
10.21.2009 - Capsule
NÉ
POUR ÊTRE SAUVAGE: L'HISTOIRE TROUBLE DE WD-40 de
Pierre-Alexandre Bouchard et Alex Jones (2009)
Par Mathieu Li-Goyette
Je
fais parti d’un type de Québécois dans la vingtaine
qui n’a jamais connu WD-40. Ni en spectacle, ni en album, peut-être
en aérosol dans les outils du garage, mais voilà tout.
Pourtant, le documentaire personnel de Pierre-Alexandre Bouchard et
personnalisé par Alex Jones ne m’a pas nécessairement
donné le goût de quitter ma catégorie de non-initié.
Oeuvre intéressante qu’est celle de WD-40, certes, c’est
devant la structure disparate et bâclée du documentaire
que l’impression d’être une procession de foi s’adressant
aux convertis remplace la curiosité par l’ennui. Sans être
malhonnête non plus, il est important de mentionner que ce Né
pour être sauvage est une création de musiciens de
profession et que, à travers les commentaires élogieux
de Michaëlle Jean et Mononc’ Serge à l’égard
du groupe poursuivi par la poisse, il finit, au bout de quelques scènes
de calvaire à nous faire avaler cette notion de « film
» de famille. Tourné en vidéo au fil d’une
dizaine d’années (regroupant donc l’existence du
groupe et de ses vidéos souvenirs), l’alternance entre
ces moments de déchéance et ces entrevues filmées
au présent tentent d’élever un discours mélancolique
en se remémorant les chances ratées de la formation musicale.
Car grandement articulée tout en renvoyant des insultes d’une
intervention à l’autre, la camaraderie qui uni Alex Jones
à son frère et au reste du groupe demeure une expérience
touchante qui vise à faire s'écrouler les stéréotypes
qui furent lancés à l’occasion des « succès
» du groupe. « Vulgaires », « sales »,
« bûcherons », on y découvre à l’inverse
justement une verve inspirée quotidienne, un rock « made
in Québec » avec l’originalité suffisante
de demander un documentaire. Victimes lors de leur carrière du
nez levé des chefs d’antenne puritains, victimes de l’apparent
dédain des documentaristes à leur endroit alors qu’on
souhaitait voir un hommage posthume au groupe devenu culte, c’est
jusqu'au cinéma que les frères Jones auront été
mal encadrés et finalement malchanceux. Et s’ils n’avaient
pas dû compter uniquement sur les moyens du bord pour s’exprimer…

10.12.2009 - Capsule
NEW
DENMARK de Rafaël Ouellet (2009)
Par Jean-François Vandeuren
Les
premiers instants du troisième long-métrage de Rafaël
Ouellet laissent présager une suite directe au bouleversant Derrière
Moi de 2008. Nous suivons alors le parcours d’une jeune adolescente
sillonnant les rues d’une petite ville de région et posant
des affiches dans le but de retrouver sa soeur récemment disparue.
Mais si tout lien avec le film précédent de Ouellet est
vite écarté du point de vue du récit, New Denmark
conserve néanmoins plusieurs attaches avec celui-ci au niveau
de la forme et du fond. Le cinéaste québécois pose
une fois de plus les bases d’un univers cinématographique
d’une inquiétante sérénité et composé
de très peu de dialogues, dissimulant une tension dramatique
dont l’implosion sera traitée avec tout autant de retenue.
Oeuvre empreinte d’une profonde tristesse, New Denmark
réorientera progressivement ses observations des gestes posés
en (dés)espoir de cause par sa protagoniste pour se concentrer
de plus en plus sur le deuil que devra vivre cette dernière.
Le réalisateur réussit ainsi à traiter d’un
sujet des plus délicats - et d’actualité - en abordant
celui-ci sous un angle pour le moins intrigant, et parfois même
inusité. La problématique de la relation avec les étrangers
se révélera d’ailleurs beaucoup moins alarmiste
que dans Derrière Moi alors qu’elle permettra
malgré tout l'établissement d’un lien de confiance
qui, cette fois-ci, ne réservera aucune mauvaise surprise à
son personnage principal. S’inscrivant dans une tendance privilégiant
une approche extrêmement épurée au coeur d’un
milieu évoluant à des miles des grands centres urbains,
Rafaël Ouellet poursuit son parcours en s’affirmant comme
un artiste qui sera définitivement à surveiller au cours
des prochaines années. Son langage étant désormais
défini, il ne lui reste plus à présent qu’à
en peaufiner l’exécution, qui a parfois tendance à
s’égarer sur le plan scénaristique en plus de comporter
quelques fautes techniques un peu gênantes qui auraient pourtant
pu être facilement évitées.

10.16.2009 - Capsule
WAPIKONI,
ESCALE À KITCISAKIK de Mathieu
Vachon (2009)
Par Louis Filiatrault
C'est
une foule étonnamment nombreuse et manifestement enthousiaste
qui s'est présentée à la première de Wapikoni,
escale à Kitcisakik. Bavarde et sans affectations, l'atmosphère
peu commune au festival était parfaitement appropriée
au visionnement d'un film à l'honneur d'une initiative tout aussi
conviviale, à savoir la « roulotte vidéo »
circulant depuis maintenant cinq ans parmi les communautés autochtones
du Québec. Mais si le sujet, aussi noble soit-il, ne laisse pas
forcément présager un hommage très enlevant, quelle
n'est pas la surprise de découvrir un film d'une éloquence
et d'une sensibilité remarquable. Monté en douceur et
photographié avec soin, Escale à Kitcisakik propose
une incursion pénétrante dans la réalité
de cette réserve située à proximité de Val-d'Or,
évitant avec bonheur d'insister sur la misère psychologique
de ses habitants, que la conversation et la force des choses finit par
révéler de toute façon. Les formateurs se montrent
généreux, d'une écoute exceptionnelle, tandis que
les quelques vidéastes amateurs s'avèrent attachants,
le film témoignant à merveille de la recherche, souvent
très personnelle, qui les pousse à profiter du passage
annuel de la roulotte dans leurs environs. Pour sa part, le choix d'inclure
à même le film l'essentiel des courts métrages réalisés
par ces derniers ainsi que leur projection publique donne à la
fois une conclusion et un prolongement approprié à cette
réflexion valable sur les bienfaits de la création et
le statut précaire des populations amérindiennes. Signant
son premier long-métrage, le réalisateur Maxime Vachon
peut se féliciter de ce documentaire d'excellente qualité.

10.16.2009 - Capsule
THE
WILD HUNT d'Alexandre Franchi (2009)
Par Alexandre Fontaine Rousseau
Le
besoin d'évasion est le principal thème de The Wild
Hunt, qui se penche sur l'étrange monde des jeux de rôle
« grandeur nature ». Si ses protagonistes se rejoignent
dans cette gigantesque fantaisie collective, s'ils acceptent ensemble
d'entretenir cette illusion, c'est qu'ils ont en commun le besoin d'échapper
à un réel qui n'est pas à la hauteur de leurs rêves.
Mais les non-initiés s'identifieront plutôt au personnage
d'Erik (Ricky Mabe), qui plonge à contrecoeur dans cet univers
parallèle un tantinet décalé afin de retrouver
sa copine (Kaniehtiio Horn, qu'on a aussi pu voir cette année
dans The Trotsky et Leslie, My Name Is Evil) séduite
par un diabolique chaman. Cette frontière séparant la
réalité de l'univers de sorciers et de chevaliers dans
lequel s'égare le sceptique Erik alimente en gags inspirés
le premier tiers du film du cinéaste montréalais Alexandre
Franchi. Difficile de dire si ce dernier rigole en compagnie ou aux
dépens de la communauté de joueurs qui l'a assisté
avec un enthousiasme palpable dans la réalisation de son premier
long-métrage, dont l'exécution technique s'avère
remarquablement professionnelle. Force est d'admettre, toutefois, que
ce milieu pour le moins particulier est dépeint de manière
comique et apparemment assez juste par Franchi qui accepte à
l'instar de son protagoniste d'adhérer au jeu. Malheureusement,
le scénario prend un virage pour le moins extrême au cours
d'un dernier acte qui détonne un peu trop par rapport à
ce qui a précédé - la sympathique comédie
de moeurs se transformant en film d'horreur, délaissant au profit
de cette démesure obligée les qualités plus intimistes
qui en avaient fait dans un premier temps une oeuvre somme toute étonnante.