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THE RULES OF ATTRACTION (2002)
Roger Avary

Par Jean-François Vandeuren

Adapté d'un roman du même nom de l’auteur américain Bret Easton Ellis, The Rules of Attraction de Roger Avary nous plonge dans l’univers du petit frère de Patrick Bateman, Sean. Le cinéaste évacua cependant toutes les références (sauf une, minime) à American Psycho pour faire de son effort une œuvre cinématographique complètement indépendante. Ainsi, tous les passages du livre réunissant Sean et son grand frère agent de change (et tueur sanguinaire à ses heures) furent coupées au passage. De son côté, Sean est toujours à l’université où il profite comme il peut de toutes les situations avantageuses qui se présentent à lui. Depuis peu, une mystérieuse admiratrice lui fait parvenir des lettres d’amour. Il croira dans un premier temps qu’elles proviennent de Lauren. Au même moment, cette dernière commencera à s’intéresser à Sean, tout comme Paul, l’ex-petit ami de Lauren maintenant ouvertement homosexuel. Nous pourrions facilement définir The Rules of Attraction par le traditionnel « sex, drugs and rock and roll » et ne pas être trop loin de la vérité. Mais les élans du co-scénariste de Pulp Fiction vont beaucoup plus loin que cette appellation des plus réductrices. Ce dernier parvint à insuffler à son troisième long métrage tout le cynisme de l’œuvre d’Ellis tout en s’amusant à sa guise avec un nombre effarant de citations et de possibilités techniques se prêtant parfaitement au jeu.

Le passage de l’adolescence à l’âge adulte peut être une période ridiculement ingrate. Mais contrairement aux dires de plusieurs, les choix que nous faisons au cours de notre jeunesse ne définissent souvent en rien le reste de notre existence. Un point qu’aborde brillamment Roger Avary en nous présentant dès le début du film une partie importante de sa résolution et des réflexions qui en découleront. The Rules of Attraction démarre ainsi sur une fête au cours de laquelle tout basculera pour les trois principaux personnages qui perdront tour à tour leurs illusions. Avary forme d’emblée plusieurs parallèles continuellement reformulés avec A Clockwork Orange. Mais si le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick questionnait ouvertement la violence humaine sous ses formes les plus brutales, Avary s’adapte au milieu et à son temps pour s’intéresser à ce qui fait désormais tourner le monde, soit la sexualité. Et malgré sa toile de fond et le choix étrangement cohérent des interprètes, le cinéaste américain s’affère ici à démolir la comédie juvénile qui ne va jamais au bout de ses idées et qui préfère accumuler les situations ridicules prenant forme sous un fond musical punk pop. Évidemment, Avary s’exécute sur un ton extrêmement provocateur tout en suivant la rythmique d’une trame sonore absolument délicieuse pour ramener au visage de la jeunesse d’aujourd’hui sa propre bêtise.

Comme dans l’excellente adaptation d’American Psycho de Mary Harron, Roger Avary a lui aussi recours à la voix off pour nous communiquer tout le narcissisme de ses personnages principaux. Le réalisateur exécute en même temps un fabuleux pied de nez à l’initiative alors que la plupart du temps, les pensées mises à nu par les protagonistes sont ramenées à un champ plutôt superficiel. Avary nous fait également part d’une solide mise en scène dosant ingénieusement ses effets de style. Ce dernier utilise d’autant plus savamment plusieurs de ses cadrages dans lesquels les détails placés en arrière-plan se révèlent souvent plus importants que l’action se déroulant à l’avant-plan. The Rules of Attraction se veut d’ailleurs un effort extrêmement intéressant à parcourir pour en dénicher les subtilités et les doubles-sens. L’essai s’ennivre d’autant plus du brin de folie narrative associable au cinéma de Jean-Luc Godard. Nous pourrions même aller jusqu’à définir le film d’Avary comme une œuvre appartenant au courant post-moderne. Le coup d’éclat d’Avary dans ce cas-ci est comment il réussit à faire fonctionner son film à un niveau plus accessible.

Film corrosif mettant sans dessus dessous tous les points qu’il aborde, The Rules of Attraction présente un portrait survolté et cynique à souhait d’une jeunesse infidèle à elle-même et d’autant plus incapable d’assumer sa propre réalité. Les personnages du film de Roger Avary s’enfoncent ainsi dans la débauche et la démesure les plus superficielles qui soient pour finir par nous révéler la fausseté de la plupart de leurs intentions et sentiments. Le cinéaste les lance du même coup dans une quête individuelle dont le pathétisme les rendra tous plus misérables les uns que les autres. Le prix à payer sera évidemment considérable. Mais devant une mascarade aussi alarmante de désolation, le discours qu’ils désireront nous communiquer finira par nous importer peu. Comme le disait si bien le chanteur du groupe new-yorkais Interpol, Paul Banks, sur la pièce Leif Erikson : « If your life is such a big joke why should I care? » La dernière image du film d'Avary se veut en ce sens particulièrement significative.




Version française : Les Lois de l'attraction
Scénario : Roger Avary, Bret Easton Ellis (roman)
Distribution : James Van Der Beek, Shannyn Sossamon, Kip Pardue, Jessica Biel
Durée : 110 minutes
Origine : États-Unis

Publiée le : 22 Mars 2006