
11.05.2009 - Ouverture
FESTIVAL
CINEMANIA 2009
Par Mathieu Li-Goyette
La
saison des festivals de cinéma montréalais bat son plein.
Ici, en milieu de parcours, c’est 30 films et 15 années.
Car pour sa 15e édition, le festival de films francophones Cinemania
invite les cinéphiles d’Amérique du Nord pour la
plus grande représentation franco-cinématographique du
continent. Principalement en provenance de France, les films projetés
cette année à Cinemania ont le dur défi de palier
l’absence des colossales attentes que l’on se faisait du
Prophète de Jacques Audiard. En échange, c’est
Costa-Gavras que nous recevrons, le cinéaste d’origine
grecque responsable d’avoir « inventé » le
film de politique-fiction, le film de série « Z »
comme on l’a appelé à une certaine époque
avec L’Aveu, Z, L’État de siège
et tant d’autres jalons de l’histoire du cinéma mondial.
Le maître sera donc ici même à Montréal pour
faire classe en plus de présenter une toute nouvelle copie 35mm
restaurée de Z en plus de son tout dernier film, Eden
à l’Ouest.
C’est aussi le dernier film d’Emmanuel Mouret Fais-moi
plaisir! qui ouvre le festival avec, on s’en doute, beaucoup
de blondes, beaucoup de brunes et beaucoup d’humour douteux comme
on l’aime (ou non), le tout saucé dans l’accent français
et le pathétique tout juste surfait, servi par une mise en scène,
elle, toujours impeccable. Côté cinéaste qui joue
les acteurs, L’Affaire Farewell de Christian Carion (celui
qui nous avait servi le drame de guerre hautement humaniste Joyeux
Noël) où l’on pourra voir Emir Kusturica aux
côtés de Guillaume Canet et Willem Dafoe dans un drame
d’espionnage dans le décors de la chute du mur de Berlin
(et cette première québécoise tombera tout juste
avec le 20e anniversaire de l’événement) retient
l’attention. Enfin, ce sera aussi l’occasion de voir le
dernier long-métrage de Jan Kounen (99 Francs) qui signe
cette année le drame biographique Coco Chanel & Igor
Stravinsky (un autre film sur Coco - le mot circule depuis sa parution
sur la Croisette que celui-ci, c’est le meilleur).
Enfin, il y aura Le Concert de Radu Mihaileanu (Vas, vis
et deviens) qui recèle la magnifique Mélanie Laurent
(Inglourious Basterds, Le Tueur) et raconte l’histoire
d’un chef d’orchestre russe déchu. Du côté
des grands auteurs, Mihaileanu est concurrencé par le dernier
film de Robert Guédiguian (Marius et Jeanette, Marie-Jo
et ses deux amours) qui, avec L’Armée du crime,
signe un 16e long-métrage avec une histoire de résistants
français de la deuxième guerre mondiale (le titre et son
sujet nous font déjà espérer qu’il sera du
même ordre d’idées et de qualité que L’Armée
des ombres de Jean-Pierre Melville, espérons). Enfin, notons
que la jeune dame devenue bien connue depuis son rôle dans La
Graine et le mulet de Kechiche et plus récemment dans le
Roi de l’évasion de Guiraudie, Hafsia Herzi, tient
le premier rôle du premier film du cinéaste Souad El Bouhati
qui sonna plusieurs cloches au festival de Pusan en 2008 et il n’y
a pas trop longtemps au festival de Rotterdam; du Maroc à la
France, Française s’annonce comme une incontournable
plongée dans une adolescence scindée par l’identité
qui, dans sa thématique et ses paysages, rappelleront à
certains l’univers du Persepolis de la bédéiste
et cinéaste Marjane Satrapi.
Avant de clore ce petit amuse-gueule festivalier, notons la présence
du film québécois Un été sans point
ni coup sûr qui sera accompagné de l’écrivain
et scénariste du film Marc Robitaille dans le cadre d’un
atelier pédagogique visant à rapprocher les jeunes du
cinéma et leur donner à penser différemment le
7e art. Élèves du primaire comme du secondaire sont invités
à rejoindre le scénariste et à goûter à
une projection dans la toujours impeccable salle Impérial; probablement
le meilleur endroit au Canada pour se faire la dent sur de la pellicule.
Bref, c’est pour nous l’occasion de couvrir Cinemania pour
une première fois, de faire nos devoirs et de se pencher sur
le cas du « cinéma de la qualité française
» et de décortiquer une industrie qui, et un festival de
la trempe de Cinemania est bien là pour que les choses changent,
s’avèrent bien moins connue au Québec qu’elle
ne le fut jadis. Occasion pour s’ouvrir sur la francophonie, occasion
aussi pour briser les usuelles oeillères que les médias
arborent en vue des festivals « moins volumineux », vous
attendent ici des entrevues exclusives et la plus volumineuse et exhaustive
couverture médiatique de tout Cinemania. Le pari est grand, mais
le mandat du festival lui, l’est d’autant plus que cette
« crise du cinéma français » (c’est
ainsi que la presse du cinéma français l’a baptisée)
ne devrait trouver au Québec qu’un allié incontournable
de son redressement. Ce festival, hors de tout doute, en est la plus
forte et singulière manifestation. Du 5 au 15 Novembre 2009.
Bon festival!