ENTREVUE AVEC ROBIN AUBERT
Vendredi 12 Mars 2010
Par Mathieu Li-Goyette
Panorama : Sans nécessairement parler d'une
version « fictive » de la Course destination monde,
à quel point avez-vous souhaité vous pencher sur l'aspect
documentaire qui, par l'équipe réduite, les lieux de tournage
et le budget, semble inévitable dans l'esthétique que
vous mettez de l'avant?
Robin Aubert : Je ne sais pas trop vraiment. C’est
venu comme ça, je pense, sans trop y penser. Je voulais introduire
une caméra dans le chaos. Je voulais que le jeu et les mouvements
de caméra s’inspirent du territoire dans lequel nous étions.
La part documentaire ne s’est jamais avérée une
option pour moi, mais je savais qu’il y aurait inévitablement
une part de vérité dans ce genre de tournages. Je reviens
tout juste d’un voyage en Espagne où j’explore présentement
la photographie pellicule avec du 400 et du 100 ASA noir et blanc. Ce
dont je m’aperçois c’est que j’aime la lumière
naturelle. Je ne me sers jamais du « flash » ou de «
spots » pour faire mes photos. La lumière naturelle me
fait croire que l’ultime vérité existe.
Panorama : Qu'est-ce qui vous a premièrement
fouetté à vous lancer dans l'aventure du tournage en Inde
et comment est-ce que vous avez convaincu l'équipe de vous rejoindre?
Robin Aubert : L’intérêt est venu
de vouloir faire un film à tout prix, malgré le peu de
moyens que nous avions. Quand vient le temps de tourner, il ne faut
pas attendre sinon l’idée s’efface, l’inspiration
disparaît.
Panorama : Vous aviez déjà dit que le
scénario s'écrivait au jour le jour. Jusqu'où les
autres membres de votre équipe réduite et vous avez tous
suivi la même direction et le même objectif au bout d'un
film qui frappe justement parce qu'il garde cet aspect improvisé?
Robin Aubert : Nous étions dans le même
bateau. Je pense qu’il y avait une grande confiance entre les
membres de l’équipe. Nous ne savions pas ce que nous faisions,
mais on le faisait pareil parce qu’on avait le sentiment que l’histoire
était là. À tous les soirs, on parlait de cette
histoire. Nous faisions, en quelque sorte, le même cheminement
que le personnage dans À quelle heure le train pour nulle
part.
Panorama : Où avez-vous fait la différence
entre votre travail d'artiste interprète et d'artiste conteur
lorsque vous vous mettiez à rêver à un scénario
aussi personnel que celui d'À quelle heure le train pour
nulle part?
Robin Aubert : Ils sont très différents
et en même temps très proches. L’artiste interprète
aide beaucoup l’artiste conteur et vice-versa. J’ai compris
que j’avais besoin des deux pour faire le métier que je
fais. Jouer m’aide à diriger et financer mes films. Écrire
et réaliser m’aide à être plus vrai lorsque
je joue.
Panorama : Finalement, pensez-vous repartir avec la
même équipe ou souhaitez-vous consacrer chaque aventure
à un pays différent, donc des collègues et des
visions différentes du monde?
Robin Aubert : Je ne sais pas. C’est une bonne
question. Le cinéma, c’est une famille. Il faut être
fidèle à cette famille. En même temps, chaque projet
est différent. C’est toujours une question de « timing
». Comment les étoiles s’alignent dans le ciel. Mais
oui, je repartirais n’importe quand avec eux.