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SHUTTER (2004) L’idée de base de Shutter s’inspire de ces photographies bien réelles sur lesquelles nous pouvons apercevoir le spectre d’une personne décédée. Bien sûr, plus souvent qu’autrement, il s’agit d’un canular. Mais il reste néanmoins ces quelques cas auxquels la thèse de la photo truquée ne colle pas. Dans Shutter, les mésaventures de Tun et Jane, un couple de photographes, comme par hasard, débutent suite à un accident où ils ont malencontreusement heurté une jeune fille apparue subitement au beau milieu de la route. Pris de panique, ils quittent les lieux sans venir en aide à la victime. C’est alors que des formes bizarres ressemblant à cette dernière commencent à apparaitre sur les photos récemment prises par Tun. Ne pouvant plus vivre avec ce qu’ils croient dû à la culpabilité, Tun et Jane retournent alors sur les lieux de l’accident pour découvrir que personne n’a été renversé ce soir là. Ces apparitions chocs et cauchemars se mélangeant à ce qui semble être la réalité se manifestant de plus en plus, l’explication logique à toute cette histoire se trouve vraisemblablement ailleurs. Il s’agit évidemment d’une histoire typique de bien des films du genre, mais qui réussit tout de même à élever ingénieusement dans le cas présent un facteur de stress jusqu’à des sommets assez vertigineux, le juxtaposant à une prémisse dont la prévisibilité est fort heureusement voilée par un scénario intriguant et diaboliquement rythmé. Les deux cinéastes y développent aussi une tension psychologique au niveau des personnages, principalement celui de Tun qui se retrouvera, on s’en doute bien, directement concerné, le plaçant dans un conflit moral adroitement ficelé que supporte Ananda Everingham par un jeu des plus nuancés. De sorte que l’effort réussit à capitaliser sur une atmosphère de frayeur constante qui ne relève pas seulement des quelques sauts habituels introduits stratégiquement. Shutter démontre également un savoir-faire de plus en plus rare dans le genre où plutôt que de tenter par essais et erreurs le développement d’une approche révolutionnaire, les deux réalisateurs thaïlandais prouvent à l’opposée qu’il y a encore une façon d’exploiter à bon escient une formule assez âgée, mais qui n’a visiblement pas encore fait son temps. Ceux-ci délaissent de ce fait le style glauque et plus onirique des derniers paris du genre pour une attaque de plein front qui reprend parfaitement les mouvements saccadés de son spectre pour servir les effets chocs du film, la plupart amené par un montage particulièrement épuisant qui nous martèle sans relâche, lequel n'est pas sans rappeler le jouissif sketch Le Monstre au chalet des éternels Chick'n Swell. S’y fond du même coup une tension musicale soulignant à tout coup les hauts moments de suspense. Une entreprise qui, comme tout le reste, effraie plutôt que de nous inciter à soupirer Pour un premier long-métrage, Shutter impressionne, particulièrement dans un genre où il est si facile de faire paraitre les meilleurs intentions pour une vulgaire farce. Le simple fait que Banjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom soient parvenus à faire un film d’horreur aussi prenant avec du réchauffé incite forcément au respect. Le duo se sort d’ailleurs particulièrement bien d’affaire au niveau de la création d’ambiances macabres et d’un climat de frayeur palpable que les films précédents ne réussissaient pas toujours à mettre en scène. Shutter n’aura peut-être pas parti le bail de cette série de films, mais demeure assurément un des plus efficaces à ce jour. Et vous aurez deviné, les Américains préparent déjà un remake. ![]() Version française : - Scénario : Banjong Pisanthanakun, Parkpoom Wongpoom Distribution : Ananda Everingham, Natthaweeranuch Thongmee, Achita Sikamana Durée : 97 minutes Origine : Thaïlande |
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