LES MEILLEURS FILMS DE 2008
Jeudi 1er Janvier 2009
Par où aborder cette année qui nous en a fait voir de
toutes les couleurs? Pourquoi pas en douceur, du côté d'un
été hollywoodien qui proposa au public des productions
étonnamment diverses. En effet, à l'effrayante parade
de suites généralement peu inspirées qui marquèrent
l'année dernière ont succédé des projets
tantôt très ambitieux, tantôt parfaitement maîtrisés,
et presque tous dotés d'intentions artistiques particulières.
Les tenants d'une certaine vieille école, tout d'abord, ont su
trouver leur compte dans les nouveaux épisodes de X-FILES et
INDIANA JONES. Les friands de pragmatisme américain servi selon
les règles de l'art se sont sustentés d'IRON MAN, tandis
que le spectacle musclé de INCREDIBLE HULK sut habilement combler
les foules avides de sensations fortes. Les plus fantaisistes, quant
à eux, ont su accompagner Guillermo del Toro dans le doux délire
de HELLBOY II, ou encore pardonner ses fautes à l'étrange
anomalie que fut SPEED RACER.
Du côté des plus belles réussites, tandis que HANCOCK
faillait dès l'envol à ses promesses de démystification
de la figure de superhéros, THE DARK KNIGHT fit l'unanimité
pour ses qualités dramatiques indéniables et sa thématique
dense. Aux pitreries simplistes et réchauffées de KUNG
FU PANDA, WALL-E opposa un humanisme profond, une recherche esthétique
prodigieuse, ainsi qu'une sensibilité à fleur de peau
qui en prit plus d'un par surprise. Et finalement, après que
les Sandler, Ferrell, Murphy et Myers aient continué d'enchaîner
les échecs, que PINEAPPLE EXPRESS ait déçu et que
GET SMART ait frustré, TROPIC THUNDER eut le mérite de
compenser des maladresses criantes par des idées franchement
audacieuses, marquant la clôture polémique appropriée
d'une saison bien remplie.
Du côté du cinéma québécois, il aurait
été difficile de souhaiter cuvée plus réjouissante.
En effet, après une année 2007 dont les cinéphiles
retiennent principalement le souvenir du magnifique CONTINENTAL, 2008
présenta une variété de signatures toutes plus
singulières les unes que les autres, et ce dans des registres
on ne pourrait plus épars. Les distinctions commencent à
même une « trilogie rétro de l'été
banlieusard », à laquelle trois cinéastes de renom
ont su donner des couleurs particulières: douce chronique de
disparition chez Léa Pool (MAMAN EST CHEZ LE COIFFEUR), ludisme
intelligent chez Francis Leclerc (UN ÉTÉ SANS POINT NI
COUP SÛR), individualisme allumé chez Philippe Falardeau
(C'EST PAS MOI, JE LE JURE!). En début d'année, TOUT EST
PARFAIT de Yves-Christian Fournier nous fit découvrir un grand
talent de poète visuel, sans pour autant convaincre tout son
public de sa pertinence véritable ; le même phénomène
se produisit à l'automne avec LE BANQUET, dans lequel Sébastien
Rose affirma une vibrante ferveur politique par le biais de sa mise
en scène très inspirée.
De toutes ces entreprises créatives, parmi lesquelles nous incluons
également les audaces formelles de Lyne Charlebois dans BORDERLINE
et le réalisme sans compromis du RING d'Anaïs Barbeau-Lavalette,
il s'est dégagé une inébranlable volonté
de « parler cinéma », de revendiquer l'importance
de l'esthétique dans le discours du film. Même l'improbable
TRUFFE, dont les vertus artistiques et ludiques ont pu diviser le public,
s'est démarqué par son sens élevé de l'image
; et c'est encore sans parler du climat onirique entretenu par le BABINE
de Luc Picard. Les oeuvres les plus populaires ont donc pu côtoyer
avec aisance les démarches particulières de cinéastes
moins connus, qui nous proposèrent à nouveau des projets
très intéressants: Robert Morin (PAPA À LA CHASSE
AUX LAGOPÈDES), Olivier Asselin (UN CAPITALISME SENTIMENTAL),
Denis Côté (ELLE VEUT LE CHAOS)... Mais c'est peut-être
Benoit Pilon qui, passant à la fiction, a signé avec CE
QU'IL FAUT POUR VIVRE le film québécois le plus marquant
de l'année, rejoignant par le fait même une certaine tendance
globale.
En effet, le printemps et l'été complets nous ont permis
d'entrer en contact avec une variété d'oeuvres qui placèrent
le large thème du contact culturel en leur centre. DE L'AUTRE
CÔTÉ de Fatih Akin, LA VISITE DE LA FANFARE d'Eran Kolirin,
LES CITRONNIERS d'Eran Riklis, LA GRAINE ET LE MULET d'Abdellatif Kechiche,
IMPORT / EXPORT d'Ulrich Seidl, IT'S A FREE WORLD de Ken Loach, et même
le bouleversant THE VISITOR de l'Américain Thomas McCarthy ;
j'en oublie sans doute. Toutes ces oeuvres récentes, réalisées
dans un style dépouillé, se rejoignent dans leur volonté
d'ouvrir un dialogue, de revendiquer une identité, de critiquer
une oppression culturelle ; s'il peut sembler naïf de rassembler
tous ces discours spécifiques sous une même bannière,
force est d'admettre que la thématique se généralise.
Enfin, dans un autre ordre d'idées, on a pu se réjouir
de la sensation 99 FRANCS, actualisant dans un langage virtuose une
vive réflexion sur le climat audiovisuel de notre époque,
ainsi que de l'excellent BEN X, pliant un style éclaté
à des préoccupations on ne pourrait plus urgentes. LUMIÈRE
SILENCIEUSE de Carlos Reygadas, quant à lui, témoigna
de l'évolution toujours plus prometteuse d'un auteur spirituel
faisant cavalier seul dans le cinéma contemporain (à l'exception
peut-être d'un Nuri Bilge Ceylan, dont les TROIS SINGES s'avérèrent
un défi somme toute stimulant).
2008 offrit aussi aux amateurs de cinéma de genre quelques efforts
dignes de mention, notamment par le biais du festival Fantasia. À
ce titre, peu d'oeuvres ont su créer autant d'émoi que
le film LET THE RIGHT ONE IN (MORSE en version française), du
Suédois Thomas Alfredson. Et pour cause: difficile de rester
de glace devant une mise en scène aussi maîtrisée,
une étude générique et psychologique aussi poussée,
puis renforcée d'une forte dose d'émotion (triste ironie,
signalerait mon collègue Mathieu, que le film connut une sortie
en salles régulières la même journée que
le méprisé TWILIGHT). D'autres ont su se réjouir
de l'iconoclaste SUKIYAKI WESTERN DJANGO de Takashi Miike, du clinique
TUEUR de Cédric Anger, des multiples offrandes du très
aimé Johhnie To ou encore de l'électrisant film à
sensation espagnol: [REC]. En bout de course, les amateurs d'horreur
ont aussi reconnu l'exploit du film français MARTYRS, présenté
au Festival du Nouveau Cinéma.
Ledit FNC, encore une fois cette année, servit de plate-forme
à une multitude d'oeuvres remarquables qui ne connaîtront
peut-être pas de meilleure diffusion de notre côté
de l'Atlantique. L'impressionnant HUNGER, du Britannique Steve McQueen,
s'est inscrit d'emblée dans les mémoires pour son traitement
autoritaire de l'acte politique, renforcé de qualités
plastiques fulgurantes. Le film kazakh TULPAN, récipiendaire
d'une Louve d'or méritée, constitua un moment de pure
magie documentarisée, tandis que le vétéran Raymond
Depardon continua d'affirmer, à travers sa précieuse VIE
MODERNE, un parti pris ethnographique affectueux, formulant un constat
sobrement inquiétant. Dans un tout autre registre, pourquoi ne
pas mentionner JCVD, dont la déconstruction savante et sentie
de la figure de Jean-Claude Van Damme provoqua la surprise générale.
Les excellents films de John Boorman et Jiri Menzel ont déjà
connu une bonne distribution hors-festival ; celle de l'hallucinante
VALSE AVEC BACHIR d'Ari Folman est imminente. TOKYO SONATA de Kiyoshi
Kurosawa, GOMORRA de Matteo Garrone et ENTRE LES MURS de Laurent Cantet,
quant à eux, font partie de ces oeuvres brillantes dont nous
attendons impatiemment un nouveau passage par chez nous.
Vint enfin le creux de l'automne, et avec lui le traditionnel torrent
d'oeuvres dramatiques préparant la saison des remises de prix.
Le jouissif BURN AFTER READING des frères Coen, sans pour autant
se destiner aux récompenses, ouvrit le bal en beauté avec
son portrait amer, mais aussi étrangement attachant, d'une ligue
d'imbéciles névrosés. Quelques efforts divisifs
(BLINDNESS) et quelques boursouflures (AUSTRALIA) n'ont pas fait pour
autant ombrage aux véritables pièces de résistance:
SYNECDOCHE, NEW YORK, propulsant les brûlantes préoccupations
du réalisateur-scénariste Charlie Kaufman vers des sphères
insoupçonnées ; RACHEL GETTING MARRIED de Jonathan Demme,
montagne russe émotionnelle dévastatrice ; entre deux
visionnements de QUANTUM OF SOLACE, il aura enfin été
possible de renouer avec Mike Leigh le temps de HAPPY-GO-LUCKY, affirmant
avec bonne humeur la pleine autorité de ce maître du réalisme
social. Finalement, saluons bien bas l'engagement total démontré
par Gus Van Sant dans MILK, biographie politique venant du coeur et
parlant un langage on ne pourrait plus convainquant. Ne reste que l'énigmatique
BENJAMIN BUTTON de David Fincher, le tentant WRESTLER d'Aronofsky, l'incursion
indienne de Danny Boyle (SLUMDOG MILLIONNAIRE) et le retour de Sam Mendes
derrière la caméra (REVOLUTIONARY ROAD) pour juger pleinement
de la vitalité de cette saison qui s'est avéré
enthousiasmante à plus d'un égard.
Aussi exhaustif se voudra-t-il, ce survol demeurera incomplet. Comment
avoir négligé le retour de ces deux grands maîtres
du documentaire que sont Errol Morris (STANDARD OPERATING PROCEDURE)
et Werner Herzog (ENCOUNTERS AT THE END OF THE WORLD), ou encore le
très remarqué MAN ON WIRE de James Marsh? Comment avoir
passé outre l'éternel insignifiant Paul W.S. Anderson,
qui s'est pourtant surpassé pour le décoiffant DEATH RACE
(du moins beaucoup plus que le fringant Timur Bekmambetov, dont le WANTED
laissa deviner un sérieux manque de discipline)? Qu'en a-t-il
été de la comédie belge? Des films éducatifs
sénégalais? Des films de danse bulgares? On le devine,
les ouvertures à la digression seraient innombrables, si seulement
il était permis à l'homme de tout voir et tout connaître.
L'intention de ce sommaire, si tel peut-il être appelé,
fut de rendre compte qu'il fit bon d'être cinéphile en
2008, que la planète cinéma continue de s'étendre,
et que son avenir semble encore grand ouvert.
Dans l'espoir de vous offrir une meilleure couverture que jamais, Panorama
vous souhaite une bonne année 2009! (LF)
LOUIS FILIATRAULT
01.
WALL-E d'Andrew Stanton
02. MILK de Gus Van Sant
03. SYNECDOCHE, NEW YORK de Charlie Kaufman
04. HAPPY-GO-LUCKY de Mike Leigh
05. RACHEL GETTING MARRIED de Jonathan Demme
06. HUNGER de Steve McQueen
07. STANDARD OPERATING PROCEDURE d'Errol Morris
08. LEMON TREE d'Eran Riklis
09. CE QU'IL FAUT POUR VIVRE de Benoît Pilon
10. WALTZ WITH BASHIR d'Ari Folman
ALEXANDRE FONTAINE ROUSSEAU
01.
SYNECDOCHE, NEW YORK de Charlie Kaufman
02. HUNGER de Steve McQueen
03. LET THE RIGHT ONE IN de Thomas Alfredson
04. TOKYO SONATA de Kiyoshi Kurosawa
05. LA VIE MODERNE de Raymond Depardon
06. PAPA À LA CHASSE AUX LAGOPÈDES de
Robert Morin
07. BURN AFTER READING de Joel et Ethan Coen
08. ENTRE LES MURS de Laurent Cantet
09. RACHEL GETTING MARRIED de Jonathan Demme
10. IDIOTS AND ANGELS de Bill Plympton
MATHIEU LI-GOYETTE
01.
LET THE RIGHT ONE IN de Thomas Alfredson
02. TOKYO SONATA de Kiyoshi Kurosawa
03. WALL-E d'Andrew Stanton
04. HUNGER de Steve McQueen
05. THE DARK KNIGHT de Christopher Nolan
06. THE MOST BEAUTIFUL NIGHT IN THE WORLD de Daisuke
Tengan
07. CE QU'IL FAUT POUR VIVRE de Benoît Pilon
08. LE PREMIER VENU de Jacques Doillon
09. MAN ON WIRE de James Marsh
10. THE CURIOUS CASE OF BENJAMIN BUTTON de David Fincher
JEAN-FRANÇOIS VANDEUREN
01.
WALTZ WITH BASHIR d'Ari Folman
02. SYNECDOCHE, NEW YORK de Charlie Kaufman
03. THE DARK KNIGHT de Christopher Nolan
04. TOKYO SONATA de Kiyoshi Kurosawa
05. WALL-E d'Andrew Stanton
06. MAN ON WIRE de James Marsh
07. THE WRESTLER de Darren Aronofsky
08. MARTYRS de Pascal Laugier
09. BURN AFTER READING d'Ethan et Joel Coen
10. PAPA À LA CHASSE AUX LAGOPÈDES de
Robert Morin
MENTIONS SPÉCIALES (10 FILMS DE 2007
SORTIS EN 2008)
THE
BAND'S VISIT d'Eran Kolirin
THE
EDGE OF HEAVEN de Fatih Akin
ENCOUNTERS
AT THE END OF THE WORLD de Werner Herzog
LA
GRAINE ET LE MULET d'Abdellatif Kechiche
MY
WINNIPEG de Guy Maddin
PARANOID
PARK de Gus Van Sant
LA
QUESTION HUMAINE de Nicolas Klotz
SILENT
LIGHT de Carlos Reygadas
SNOW
ANGELS de David Gordon Green
UP THE YANGTZE de Yung Chang