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RASHOMON (1950) C'est donc par l'entremise d'un plan fixe le plus franc possible que nous écoutons tout d'abord les témoignages de différents acteurs d'un drame sordide ayant secoué la campagne japonaise du onzième siècle, avant d'être plongé dans de longues séquences qui illustrent en fin de compte des mensonges. La grande particularité de Rashomon est de révéler la personnalité de ses protagonistes non pas par la nature de leurs actions mais par celle de leurs mensonges. En ce sens, le thème de la vérité qui est au coeur de l'oeuvre est proposé par la nature même de la progression narrative et des techniques de caractérisation. Scénario compact où chaque détail a son importance, Rashomon tire un rendement maximum de ses quelques quatre-vingt-dix minutes. Ici, l'humanisme sensible de Kurosawa est mis à rude épreuve par la dure réalité de la nature humaine. Lorsque les personnages de Rashomon s'enfoncent jusqu'au coeur de cette forêt sauvage qui sert de théâtre à la tragédie, ils y découvrent en fin de compte les plus sombres secrets de l'âme humaine et dévoilent la nature de leurs propres faiblesses. Rashomon se déroule dans un monde de misère et de souffrance, de pauvreté et d'injustice. C'est le décor parfait pour faire briller les héros aux grandes âmes et aux coeurs purs. Mais la majeure partie de Rashomon défile sans qu'aucune rédemption ne semble possible. Tous mentent pour défendre leurs intérêts, même ceux qui sont en apparence innocents. Ce n'est qu'en fin de parcours, lorsque tout semble perdu, que l'optimisme de Kurosawa refait surface. En acceptant d'adopter un enfant abandonné, un paysan par son altruisme impromptu vient racheter l'espèce humaine. Malgré tous ses travers, exprime Kurosawa, le genre humain est encore capable de faire le bien. Film au ton plus sombre que ne l'est en général le cinéma de ce maître du cinéma japonais, Rashomon arrive très élégamment à intégrer une conclusion édifiante et encourageante à la progression d'une histoire qui semblait pointer vers une autre direction. Véritable leçon de cinéma, le film de Kurosawa demeure une réalisation exemplaire dont le modernisme surprend encore et toujours. Tout comme Citizen Kane, qui aurait pu être réalisé aujourd'hui sans grandes altérations majeures, Rashomon se distingue par la finesse d'un jeu de caméra posé et intelligent. Que ce soit le premier film oriental à attirer l'attention des cinéphiles occidentaux justifie son importance historique mais n'explique pas son succès. Ce qui fait que l'on revient encore et toujours au classique de Kurosawa, c'est cette splendide naïveté nuancée qui en informe la réflexion. L'indéniable accomplissement technique de l'ensemble n'est que le couronnement pour un film fort simple dont la densité, pourtant, a de quoi laisser pantois. Ce qui a vraiment eu lieu dans cette forêt restera à jamais un mystère, car même la perspective qui peut nous sembler définitive est voilée par le mensonge et la subjectivité. Mais c'est cette absence d'absolu qui fait de Rashomon un film grandiose. ![]() Version française : Rashomon Version originale : Rashômon Scénario : Akira Kurosawa, Ryunosuke Akutagawa (histoires) Distribution : Toshirô Mifune, Machiko Kyô, Masayuki Mori, Takashi Shimura Durée : 88 minutes Origine : Japon |
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