talent (ou son incompétence, pour
être plus exact). À la naïveté enthousiaste
d'un Ed Wood, l'Allemand oppose cependant un mépris sardonique
pour le monde extérieur et un mauvais goût des plus appuyés.
Mais là où les entreprises précédentes du
réalisateur (In the Name of the King, Alone in the
Dark...) étaient mues par un opportunisme vulgaire et une
volonté apparente de provoquer la colère du spectateur
à tout prix, ce Postal tout aussi mal régurgité
semble à tout le moins animé par le désir de s'attirer
un minimum de sympathie, ne serait-ce qu'auprès d'une certaine
minorité. Oeuvre beaucoup plus « personnelle », ce
plat gourmet aux thématiques sociales savamment développées...
(09.17.2008)
Critique
de Louis Filiatrault
LE RING d'Anaïs Barbeau-Lavalette (2007)
Le Ring est un film de combat. Le combat interminable d’âmes
d’anges dans des carcasses laissées pour mortes. De combat
moral, psychologique envers soi-même, mais principalement autour
des conditions de vie dans lesquels le jeune Jessy, amateur de lutte
et délinquant type, tente de faire son petit bout de chemin.
Le jeune homme, incroyablement incarné par Maxime Desjardins-Tremblay,
est en effet sans cesse confronter à une vérité
qu’aucun enfant n’accepterait; qu’il accepte peut-être
parce qu’il n’est lui-même plus un enfant, qu’il
ne veut plus l’être. Malgré cela, la vulnérabilité
poignante qu’on nous sert avec son personnage (si l’on oublie
qu’elle frôle parfois l’excès) dit tout le
contraire. Le petit mouille encore son lit, ne peut cuisiner ou même
faire le ménage. Il n’est qu’un figurant dans un
monde mature qu’il refuse... (09.17.2008)
Critique
de Mathieu Li-Goyette
LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON de Julian Schnabel
(2007)
« Filmer de l'intérieur » est un défi préoccupant
les cinéastes depuis belle lurette. Bien avant la subjectivité
psychologique imagée par Bergman et les autres modernes, les
Français ont cherché à reproduire des impressions
de la perception humaine, les Allemands à camper leurs fictions
dans des univers d'angoisse déréalisés, et ainsi
de suite. Et c'est sans doute dans l'optique de cette recherche esthétique
continue, au-delà de sa simple portée dramatique, que
le film Le Scaphandre et le Papillon trouve sa plus grande
valeur. Enraciné au carrefour du drame populaire et de l'essai
expérimental, ce troisième long-métrage du New-Yorkais
Julian Schnabel renouvelle en effet les questions de sensorialité
au cinéma avec un panache et une perspicacité rarement
vus au cours des dernières années. Qu'il soit également
gouverné par une sensibilité... (09.17.2008)
Critique
de Louis Filiatrault
