ENTREVUE AVEC YVES JACQUES
Jeudi 5 Novembre 2009

Par Mathieu Li-Goyette

Porte-parole de la 15e édition du festival de films francophones Cinemania, Yves Jaques nous a accordé un généreux entretien où il fut question de son rôle à jouer dans le festival (et dans un petit rôle qu’il tient dans Je vais te manquer d’Amanda Sthers qui prendra l'affiche durant le festival). Plus connu ici pour ses rôles dans le cinéma de Denys Arcand et de Claude Miller, Jacques roule sa bosse entre la France et le Québec depuis plus d’une quinzaine d’années et a aussi eu l’occasion de nous dire comment, de sa perspective d’acteur, voyait-il les difficultés que représentent le cinéma français « de qualité » dont nous faisions état plus tôt cette année (La Fille du RER, Coco avant Chanel).

Panorama : Vous êtes actuellement le porte-parole de la 15e édition de Cinemania, mais vous occupez aussi un petit rôle dans le Je vais te manquer d’Amanda Sthers si j’ai bien compris.

Jacques : Oui, en fait Amanda était l’ex-copine de Patrick Bruel que j’ai rencontré lors du tournage de Le Secret de Claude Miller (2007). Elle m’a aussi pris pour interpréter le premier rôle d’une pièce de théâtre qui serait présentée en France, mais je n’ai pas eu plus de nouvelles là-dessus alors j’attends. C’est d’ailleurs avec Miller que j’ai commencé ma carrière en France en 1998 (La Classe de neige). Depuis le temps, je fais l’aller-retour entre ici et là-bas, c’est un peu pour ça qu’ils m’ont pris comme porte-parole du festival Cinemania je suppose et c’est un festival que j’aime bien justement parce qu’il permet aux films d’auteurs français moins populaires d’avoir une bonne visibilité à Montréal.

Panorama : D’ailleurs, la scène des festivals à Montréal est quand même bien chargée, surtout en automne. Par exemple, cette année on voit que Cinemania chevauche les RIDM (Rencontres internationales du documentaire de Montréal).

Jacques : Exact, et un autre vient tout juste de se terminer.

Panorama : Donc, selon vous, la place de Cinemania, quelle est-elle sur la scène montréalaise? Oui, il y a les films français, mais il ne faut pas se le cacher, le fait est que les films de ce festival peuvent se retrouver aussi bien au Festival des Films du Monde qu’au Festival du Nouveau Cinéma…


YVES JACQUES

Jacques : Oui, c’est vrai, mais ils ont tout de même réussi à sortir des sentiers battus et à tirer leur épingle du jeu par rapport à ces deux autres festivals. Nous avons des choses plus particulières et des invités de renom depuis quelques années à Cinemania. Il serait injuste de le sous-estimer.

Panorama : Justement, vous qui habitez en France, vous pouvez peut-être mieux juger de l’impact qu’un festival de cette trempe a là-bas. La majorité des cinéphiles québécois sont, la plupart du temps, avare de savoir ce que les cinéphiles français pensent d’eux.

Jacques : Certainement, c’est compréhensible et je peux dire qu’en France ils sont très heureux d’un festival comme Cinemania. Je suis un peu triste que tout ce qu’on ait du cinéma français soit les films qui sont rentables là-bas (comme Astérix et les autres mégaproductions). Ici au Québec, on l’a pourtant prouvé que le cinéma d’auteur peut vivre et très bien même (Les Invasions barbares, C.R.A.Z.Y.) alors je ne vois pas pourquoi les films français ne pourraient pas recevoir le même genre d’accueil. C’est cependant évident que je suis heureux de la tournure des événements pour le cinéma québécois, les grands succès comme De Père en flic le prouvent, mais il demeure un manque à gagner par rapport au cinéma français.

Panorama : Pour sortir un peu du créneau Cinemania, depuis le début de la décennie, on parle souvent d’un « cinéma de la qualité française » (en référence à un certain cinéma « trop » classique, bien qu’auteurisé) autant dans la critique française que celle d’ici. Le cinéma français ne serait-il pas en train de refaire ses « grands classiques » (ceux de Lelouch, Téchiné, Chabrol) dans une nouvelle industrie? La question étant maintenant, pour un acteur ayant toujours voulu évoluer dans le cinéma d’auteur, comment tracez-vous votre carrière maintenant par rapport à ces nouveaux pièges de l’auteurisme? Est-ce que c’est encore aussi simple que de faire un film pour l’industrie et un film pour soi?

Jacques : Je comprends bien. En fait, j’ai une démarche actuelle avec mon agent en France qui consiste à choisir les rôles en fonction du scénario, mais aussi en fonction de la « popularité » qu’ils vont me donner, donc de ne pas nécessairement toujours me fier [à l’auteur]. Pas que je cherche à être populaire au sens de star, mais en France c’est bien important que les gens reconnaissent ton visage. Je sors actuellement d’une autre entrevue où l’on me comparait à Marie-Josée Croze et Marc-André Grondin et ce n’est pas tout à fait exact. C’est parfait pour leur carrière dans le cas de Marie-Josée et Marc-André, mais de mon côté, je n’ai pas encore été étampé à une certaine image et c’est peut-être quelque chose qui manque. C’est un défaut tout en étant une qualité je suppose, mais je me « type » difficilement comme acteur/personnage. D’un rôle à l’autre, je change énormément alors c’est pour ça qu’on tente actuellement de me trouver des rôles où les gens commenceront peu à peu à m’identifier. Comme je disais, je ne vise pas nécessairement la célébrité, mais si être connu peut m’attirer de meilleurs rôles au cinéma, c’est évident que ça fait parti de la démarche. D’un autre côté, je me nourris bien du théâtre et je rentre tout juste d’une tournée avec Robert Lepage tandis que j’ai récemment bouclé mon rôle dans le dernier film de Léa Pool, disons que je ne m’ennuis pas!