FIFEQ 2010 : DU 28 AU 31 JANVIER 2010
Jeudi 28 Janvier 2010
Par Jasmine Pisapia
Quoi
de plus tentant pour l’intellectuel que la prolongation de ses
réflexions en images? Ce que par le texte il s’évertue
à décrire, à prouver, à archiver le plus
vraisemblablement possible, en s’arrachant à sa subjectivité
ou, mieux encore, en l’acceptant pleinement et en l’exacerbant
par le biais d’une description minutieuse - tout cela pourrait
être « réglé » par une prise de vue
réelle?
« Transportons-nous, en esprit, sur les rives d'une lagune
trobriandaise et mêlons-nous à la vie des indigènes,
en assistant à leurs travaux et à leurs jeux, en écoutant
leurs histoires », conseillait Malinowski à titre
de méthode de compréhension des sociétés
éloignées. Si on a noté la « littérarité
» de certaines études de terrain dites scientifiques qui
voulaient rendre avec acuité l’ambiance d’un contexte
dépaysant, il était prévisible que des ethnologues
(tels que Margaret Mead, Timothy Asch, Jean Rouch, Robert Gardner, Judith
et David MacDougall) voulurent toucher à l’image. Le cinéma
ne semblait-il pas le candidat idéal pour effectuer avec immédiateté
cette dite « transportation, en esprit »? Les anthropologues
se sont vite rendus compte de la complexité de l’entreprise,
de la spécificité du médium et son influence sur
la recherche. Le documentaire, nous le savons, a suivi des chemins éclatés
depuis ses débuts - du statut d’archive, à l’acte
réflexif en passant par l’outil de diffusion engagé.
On parle aujourd’hui d’anthropologie visuelle, cette branche
de l’anthropologie culturelle qui, tout en analysant les manifestations
visuelles (film, photographie) de l’altérité étudiée,
se penche sur les enjeux de la représentation - en incluant ceux
éthiques, esthétiques, phénoménologiques.
Aujourd’hui, les angles de l’anthropologie visuelle se sont
élargis : on parle non seulement d’une extension de la
recherche anthropologique -ou de l’utilisation d’un nouveau
médium pour arriver aux fins ethnographiques traditionnelles
- mais d’une convergence de pratiques interdisciplinaires qui
gardent le paradigme visuel comme central pour penser l’altérité.
Belle initiative que celle des trois départements d’anthropologie
de réunir pour nous une série de projections gratuites
les 28 (Université de Montréal), 29 (Concordia), 30 (Université
de Montréal) et 31 (McGill) janvier 2010. C’est un rendez-vous!
Pour plus d’informations sur la programmation et les horaires
du FIFEQ :
http://www.fifeq.ca
Pour plus d’informations sur l’anthropologie visuelle :
http://www.visualanthropology.net/
http://www.ethnodoc.org/
http://www.der.org/